"Plus ça change, plus ça reste"

Ils sont chef d'entreprise, économiste, banquier, responsable d'institutions culturelles ou de fédérations professionnelles... et ils réagissent aux résultats des élections.

L'Union wallonne des entreprises et son pendant flamand, le VOKA, réclament la constitution rapide de gouvernements en vue de mener des réformes économiques en profondeur. Les deux organisations patronales demandent aux prochains gouvernements de s'attaquer en priorité notamment à l'handicap salarial et à la hausse des dépenses publiques en vue d'améliorer la compétitivité des entreprises.
Pour Jo Libeer, administrateur-délégué du VOKA, il faudra trouver des hommes d'État capables de surmonter les différences dans les programmes des partis et de mettre fin aux "guéguerres" politiciennes pour mettre en place rapidement un exécutif au niveau fédéral, la N-VA étant en tête en Flandre et le PS en Wallonie et à Bruxelles.
Pour Vincent Reuter, administrateur délégué de l'UWE, le climat a changé par rapport aux élections de 2010, organisées en pleine crise économique. "Les problèmes structurels persistent", note-t-il reconnaissant cependant que le gouvernement Di Rupo a réussi notamment à mener la sixième réforme de l'État.
   

François Fornieri: Pour une continuité dans les efforts

"Ce qui me réjouit c'est que le sud du pays reste dans la continuité, les socialistes n'ayant pas subi de défaite, tout en se renforçant du côté libéral et économique. Il est important pour moi qu'il y ait une continuité dans les efforts faits depuis quinze ans au niveau économique."

Serge Vilain : "Ne pas casser la croissance molle"

CEO de la SRIB

Pour le patron de la SRIB, la 6éme réforme de l’Etat, qui donne davantage de prérogatives et de moyens économiques aux Regions devrait atténuer encore l’effet d’une crise politique de longue haleine au fédéral. "Mais malgré tout le Fédéral continue à guider le moral des entrepreneurs. Il faut donc éviter de le saper par trop d’incertitudes", précise Vilain.

"2010 n’a pas été une catastrophe pour les entrepreneurs mais plus on se pose de questions et plus on ralentit les investissements et cela risque d’effrayer les investisseurs étrangers".

"Il ne faudra pas casser la coissance molle que l’on connaît pour l’instant avec une longue crise politique."

"Il n’y a pas que la NVA, il y a beaucoup de vainqueurs. Côté flamand, il n’y a qu’un perdant le Vlaamse Blok, et côté francophone, Ecolo. On entre dans un jeu multilatéral avec de nombreux pôles. Je ne suis pas pessimiste concernant le temps que prendra la formation du futur gouvernement. Il y a plus de possibilités qu’il y a 4 ans. C’est de la responsabilité de chacun des partis qui ont gagné de créer un climat de confiance. Je m’en remets à la sagesse des hommes politiques pour trouver les bonnes pistes... Mais il faut dans tous les cas que cela crée un bon climat pour l’économie."

"Nous vivons dans un pays où des coalitions sont nécessaires, donc des concessions seront inévitables pour former un gouvernement au niveau fédéral. Mais elles ne seront peut-être pas simples vu le résultat du scrutin", dit le professeur de la Sorbonne et de l’ULB (Solvay). Sur le volet communautaire mais aussi économique, Bart De Wever a été plébiscité sur la base d’une politique bien différente de celle des partis francophones, surtout le PS et le cdH, et même en partie le MR. Si les incertitudes devaient durer, ce serait évidemment négatif pour les taux belges sur les marchés. Au niveau des Régions, notamment en Wallonie, il faudra aussi rassurer les entrepreneurs, notamment les PME, sur le cap qui sera donné."

Peter Vanden Houte estime que le gouvernement fédéral verra sa coalition sortante reconduite, même si au départ la NVA prendra l’initiative de la formation du gouvernement. Il voit par contre une coalition différente en Flandre, entre la N-VA et le CD&V. Pas de changement côté francophone. "Ce sera un problème pour le plan de stabilité déposé auprès de la Commission européenne avant les élections. La N-VA risque de s’opposer à des économies supplémentaires à la région, pour concentrer tout l’effort budgétaire au niveau fédéral. Ceci va apporter des difficultés dans les années à venir".

"Il ne faudrait pas que la formation du futur gouvernement fédéral dure jusqu’au 15 novembre 2015, c’est-à-dire 542 jours comme la fois passée! L’essentiel est de se mettre en conformité avec les souhaits de l’Union européenne et de développer une politique de croissance. Il faut viser une croissance qui soit durable, tout en veillant à l’évolution de la société, notamment en privilégiant les nouvelles technologies et l’écologie. Il faut mettre l’accent sur la compétitivité des entreprises et sur les investissements, y compris en attirant les investisseurs étrangers."

"Je ne suis pas particulièrement inquiet: la tendance n’a pas fondamentalement changé. Mis à part un mouvement important du Vlaams Belang vers la N-VA en Flandre et d’Ecolo vers le PTB en Wallonie, il s’agit plutôt d’un statu quo. Je n’ai pas l’impression qu’il y a eu un tremblement de terre. Une tripartite classique — Libéraux, Socialistes, Chrétiens — semble possible au fédéral et le blocage du pays ne devrait pas avoir lieu. Ce qui est primordial, c’est que le gouvernement prenne des mesures bien préparées, dont l’impact a été bien étudié, contrairement au gouvernement sortant."

"Ils voudront le ministère de la Culture." Le calcul de Paul Dujardin est simple: le CD&V veut reprendre la main sur l’éducation, et laissera la N-VA prendre la culture. "Bart De Wever a bien dit qu’il voulait réduire partout les dépenses. Je crains qu’ils n’aillent couper dans les budgets des institutions culturelles flamandes. Je m’inquiète pour elles." Son institution ne dépendant pas des communautés, le directeur de Bozar traite plutôt avec les politiques au niveau fédéral. De là à craindre l’arrivée potentielle de la N-VA à ce niveau de pouvoir? "On a bien collaboré avec les six partis traditionnels, qui ont fait du bon travail, il faut le dire. Je m’adapterai."

Bruxellois flamand, belgicain parfait bilingue, Paul Dujardin voit l’avenir sur les ponts jetés entre les communautés. "Il ne faut pas se leurrer, le socio-économique est là, partout: les directeurs d’écoles, d’institutions sociales et culturelles devront faire des efforts financiers. C’est en collaborant que nous y arriverons." Et Dujardin de se réjouir d’une chose: "L’extrême droite a beaucoup perdu. S’il faut une bonne nouvelle, ce sera celle-là." 

Au vu des résultats, Serge Rangoni constate que les extrêmes se renforcent. "En Belgique, on va vers une situation de blocage évidente, dit-il. On peut dire qu’il y a une inquiétude sur l’avenir". Il souligne cependant que le PS a bien résisté ce qui est, selon lui, "une forme de reconnaissance de la personnalité du Premier ministre qui a livré le pays à la NV-A avec des réformes qui ont déjà été faites, plutôt que de leur laisser les faire. A part cela, il n’y a rien de rassurant".

Il explique la percée du PTB comme l’expression d’un malaise, d’une exaspération. "Il s’agit visiblement d’un vote de rejet pour certains dans une région très marquée par les fermetures d’entreprises ces dernières années, explique-t-il. C’est aussi un vote de rejet des mesures imposées par l’Europe en matière de diminution de la dette. Je remarque aussi que c’est en opposition avec ce qui se passe de l’autre côté du pays et qui va empêcher de jeter des ponts. C’est inquiétant, on a plutôt besoin de se rassembler dans une période de difficultés."

Le directeur du Théâtre de Liège égratigne aussi la classe politique: "aucun parti n’a dit clairement que la fin des transferts en dix ans constituent un défi gigantesque qui représente la moitié de du budget de la région wallonne. Il faut regarder les choses en face et dire, plutôt qu’édulcorer, que l’on doit bouger les lignes et redresser l’économie sinon on va tout droit à la catastrophe".

Vincent Thirion a un peu peur que l’on revive le même scénario qu’en 2010, sans gouvernement pendant une longue période. Sans prendre parti, il estime "qu’il est important à l’époque actuelle de maintenir des axes forts autour de la culture et non pas supprimer des budgets. La culture est un facteur social mais aussi de développement économique".

La personnalité de Bart De Wever mais aussi sont attitude d’"imperator" lui fait également peur. "Le séparatisme, c’est impossible, dit-il, il va faire exploser la nation. Nous avons mis en avant des partenariats de plus en plus fréquents avec nos amis flamands, mais il est plus difficile d’aller jouer au Single (à Anvers) qu’à Paris. La circulation des artistes va être mise à mal s’il arrive à ses fins."

Pas surpris par le résultat du scrutin, le patron de l’institution bicommunautaire estime que le vote à droite affirmé en Flandre "est économique avant d’être nationaliste. La Flandre a exprimé un vote par rapport à une certaine façon de voir la vie économique, et donc la vie tout court, qui va plus dans le sens de l’entreprise. Je crois qu’il n’y a pas de mal à cela, cela ne met pas nécessairement la culture en péril". Prudent, Gilles Ledure rappelle qu’il faut attendre les coalitions et les axes de politiques générales pour juger. "Cela vaut pour la N-VA comme pour tout le monde", dit-il. Il tire comme leçon que la démocratie fonctionne. "Flagey représente un équilibre des forces politiques de ce pays. Au jour le jour, si la bonne volonté y est, ça marche. Il y a eu une élection, il faut la respecter".

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