interview

"Si j'avais su, il y a un an,..."

©Laurie Dieffembacq

Avec des "si", on met Paris en bouteille, comme disait l’autre. Avec des "si", on peut voyager dans le temps. Coup d’œil dans le rétroviseur, une année après les élections. Avec la bande des quatre Michel, Di Rupo, Maingain et Lutgen.

> Notre dossier Élec­tions 2014: un an après


Charles Michel

"J'avais imaginé tous les scénarios, sauf celui qui s'est réalisé"

Charles Michel, Président du MR le 25 mai 2014. Aujourd’hui, il est Premier ministre.

"Si j’avais su il y a un an où nous en serions aujourd’hui, et bien, j’aurais agi exactement de la même manière, sans l’ombre d’une hésitation. Avant les élections, j’étais convaincu qu’il n’était pas possible de faire un accord avec la N-VA et d’éviter les questions institutionnelles. Comme président de parti, avant les élections, j’avais d’ailleurs imaginé tous les scénarios possibles, sauf celui qui s’est finalement réalisé. Comme quoi. Je n’aurais jamais pensé que, si rapidement après le scrutin, les deux partis de la gauche francophone, le PS et le cdH, auraient fait des majorités régionales rendant impossible la formation d’un gouvernement fédéral. Je pense donc aujourd’hui, avec le recul, que le PS et le cdH avaient un préaccord électoral, je n’en ai pas la preuve formelle mais tout indique que c’est le cas.

©BELGA

Le MR a donc dû prendre ses responsabilités et cela a coïncidé avec un autre élément inattendu: le fait que la N-VA a décidé de mettre les questions communautaires au frigo, à condition d’avoir des réformes socio-économiques. J’ai donc amené le MR à faire ce gouvernement de centre-droit, j’ai pris mes responsabilités pour éviter le chaos institutionnel et le chaos économique. Mon grand engagement avant les élections était de ne pas se lancer dans de nouvelles aventures institutionnelles mais de faire fonctionner la 6e réforme de l’État. Je pense que nous tenons nos promesses. Nous avançons et nous rendons à la Belgique sa compétitivité, le travail que nous avons abattu est gigantesque et je suis même étonné moi-même que nous ayons pu prendre autant de décisions malgré une opposition violente.

Quand je regarde en arrière, je dois bien avouer que j’imaginais que l’opposition serait dure mais pas à ce qu’il y ait à ce point de l’hystérie. Je savais qu’il y aurait des attaques en dessous de la ceinture, qu’il y aurait de la rage, que les syndicats réagiraient et qu’il faudrait du temps pour convaincre de ma sincérité. Mais je constate que là aussi le vent a commencé à tourner".

Elio Di Rupo

"Personne n'avait osé dire qu'il toucherait aux pensions"

Elio Di Rupo était Premier ministre en mai 2014. Aujourd’hui, il est président du PS.

"Si j’avais su que ce gouvernement, que le MR et les autres partis de droite qui forment le gouvernement fédéral, toucheraient à la pension des Belges, j’aurais mis ce sujet au cœur de la campagne électorale. Car je veux rappeler qu’aucun de ces partis-là n’a eu le courage de dire qu’ils projetaient de toucher aux modalités de la pension des Belges avant les élections. Nous aurions dû en faire un thème central de la campagne électorale. Car ce gouvernement porte atteinte aux pensions des Belges sur trois paramètres et personne n’a dit aux électeurs qu’on modifierait cela. D’abord, la durée des carrières. Nous estimons que si un métier est lourd et pénible – prenez l’exemple d’un maçon – eh bien, la durée de la carrière doit absolument être proportionnelle à cette pénibilité. Ensuite, le montant de la pension. On y a touché via le saut d’index, entre autres, et le pire est encore à venir puisqu’avec la pension à points qu’on nous prépare, le montant des pensions va encore diminuer. Enfin, il y a l’âge légal de la retraite qui a été porté à 67 ans au lieu de 65 ans – juste pour grappiller quelques centièmes de points de PIB, puisqu’on économise 0,087% du PIB/an.

©Photo News

Nous regrettons ces mesures, d’autant plus que nous ne savions pas ce que le MR et ses partenaires avaient l’intention de faire! Ces moyens, ces points de PIB, on pourrait aller les chercher ailleurs, par exemple en faisant contribuer le capital et les grandes fortunes. Ce n’est quand même pas scandaleux que de demander aux fortunés de contribuer en lieu et place des pensionnés. Je rappelle que la pension, c’est le dernier salaire de nombreuses personnes. C’est définitif, car derrière, bien souvent, ils n’ont rien pour se rattraper."

Benoît Lutgen

"On clive la société et ce n'est jamais bon"

"Si j’avais su qu’il était possible de renier à ce point des engagements politiques – par exemple celui de ne pas faire d’accord avec la N-VA ou de ne pas toucher à l’indexation des salaires –, cela aurait changé les choses, certainement dans notre force de persuasion à l’égard de la population. Dans la manière de demander des engagements encore plus solennels aux uns et aux autres dans ces matières-là durant la campagne électorale. Parce que ce à quoi on assiste depuis un an, c’est le renoncement. Et le renoncement en politique, c’est quelque chose d’abject.

©BELGA

C’est surtout par rapport à la N-VA et aux libéraux que je dis cela. Maintenant, je ne vais pas tomber dans la caricature socialiste: il y a des choses qui se font au gouvernement fédéral auxquelles nous pouvons souscrire, même si c’est assez faible.

On clive la société et ce n’est jamais bon. Donc, la tonalité est différente de ce que j’aurais souhaité et de ce qui aurait pu exister. Mais je n’ai jamais cru que ce gouvernement fédéral ne tiendrait pas: quand on passe un accord sur le dos de ses engagements politiques, on n’a pas envie de retourner très vite devant l’électeur parce qu’on risque de se ramasser une claque. Le MR serait sanctionné par l’électeur. Par ailleurs, je suis satisfait de ce qui se passe en Wallonie pour le moment, il y a un vrai dynamisme, et ça se traduit notamment au niveau des bons chiffres de l’emploi."

Olivier Maingain

"Les libéraux payent le prix de leur infamie"

©Laurie Dieffembacq

D’ailleurs, on peut en être témoin aujourd’hui quand on jette un œil à tous les divers sondages. Que disent-ils? Que Charles Michel est perçu comme l’allié, l’ami de la N-VA, bien plus que comme un Premier ministre. Les libéraux payent le prix de leur infamie. Plusieurs fois durant la campagne électorale, Charles Michel a explicitement rejeté tout accord futur avec la N-VA, il est allé jusqu’à rappeler Didier Reynders à l’ordre, lui qui avançait moins masqué que Michel sur cette question d’alliance avec la N-VA. Si j’avais su qu’ils iraient jusqu’à se renier, j’en aurais fait un enjeu central de la campagne électorale. Il y avait un consensus francophone pour maintenir la N-VA hors-jeu, le MR l’a brisé."

[Suivez Martin Buxant sur Twitter en cliquant ici]

  

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