De Wever: "J'ai bien l'intention de passer par la porte"

©Jef Boes

À la veille des élections, quels sont les messages que livrent les présidents des partis flamands? Quelle coalition privilégient-ils?

Johan Vande Lanotte (sp.a):

Pour le socialiste flamand, la meilleure des choses serait de voir se former en Flandre un gouvernement à quatre partis, avec les écologistes de Groen!, mais sans la N-VA. "Il est bon de faire rentrer dans un gouvernement des gens progressistes. Nous avions déjà proposé de faire monter Groen en 2010 mais à l’époque ni le CD & V ni l’Open VLD n’en voulaient", explique Johan Vande Lanotte. Ce dernier estime qu’une alternative à la N-VA est possible en Flandre. "Les gens sont inquiets, les gens sont fatigués de la crise. Ils ne savent pas pour qui voter. Moi, je constate que certaines mesures prises, comme la réduction de la TVA sur l’électricité, sont appréciées."

Johan Vande Lanotte estime que les gens ont peur du programme de la N-VA. "Ce n’est pas la s.pa qui a créé cette peur. Nous n’avons jamais dit que les chômeurs allaient devoir vendre leur maison. Nous n’avons pas dit qu’il fallait supprimer les allocations de chômage après deux ans, ou abandonner l’indexation des salaires. Il s’agit de la N-VA!" En Flandre, Johan Vande Lanotte a donc vite fait de présenter le s.pa comme une barrière contre Bart De Wever et contre la fin des droits sociaux! "Le programme de la N-VA est totalement inacceptable. Il s’agit essentiellement d’un programme de droite, très libéral. Il est logique que nous répondions et que nous le combattions. Je suis heureux qu’aujourd’hui un parti comme le CD & V ou l’Open VLD défende l’indexation des salaires".

Alexander De Croo (Open VLD):

La formule Di Rupo 2 ne tente pas Alexander De Croo. "Nous avons besoin d’un autre type de gouvernement. Le travail à faire est différent aujourd’hui. À l’époque, la maison était en feu, nous avons dû mettre un gouvernement en place rapidement. Nous étions le paria de l’Europe. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Nous n’avons plus besoin d’un gouvernement de crise mais d’un gouvernement de croissance."

À ce sujet, Alexander De Croo dit comprendre les critiques des entrepreneurs envers le gouvernement Di Rupo. "Lors d’une crise économique, on ne peut jamais en faire assez. Je comprends leurs remarques." Mais selon lui, il y a de l’espoir. "Nous sommes dans une situation bien différente d’il y a deux ans. Les prévisions sont bien meilleures. Nous avons encore quelques handicaps mais notre économie n’est plus dans le viseur des institutions internationales. Maintenant, il faut éviter une nouvelle impasse politique."

Le libéral regrette toutefois le ton qu’a pris la campagne. "Nous, nous avons essayé d’éviter le conflit. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde. Ces dernières semaines, beaucoup de partis ont tenté de diaboliser les autres. Après la mort de Jean-Luc Dehaene, le ton est peut-être redevenu plus doux mais la stratégie de faire passer l’autre pour le méchant est restée."

Kris Peeters (CD & V)

Kris Peeters se montre très inquiet. "C’est la première fois qu’un parti flamand est aussi fort face à un parti francophone". Cette dualisation de la campagne pèse lourdement sur l’issue du scrutin.

"Imaginez que le MR et le PS se retrouvent dans le gouvernement wallon et au Fédéral. La N-VA devra alors mettre beaucoup de litres d’eau dans son vin. Cela va prendre beaucoup de temps. Or les agences de notation nous ont déjà mis en garde." Pour Peeters, l’absence éventuelle de gouvernement fédéral est avant tout préjudiciable à la Flandre, à cause de son économie

ouverte, davantage sensible à la conjoncture. Il n’a donc clairement pas envie que les pourparlers s’éternisent. "Après les 541 jours de négociations, les milieux d’affaires ne nous avaient pas félicités".

Pour en revenir à la N-VA, Kris Peeters ne sait pas encore au juste quelles sont ses intentions: "Ces derniers jours, ils ont changé de tactique et focalisé leurs discours à l’attention de la Wallonie tout en réclamant le poste de Premier ministre."

Bart De Wever (N-VA)

Le président des nationalistes flamands attend l’après-scrutin avec impatience! Pour lui, si le gouvernement Di Rupo I a réussi à former un gouvernement sans une majorité du côté flamand, pourquoi n’en serait-il pas de même cette fois-ci du côté francophone? "J’ai bien l’intention de passer par la porte, affirme ainsi Bart De Wever. Les partis de centre-droit ont 75 des 150 sièges au Parlement. Laissez-nous donc former un gouvernement sans vérifier si une majorité est possible dans chaque groupe linguistique."

Problème: face au "scénario A" de Bart De Wever, il y a également le "scénario A" du PS: "Les socialistes francophones ont déjà fait savoir qu’ils souhaitaient une reconduction de la majorité actuelle (un olivier) dans les Régions". Cela pour être en position de force face au gouvernement fédéral. Et d’autre part, "si les partis traditionnels peuvent former une tripartite, ils n’hésiteront pas". Bref, si la N-VA réalise un score en dessous de 30%, "je crains d’autres scénarios".

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