La naissance d'un géant verrier

La concentration des activités verrières amorcée dans les années 30 débouche sur la création de Glaverbel, qui représente 90 % du verre belge.

Ce n’est peut-être pas le plus vieux métier du monde, mais en Belgique, la production de verre ne date pas d’hier. Elle remonte à… 1.700 avant Jésus-Christ. Un sacré bail…

Si la fabrication de vitres et de verres à boire prend son essor au xive siècle en Wallonie, l’activité verrière ne décolle véritablement qu’à la faveur de la révolution industrielle. À l’orée du xxe siècle, 30.000 personnes assurent un cinquième de la production mondiale de verre.

Le développement de la production de verre pousse à la mécanisation d’un métier intensif en main-d’œuvre mais extrêmement dur. En 1902, le maître verrier Émile Gobbe et l’ingénieur Émile Fourcault mettent au point à Dampremy le premier système mécanique de production de verre. Ce système d’étirage vertical du verre supplantera progressivement le soufflage à bouche, utilisé jusqu’alors pour la fabrication du verre à vitres.

Premiers regroupements

L’abandon progressif de la production manuelle de verre soufflé permet de réduire de 80 % la main-d’œuvre nécessaire. Aux problèmes sociaux que cela entraîne vient se greffer la concurrence acharnée que se livrent les verreries mécaniques dans un contexte international peu favorable.

Les premiers regroupements d’entreprises marquent le début des années 30’. L’Union des Verreries Mécaniques Belges (Univerbel) naît en 1930. Sous l’égide de la Société Générale, elle regroupe 13 sociétés utilisant le procédé Fourcault. Un an plus tard, la Société Glaces et Verres (Glaver) voit le jour. Avec les Glaceries de la Sambre, les deux sociétés constituent dès 1932 un organisme de vente unique.

Les mouvements de concentration se poursuivent au lendemain de la deuxième guerre mondiale et dans les années 50. La Belgique est alors le premier producteur mondial de verre. La Société Générale, par le biais des Verreries de Mariemont (Univerbel), absorbe ainsi quatre verreries. Puis le mouvement s’accélère, que ce soit dans le secteur du verre creux (Verlica) ou dans celui du verre de sécurité.

Arrive le point d’orgue de 1961. Les deux géants nationaux, Glaver et Univerbel, unissent leurs destinées, créant Glaverbel. Le nouveau géant verrier assure à lui seul 90% de la production nationale et compte parmi les premiers producteurs mondiaux de verre à vitre. Le capital, regroupé autour de la Société Générale de Belgique et de la famille Boël, est alors majoritairement belge.

Mais de nouveaux défis technologiques se profilent à l’horizon. Et les performances financières de Glaverbel s’avèrent très vite insuffisantes pour consentir les investissements nécessaires à une industrie du verre plat en pleine mutation.

L’introduction du procédé de fabrication du "verre flotté", un nouveau procédé de fabrication consistant à faire "flotter" le verre fondu à la sortie du four dans un bain d’étain liquide, marque un tournant décisif dans l’industrie verrière.

Glaverbel l’a bien compris. Elle installe en 1965 le premier "float" continental à Moustier-sur-Sambre. Les fours traditionnels n’étant plus rentables, une profonde restructuration est inévitable. Elle n’ira pas sans mal car si la productivité du "float" est évidente, elle implique une réduction drastique de la main-d’œuvre.

Étranglée financièrement, Glaverbel trouve son salut en 1972 en entrant dans le giron du groupe français BSN.

Mais elle n’est pas tirée d’affaire pour autant. Aux conséquences sociales des nouvelles technologies s’ajoute l’impact de la crise économique.

La situation sociale est dramatique comme l’illustre la grève de 1975 à Gilly. Elle oblige dans le même temps à une réorganisation de l’industrie verrière impliquant une diversification de l’activité. L’ouverture des installations de Fleurus (Splintex), Seneffe et Lodelinsart marque une évolution qui conduira BSN à se retirer du secteur du verre plat en 1981.

L’intégration au sein du groupe japonais Asahi Glass permettra à Glaverbel de prendre progressivement son envol, non sans quelques trous d’air.

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