Les mesures de sécurité ont changé nos vies

©REUTERS

Les attentats de Bruxelles ont poussé la Belgique à revoir ses standards en matière de sécurité. Si de nombreuses mesures étaient déjà à l’agenda à la suite des attaques qui ont touché la France en 2015, le 22 mars a marqué un tournant.

1/ Des mesures sécuritaires visibles

Des aéroports "bunkérisés"

Si vous avez pris l’avion à Zaventem ou Gosselies dans le courant de l’année écoulée, vous n’avez pas échappé au dispositif de sécurité renforcé mis en place dans les deux aéroports. Ce n’est qu’il y a peu, en novembre, que les fameuses tentes de pré-screening qui faisaient office de nouvelle entrée ont laissé place à un nouveau dispositif. Il faut désormais passer par un sas où se trouvent des agents formés à reconnaître des comportements suspects. L’aéroport de Charleroi devrait quant à lui être prochainement doté d’un mur capable de se déployer dans le cas d’une éventuelle charge de véhicule. Un dispositif inspiré de l’aéroport de Tel Aviv, référence mondiale matière de sécurité.

Des militaires toujours en rue

Aujourd’hui, encore 1.100 hommes et femmes en arme sont mobilisés dans le cadre de l’opération "Vigilant Guardian", amorcée au lendemain des attaques de Charlie Hebdo. Le nombre de soldats déployés a fortement augmenté suite aux événements du 22 mars, avec un pic à 1.600 soldats. Toute modification de ce dispositif est aujourd’hui décidée par le gouvernement, qui s’appuie sur les avis du Conseil national de sécurité émis notamment en fonction des révisions éventuelles de l’Ocam (Organe de coordination et d’analyse de la menace).

Une mobilisation exceptionnelle mais qui montre aussi ses limites: le manque d’entraînement et la fatigue des troupes ont été soulignés à plusieurs reprises au long de l’année, alors que la création d’un "garde nationale" de soutien à laquelle faisait allusion le ministre de l’Intérieur Jan Jambon durant l’été ne semble pas avoir beaucoup avancé.

Un recours croissant au privé

Les agents de gardiennage ont aussi été particulièrement mis à contribution dans un contexte où la demande a augmenté, notamment du côté des salles de concerts ou encore des campus universitaires. Securitas et G4S, deux firmes incontournables en la matière, ont chacune dépassé les 1.000 recrutements cette année. Une croissance que relativise toutefois Securitas: "Les attentats ont modifié l’image de la sécurité, c’est évident. Mais le processus était en cours depuis quelques années déjà et s’est accéléré en raison des attentats."

Le Fédéral a aussi élargi le champ d’action des entreprises privées, dans le but de soulager les forces de police fortement sollicitées: en novembre, le gouvernement décidait en effet de leur déléguer certaines tâches, habilitant les agents à effectuer notamment des balayages préventifs de bâtiments et de terrains à la recherche de matériel d’espionnage, d’armes ou encore d’explosifs.

2/ Des mesures sécuritaires moins visibles

L’accès aux banques de données élargi

Parmi l’arsenal de lois antiterroristes présentées par le gouvernement Michel fin 2015 et mises en applications dans la foulée des attentats, il y a le fameux projet de loi sur le registre des passagers (le fameux "PNR"), qui autorise à confronter les noms des passagers arrivant chez nous (tant par voie aérienne que terrestre ou maritime) avec ceux des personnes figurants dans les registres de recherche. Il a été adopté à l’automne. Dans un registre similaire, la banque de données dynamique sur les combattants terroristes qui se sont rendus en zone de "conflit djihadiste" a été opérationnalisée par arrêté royal. Auparavant, les différents services concernés par cette base de données devaient obligatoirement passer par l’Ocam.

La fin des cartes prépayées anonymes

Cette année a aussi été synonyme de la fin de l’anonymat pour les propriétaires de cartes téléphoniques prépayées, prisées par les malfaiteurs et les terroristes. Tout propriétaire d’une carte doit dorénavant passer par une procédure d’enregistrement à l’achat. Les opérateurs doivent eux conserver ces données, qui restent ainsi accessibles aux services de police et de renseignement sous certaines conditions.

Des méthodes de recherche étendues

Les MPR ou "méthodes particulières de recherches" sont des méthodes informatiques auxquelles peut recourir la police judiciaire pour parvenir à ses fins.La loi MPR, qui établit notamment des règles concernant l’exploration des contenus de smartphone, ou encore les infiltrations sur internet lors d’enquête sur des faits criminels graves, a ainsi été étendue, et les moyens technologiques auxquels peut recourir la police ont été précisés. 6,5 millions d’euros supplémentaires ont également été investis pour des applications de haute technologie destinées à cet effet.

La perquisition 24h/24

La longue traque de Salah Abdeslam et son arrestation tardive alors qu’il se trouvait à Bruxelles a laissé des traces. Ainsi, quelques jours à peine après le 22 mars, l’interdiction de perquisitionner un suspect entre 21h et 5h du matin a été levée pour ce qui concerne les infractions terroristes. Auparavant, les exceptions à cette interdiction étaient pourtant limitées aux flagrants délits ou aux dossiers relatifs au trafic de stupéfiants.

3/ Des lacunes comblées en matière d’action d’urgence

Un plan d’intervention médical revu

Les attentats ont aussi mis en lumière les lacunes du plan d’intervention médical (PIM) au sein du SPF Santé publique, celui-ci n’étant visiblement pas adapté à la complexité d’un attentat terroriste. De manière générale, les seuils d’alerte ont été étendus: un "Maxi PIM" pourra être déclenché si l’on compte plus de 20 blessés graves et 100 légers. Une attention plus particulière a été accordée à la relève du personnel en cas de travail de longue durée et une collaboration entre les services médicaux et l’aide psychosociale.

Le réseau Astrid refinancé

Le réseau de communication Astrid, dédié aux services de secours et de sécurité, a lui aussi montré ses faiblesses dans le feu de l’action. Sous-financé depuis des années, il doit finalement bénéficier de 117 millions d’euros d’investissements d’ici 2020.

"la parole raciste se libère"

Marquée par ce tour de vis sécuritaire, l’année écoulée aura aussi été éprouvante pour la communauté musulmane, au dire d’Hajib El Hajjaji, vice-président du Collectif contre l’islamophobie en Belgique. Ce dernier déplore la construction d’un discours autour d’un "problème musulman" lié aux attentats, avec un impact fort sur cette communauté. "Tout cela crée de la confusion." Dans le mois qui a suivi les attentats, le collectif a reçu 36 plaintes et dit en avoir transmis 120 au Centre pour l’égalité des chances (Unia) pour l’ensemble de 2016. Unia se garde pour l’heure de tirer des conclusions sur l’évolution du nombre d’actes islamophobes en 2016, son rapport annuel complet n’étant attendu qu’en avril. Son porte-parole laisse toutefois entrevoir une tendance: "Si on a ressenti qu’il n’y avait pas une explosion des signalements et des dossiers ouverts sur base de ces critères, on sentait bien en tout cas que les faits rapportés étaient beaucoup plus graves (…) La parole raciste se libère. Avant on était dans l’insulte, maintenant on est plutôt dans l’appel au meurtre."

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