Le décès de Dehaene, une influence sur le scrutin?

Bombardé d’images du grand homme d’État, l’électeur flamand aura probablement une pensée pour le plombier en entrant dans l’isoloir. Mais de là à dire que le CD&V va en profiter…

On ne va pas dresser ici le énième portrait du "bulldozer de Vilvorde", vous redire combien sa science du compromis et son entêtement à chercher des solutions étaient incomparables, d’autres l’ont déjà (très bien) écrit. Mais deux questions d’ordre politique se posent aujourd’hui avec urgence et acuité tandis que des élections capitales auront lieu dans une semaine. Primo, le décès de Jean-Luc Dehaene va-t-il avoir une influence sur les résultats électoraux? Secundo: si influence il y a, dans quel sens cela va-t-il jouer?

Considérons les choses sans émotion ni empathie particulière: Jean-Luc Dehaene sera inhumé vendredi prochain. Ce sera là une commémoration de grande ampleur, une grand-messe médiatique et cathodique éventuellement des directs mais certainement aussi une présence massive dans tous les journaux télévisés du pays ainsi qu’une pluie d’articles laudateurs sur le personnage et son action politique. Bref, il va y avoir du Dehaene sur tous les écrans du Royaume pendant une semaine.

On va donc frapper l’imaginaire d’un pays, de ses citoyens, de ses électeurs, les trimbaler dans une nostalgie de cette Belgique fédérale qui fonctionnait encore bien et où, mon bon monsieur, on trouvait encore des solutions. Et ça quelques heures à peine avant que tout ce beau monde (flamand) se rende dans les isoloirs. On sait que l’électeur est ingrat et oublieux mais on peut quand même raisonnablement imaginer qu’avec un laps de temps aussi court entre le bombardement médiatique et le vote, le Flamand lambda aura une pensée (émue) pour ce père de la politique belge, cet homme d’Etat, au moment de se diriger vers son bureau de vote.

Donc, a priori, on peut aussi raisonnablement inférer qu’il y aura une "influence Dehaene" sur le scrutin, même si celle-ci est marginale.

Secundo, maintenant. Dans quel sens va peser le décès de Dehaene?

A priori, on est tenté d’écrire qu’il va doper les chrétiens-démocrates flamands. Petite incise: ceux-ci en ont en effet bien besoin. Ils ne parviennent pas réellement à définir une stratégie gagnante dans leur lutte avec la N-VA, ils approchent de la barre des 20% dans les intentions de vote mais sans toujours pouvoir s’y accrocher une barre symbolique qui leur permettrait de ne pas être deux fois plus petit que les nationalistes. Le décès de Dehaene peut rappeler à l’électeur flamand qu’il existe, ou plutôt qu’il existait, des personnalités d’envergure au CD&V et que ce parti, celui qui a pu produire un tel homme d’État, mérite d’être soutenu.

C’est en quelque sorte un vote de remerciement pour services rendus à la patrie Belgique dont le CD&V bénéficierait alors.

On ne voudrait pas jouer au vrai démocrate chrétien, mais l’affaire est difficile à trancher et on est tenté d’apporter une réponse nuancée.

Car enfin, le décès peut tout aussi bien avoir l’effet inverse et pousser encore plus de Flamands à voter pour le parti de Bart De Wever. Ainsi l’effet "dernier des Mohicans" serait-il négatif pour le CD&V. L’idée est ici de se dire que, derrière Jean-Luc Dehaene, il n’y a plus personne avec cette force de caractère au CD&V, que tous les Yves Leterme, Kris Peeters et Pieter De Crem du parti, ne vaudront jamais un quart de Dehaene et que ce parti appartient définitivement, finalement, au chapitre historique de la politique belge, au XXe siècle.

Le prochain chapitre du livre flamand appartiendrait à la N-VA.

Pour une fois, on ne va pas trancher. Mais, avouez, jusque dans la mort, Jean-Luc Dehaene aura été un acteur passionnant du débat politique belge.

Salut, plombier!

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