"Un des deux grands partis sera dans l'opposition"

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Pascal Delwit, politologue à l’ULB, estime que l’arithmétique parlementaire donne deux scénarios assez clairs: un gouvernement de droite ou la reconduction de la tripartite. Dans les deux cas, l’un des deux plus grands partis de sa communauté sera dans l’opposition.

Lundi, le Roi a reçu Bart De Wever en premier. Pourrait-il devenir Premier ministre?

C’est une des hypothèses qui ressort du scrutin. Bart De Wever n’a pas caché qu’il souhaitait mettre en place un gouvernement de droite en Flandre et tenter de l’élargir dans le spectre francophone pour le Fédéral, voir à tous les échelons fédérés. Évidemment, ce n’est pas facile car il faut d’abord convaincre le CD&V.

C’est si difficile de convaincre Kris Peeters?

Je crois qu’il est très difficile pour Kris Peeters de se succéder à lui-même au poste de ministre-président à partir du moment où il a fait 20% et la N-VA 33%. Quand bien même la N-VA lui offrirait le poste, il ne serait pas l’homme fort du gouvernement. La logique serait que Liesbeth Homans prenne la ministre-présidence. Mais alors ça veut dire que Kris Peeters sort du jeu.

Ne pourrait-il pas obtenir le poste de Premier ministre s’il accepte l’alliance avec la N-VA?

C’est aussi une hypothèse qu’il ne faut pas exclure. Mais la famille démocrate-chrétienne a moins de sièges que la N-VA. Au Parlement fédéral, un Premier ministre qui n’est pas issu de la première famille ou du principal parti, c’est un Premier ministre qui est souvent considéré comme un otage. Ce n’est pas le mode politico-organisationnel le plus simple. Ensuite, il faut savoir que si le CD & V ne bloque pas la N-VA maintenant, il ne la bloquera jamais. S’il envoie la N-VA dans l’opposition, ce sera dur à gérer pour elle. Bien sûr, elle va crier au scandale en disant que l’électeur n’est pas respecté. Mais ne pas être un acteur du processus décisionnel ni à la Chambre ni à la Région pendant 5 ans, c’est très dur. Il pourrait y avoir une forme de désillusion face à la victoire de la N-VA.

Le CD & V est donc un acteur central?

Tout à fait. On a le sentiment que deux stratégies ont été présentées. Bart De Wever, lundi, aux alentours de 19h15, a affirmé: "Je forme une majorité à la Région et elle crée une dynamique au Fédéral". Et Elio Di Rupo a répondu: "Je forme une majorité au Fédéral et elle crée une dynamique au niveau des entités fédérées". Chacun pousse pour essayer de créer sa dynamique en premier et de convaincre ses partenaires.

Un gouvernement de droite tel que Bart De Wever souhaite mettre en place est-il possible?

Il est possible arithmétiquement, même en Région wallonne et en Région bruxelloise (en l’étendant sans doute au FDF). Au Parlement wallon, ce serait quand même assez ténu car la majorité n’est que d’un siège seulement. Mais c’est envisageable.

Le MR et le CDH vont-ils accepter de gouverner avec Bart De Wever?

À ce stade, personne n’exclut rien. Mais Bart De Wever va devoir les convaincre. Ils savent bien que pour l’électorat francophone, être dans un gouvernement avec la N-VA, ce n’est pas facile à vendre. Par ailleurs, ces deux partis seraient minoritaires dans le rôle linguistique francophone. On a aussi entendu des paroles assez dures de ces partis envers la N-VA. La semaine dernière, Francis Delpérée (cdH) a quand même traité la N-VA de raciste. Ce n’est donc pas gagné d’avance.

La mise en place du nouveau gouvernement peut-elle se faire rapidement?

Aller vite, c’est une notion relative en Belgique. Mais il y a plusieurs éléments qui peuvent nous laisser penser qu’on n’est pas forcément parti pour une situation de blocage. Le premier, c’est qu’on a deux scénarios assez clairs. Un: une impulsion pour un gouvernement de droite. Deux: la reconduction de la tripartite. Si au bout de 15 jours, le CD & V dit: "avec la N-VA, ce n’est pas possible. J’entame des négociations à mon tour", ce sera une indication forte pour le niveau fédéral. On a un point de départ où la construction d’un gouvernement fédéral paraît possible compte tenu des résultats électoraux. C’est très différent de 2010 où on ne voyait pas très bien ce qu’on pouvait faire. Ici, on n’a pas le sentiment que l’arithmétique parlementaire rend les choses inextricables.

Peut-on réellement se passer de la N-VA, de ses 32% et 34 sièges?

La N-VA a remporté les élections en Flandre. C’est un message important. Mais un autre message est que les quatre partis qui ont participé à la réforme de l’État ont dans l’ensemble progressé en voix et en sièges. Ensuite, tous les partis confondus qui contestaient le fédéralisme belge sont plutôt en recul. La N-VA progresse, c’est certain. Mais on constate la disparition de la Lijst Dedecker sur l’échiquier politique et l’effondrement du Vlaams Belang. Au regard de ces trois éléments, il est tout à fait possible de se passer de la N-VA. Même si c’est difficile pour un francophone de le demander. Somme toute, il faut bien se rendre compte que Bart De Wever ne procède pas différemment. Il veut un gouvernement de droite sans le Parti socialiste. Le PS a fait le même score en Wallonie que la N-VA en Flandre. Mais ce n’est pas parce que le PS a fait 32,5% des voix qu’il doit nécessairement être dans le gouvernement. Il ne faut rien exclure mais a priori un des deux grands partis de sa communauté sera véritablement dans l’opposition, soit le PS, soit la N-VA.

Du côté francophone, les gouvernements régionaux peuvent-ils se former avant le Fédéral?

Je crois que cela va quand même dépendre de l’idée que l’on se fait de la célérité des négociations au niveau fédéral. Par exemple, si on essaie un tripartite, PS, MR et cdH vont tous les trois dire qu’ils veulent être dans les entités fédérées. Cela ne veut pas dire qu’ils vont obtenir satisfaction mais il est clair que ça va être un élément dans le débat. Hier matin, on a entendu le MR et le cdH dire que les gouvernements devaient être symétriques. Ce n’est pas un hasard. Toutefois, si les négociations au Fédéral se compliquent, les Régions pourraient tenter de former leurs coalitions.

Les libéraux pourraient-ils revenir dans les majorités régionales?

Si c’est la tripartite traditionnelle, ils peuvent revenir à tous les échelons. Si c’est un gouvernement de droite, les libéraux pourraient empocher la ministre-présidence de la Région bruxelloise et de la Région wallonne. Troisième scénario: les majorités dans les entités se forment et on pourrait avoir une majorité PS-MR à la Région bruxelloise et à la Région wallonne. Il ne faut toutefois pas exclure qu’ils soient dans l’opposition. Le scénario qui rapporterait le plus au parti est très certainement celui du gouvernement de droite. Néanmoins, il y a deux difficultés à gérer. La première, c’est d’être minoritaire dans le rôle linguistique francophone. La deuxième, c’est que la majorité au Parlement wallon est très ténue. Ce n’est pas facile à gérer. Il faudra toujours que tout le monde soit là pour voter.

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