La tentation du statu quo

©Sofie Van Hoof

Faut-il changer une équipe qui ne perd pas?

Le pouvoir n’use pas toujours. L’un des faits marquants du scrutin du 25 mai, à l’échelon fédéral, est le bon score réalisé par les partis de la coalition gouvernementale, singulièrement par les partis flamands (surtout CD & V et Open VLD) et par le MR. Certes, tous les partis ne progressent pas. Ce sont les socialistes, seules formations de gauche dans une équipe de centre-droit, qui trinquent le plus, et particulièrement le PS, parti du Premier ministre. Il n’empêche: dans une Europe que les élections européennes révèlent en proie au doute, la stabilité des partis de la coalition fédérale en Belgique est particulièrement remarquable. De nombreux pays européens se contenteraient de ce résultat et sauteraient sur l’occasion pour reconduire la majorité sortante.

Rien n’empêcherait d’ailleurs les partis de la coalition fédérale de continuer ensemble s’ils le souhaitent. Ils ont gagné dans les urnes la légitimité de le faire. Ils en ont aussi le pouvoir puisqu’ils sont majoritaires dans leur groupe au Parlement, y compris du côté flamand. Et l’on peut penser que ce serait plus confortable pour eux de ne pas avoir la N-VA dans les pieds, notamment lors de la délicate mise en œuvre de la 6e réforme de l’État.

Le problème, c’est que le score de la N-VA est, lui aussi, remarquable. Le parti nationaliste a gagné son pari de franchir la barre des 30% des voix et cela fait de lui un protagoniste que l’on ne peut écarter d’un revers de la main. Le roi Philippe, qui est à la manœuvre dans ce premier round d’observation, a d’ailleurs respecté les usages en recevant, tour à tour, le président du parti qui a gagné les élections, Bart De Wever, le(s) président(s) de la famille politique la plus puissante au Parlement (l’empêché Elio Di Rupo et le faisant fonction Paul Magnette), avant d’accueillir les responsables des autres formations.

Par opportunisme ou par prudence, les autres partis marchent donc sur des œufs, en attendant de voir ce que pourrait proposer le grand vainqueur des élections et quel degré de concessions il est prêt à intégrer dans d’éventuelles négociations pour la formation d’un gouvernement fédéral.

Serait-ce d’ailleurs une bonne chose que de rejeter la N-VA sur le bord de la route et continuer à enfler dans l’opposition, plutôt que de la confronter à l’inévitable usure du pouvoir? Ne vaudrait-il pas mieux la laisser d’abord se frotter à l’exercice de la négociation et du compromis? Ce sera toute la question de ces prochains jours.

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