Tractebel, la fusion qui s'imposait

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En 1986, Tractionel et Electrobel finissent par fusionner pour donner naissance à Tractebel. Bien qu'inévitable, l'opération ne s'avère pas facile.

L'histoire est classique. Deux entités actives dans le même secteur se retrouvent au fil de fusions et acquisitions à se faire de l'ombre au sein d'un même groupe industriel. La logique économique plaide en faveur d'une restructuration, voire d'une fusion. Après moult hésitations, le projet industriel finit par voir le jour. Parfois, avec succès, parfois pas. Dans le cas de la naissance de Tractebel, en 1986 après des années d'hésitations et de tractations, on peut parler d'un "happy ending".

Si l'on veut remonter aux origines de Tractebel, il faut dépoussiérer les archives des deux sociétés qui lui ont donné naissance: Electrobel et Tractionel. Un travail réalisé en tre 1988 et 1990 par deux historiens de l'Association pour la Valorisation des Archives d'Entreprises (AVAE): René Brion et Jean-Louis Moreau. Et qui nous apprend que bien que née en 1986, la genèse de Tractebel remonte au 19e siècle. "Les racines les plus profondes du groupe remontent à 1862, date de constitution du Gaz Belge: une société spécialisée dans l'exploitation de concessions de gaz (de ville), active en Belgique et à l'étranger", peut-on lire dans l'ouvrage tiré des travaux des deux historiens (Tractebel 1895-1995: Les métamorphoses d'un groupe industriel).

Alors que la Belgique s'est élevée au rang de superpuissance industrielle, elle se dote de sociétés actives dans le gaz, l'électricité, les chemins de fer et les tramways. Tractionel est la lointaine descendante de l'un des ces joyaux de la révolution industrielle: la Compagnie Mutuelle de Tramways, créée en 1895. Electrobel, quant à elle, est née de la fusion, en 1925, de trois entreprises: La Compagnie générale pour l'Éclairage et le Chauffage par le gaz (anciennement Gaz Belge), la Société Générale Belge d'Entreprises Électriques et la Société Générale de Chemins de Fer Économiques.

Au fil des ans, des décennies, les "électroholdings" que sont devenus Tractionel et Electrobel finissent par se retrouver toutes deux dans le portefeuille de la Société Générale de Belgique. Le monde est petit en Belgique.

Alors que les deux sociétés sont devenues des bureaux d'études avant tout, la question de leur fusion est envisagée à partir de 1978. Avec l'achèvement des programmes nucléaires et la compétition qui se fait de plus en plus féroce sur les marchés étrangers, les carnets de commande des deux bureaux d'études ne se remplissent plus. Et les doublons qui s'observent ici et là, surtout au niveau des coûts de fonctionnement, commencent à porter préjudice en termes d'efficacité et de rentabilité. La fusion est inéluctable.

Obstacles multiples

Seulement, les obstacles se multiplient. "Les valeurs électriques connaissent de sérieuses difficultés en Bourse car les relations avec les pouvoirs publics restent tendues, notamment dans le cadre d'un projet récent de taxation des intercommunales mixtes", écrivent Brion et Moreau. Des tensions sur fond de besoins budgétaires et d'idéologie politique qui nous semblent bien familières trente ans plus tard...

Puis, Electrobel et Tractionel n'affichent pas le même bulletin de santé. Appliquant une politique de prix plus agressive, Tractionel souffre moins de la concurrence internationale. La faillite de Logabax, un fabricant d'ordinateurs dont Electrobel était actionnaire, pèse en outre lourdement sur la valeur des actions Electrobel. Même si les domaines d'activité des deux groupes se chevauchent, leur portefeuille diffère. Le gaz et l'électricité dominent plus chez Electrobel tandis que Tractionel est plus présent à l'international. Puis, encore faut-il accepter de se retrouver dans le même bateau.

La fusion, enfin

Jacques van der Schueren (photo), l'homme d'affaires et politicien libéral qui dirige les deux sociétés au début des années 80 croit en la fusion. Il finit par convaincre les deux groupes d'unir leur sort début 1984. Entre-temps, le climat économique et politique s'est quelque peu amélioré, il est vrai.

Enfin, le projet de fusion cadre désormais parfaitement avec les plans de restructuration de la Société Générale. Réalisée en mai 1986, l'opération donne naissance à Tractebel qui se voit confier, au sein de la nouvelle architecture de la Société Générale, les secteurs de l'énergie, de l'ingénierie, des travaux institutionnels et des services techniques.

Tractebel n'aura pas le temps de souffler. Le crash boursier en 1987 bloque ses aspirations en termes de levées de capitaux et la tentative manquée d'OPA hostile, lancée un an plus tard par Carlo de Benedetti sur la Société Générale, bouscule la "jeune" société qui finira toutefois par trouver sa place, et bien plus, au sein du groupe Suez, et plus tard de GDF-Suez. Mais, c'est une autre histoire.

C.M.

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