La Grèce, l'hérésie européenne

En octobre 2009, la Grèce avoue un trou budgétaire abyssal. Le début d'une longue descente aux enfers.

Lorsqu'il est entré dans son nouveau bureau de la Villa Maximos, George Papandreou s'est retrouvé au bord d'un trou de 20 milliards d'euros. Rien d'inhabituel en soi. Il est fréquent en Grèce que les Premier ministre fraîchement élus se rendent compte que les caisses sont bien plus vides que prévu. Lorsqu'en octobre 2009, le nouveau gouvernement grec commence à montrer son inconfort, les capitales européennes réagissent donc mollement. "On ne doit pas surévaluer le problème, dira Angela Merkel. Il y a également des déficits dans d'autres parties du monde."

Sauf qu'ici le trou est moins circonscris. Et que cette fois, au beau milieu de la crise financière mondiale, le gouvernement Papandreou n'a d'autres choix que d'y jeter une lumière crue. En novembre, il annonce que, pour l'année en cours, le déficit budgétaire ne sera pas de 6,7 % du Produit intérieur brut (PIB), mais de 12,7 %.
Le double que ce que le précédent gouvernement avait annoncé (un chiffre qui sera encore revu à la hausse). À Bruxelles, les fonctionnaires européens froncent le sourcil, mais jouent la carte de la sérénité. Crise financière oblige: les marchés sont à l'affût de tout dérapage.

Le pacte avec le diable

L'annonce grecque n'est d'ailleurs qu'une demi-surprise. En novembre 2004, la Grèce a admis, la main sur le coeur, qu'elle avait menti pour entrer en 2001 dans la zone euro. Et que depuis, ses chiffres ne sont pas meilleurs: entre 2001 et 2004, le gouvernement dépense amplement plus que les 3 % du PIB imposés par le traité de Maastricht.

Les jeux olympiques de 2004 sont une véritable gabegie: la facture s'élève à 7 milliards d'euros. Eurostat, l'inquisiteur fiscal européen, est envoyé au front... sans sa goupille. Entre 2004 et 2007, il apparaît qu'Athènes piétine systématique ses engagements européens. Les rappels à l'ordre se succèdent, mais rien ne change. On apprendra plus tard que le gouvernement a aussi pactisé avec la banque d'investissement Goldman Sachs pour cacher ses excès.

Économie souterraine, cadavres dans les placards

Pour financer ses folies, le gouvernement s'appuyait de plus en plus sur les marchés internationaux. En 2004, sa dette était de 168 milliards euros. En 2009, elle approche les 300 milliards. On annonce le dépassement de 300 milliards pour 2010. Et dans le pot budgétaire, c'est le trou sans fin. L'économie souterraine grecque atteint 28 % du PIB, selon la Banque mondiale. En 2006, pour la prendre en compte, le gouvernement a obtenu une réévaluation de 10 % de son PIB... sans que l'État n'y récupère un centime. Dans les rangs du parti au pouvoir, le Pasok, les langues se délient: 40 % des Grecs ne déclarent pas leurs impôts, 85 % des déclarations fiscales rapportent des revenus annuels de moins de 30.000 euros.

Groggy avec l'éclatement de la crise financière, les agences de notations financières sautent sur l'occasion. Début décembre, Fitch Ratings place la Grèce à un cran des dettes pourries ("junk bonds"). Standard & Poor's et Moody's suivront de près. C'est le début d'une longue descente aux enfers. Le gouvernement promet de faire pénitence mais rien n'y fait. "Il est minuit moins cinq pour la Grèce", déclare un économiste de Citigroup.

Dans le bureau de la Villa Maximos, l'horloge de George Papandreou s'est arrêtée. La nuit des morts vivants peut commencer. D'autres gouvernements se joindront à eux.

Serge Quoidbach

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés