Des voitures chinoises pour le site de Caterpillar

Le site de Caterpillar à Gosselies pourrait accueillir une nouvelle usine de véhicules électriques. ©Photo News

La Sogepa investirait 150 millions de dollars dans la chinoise Thunder Power pour qu’elle fabrique ses autos électriques à Gosselies. En Chine, on évoque déjà un accord-cadre signé.

Les discussions se poursuivent avec des acteurs chinois pour développer de nouvelles activités sur le site de Caterpillar à Gosselies (Charleroi). Nos confrères du quotidien économique chinois Digitimes ont révélé ce mardi une information d’une importance capitale pour les Wallons. Selon la version anglaise publiée sur son site internet, les dirigeants de la Sogepa auraient signé un accord-cadre avec leurs homologues de la société chinoise Thunder Power EV pour y investir un important montant à leurs côtés: 150 millions de dollars.

"Quoiqu’en disent certains sites, c’est un dossier qui est toujours à l’examen et qui est confidentiel. Plus on en parlera, plus on prend des risques qu’il n’aboutisse pas."
un responsable
de la Sogepa

D’après Shen Wei, CEO du fabricant chinois de véhicules électriques, les dirigeants du bras financier du gouvernement wallon ont pris la décision d’investir dans l’entreprise à l’issue d’une visite effectuée dans leur usine installée à Gangzhou, dans le sud-est de la Chine. D’après Shen Wei, l’environnement favorable aux investissements étrangers créé par les autorités belges pourrait inciter Thunder Power à choisir la Belgique pour y installer son centre européen de recherche et développement et un site de production de ses véhicules électriques. Citée dans Digitimes, la Sogepa espère que l’investissement aidera le fabricant chinois à développer et à produire ses véhicules électriques pour les marchés européen et chinois.

Contactés par nos soins, les dirigeants de la Sogepa se montrent peu diserts sur le sujet. "Quoiqu’en disent certains sites, c’est un dossier qui est toujours à l’examen et qui est confidentiel. Plus on en parlera, plus on prend des risques qu’il n’aboutisse pas", nous a confié un responsable de l’outil économique wallon. Aucune mention n’est faite de Gosselies dans l’article de Digitimes. Mais Thunder Power n’est autre que le partenaire avec lequel discutent les Wallons pour l’attirer sur le site de Caterpillar afin que le fabricant y installe une usine de fabrication de voitures électriques basées sur une technologie chinoise.

Pas d’accord contraignant

L’investissement total s’élève à quelques centaines de millions de dollars, dont la contribution wallonne s’élèverait donc à 150 millions. "La Sogepa été sollicitée à concurrence de ce montant pour participer à l’investissement, qui dépasse largement cette enveloppe. Mais rien n’est encore signé. Par ailleurs, la technologie développée par Thunder Power n’est pas encore homologuée à notre connaissance", nous a confié une source proche du dossier. "Nous n’avons pas encore signé d’accord contraignant de financement dans ce dossier. Les discussions se poursuivent", renchérit une autre source. Contacté par nos soins, le cabinet du ministre wallon de l’Économie Pierre-Yves Jeholet (MR), également vice-président de l’exécutif régional, précise aussi qu’il n’y a pas encore d’accord. "C’est un dossier complexe et confidentiel. Il est géré par la Sogepa", souligne le porte-parole.

150 millions $
.
C’est la contribution de la Sogepa pour cofinancer l’usine de fabrication de véhicules électriques chinois à installer sur le site de Caterpillar à Gosselies.

En attendant, le patron du fabricant chinois se montre visiblement déjà enthousiaste à l’idée de tailler la route avec la Sogepa dans le cadre d’un accord de partenariat. La visite dont il parle a eu lieu dans le cadre d’une mission économique spéciale qui s’est déroulée début mai dans l’empire du Milieu. La délégation wallonne était composée de Renaud Witmeur, président du comité de direction de la Sogepa; d’Amaury Bertholomé, chef de cabinet adjoint du ministre Jeholet; et de l’attaché économique de l’Awex en Chine. Des membres de l’équipe de Catch Charleroi était du voyage. La délégation a rencontré les dirigeants de la société Thunder Power.

Shen Wei en Wallonie

Cette mission wallonne est une réponse à une visite effectuée en avril en Wallonie par une délégation du fabricant chinois. Elle était conduite par Shen Wei en personne et a eu des discussions avec notamment des dirigeants de Catch Charleroi et Michel Kempeneers, chef du département Export et Investissement étrangers à l’Awex.

L’Awex impliquée

Il nous revient d’ailleurs que des membres de l’Agence wallonne à l’exportation et aux investissements étrangers travaillent ardemment sur le dossier de Thunder Power. Il faut dire que plusieurs dizaines d’emplois sont en jeu et les différents acteurs veulent tout mettre en œuvre pour faire atterrir le dossier. Celui-ci est d’autant plus délicat que la Catalogne figure aussi sur le tableau de bord du fabricant chinois pour accueillir son centre européen de R&D et un site de production.

Une marque chinoise à l’assaut de l’Europe

Thunder Power n’est plus un inconnu en Europe. Il a déjà un centre de recherche et développement en Italie, à Milan. En Chine, outre le site de Gangzhou, il a aussi une usine d’assemblage de batteries à Taïwan. Son siège social est à Hong-Kong.

©Photo News

Thunder Power s'est aussi faite une place dans les salons automobiles européens. La marque chinoise en quête de reconnaissance sur le Vieux Continent a déjà été deux fois présente au Salon de Francfort, en 2015 et en 2017.

En 2017, la marque se situait à deux pas des stands de Maserati et de Ferrari et ses modèles étaient restés dans l’œil des visiteurs avertis.

En 2015 déjà, le constructeur avait créé la surprise avec un concept-car de berline au gabarit proche d’une Tesla Model S, dotée d’une autonomie de 650 kilomètres. En 2015, Thunder Power promettait un prix inférieur de 40% par rapport à une Tesla Model S.

Concurrent d’Audi Brussels

En 2017, ses intentions se faisaient plus précises. Thunder Power, qui possède une usine en Chine, entend commercialiser sa berline électrique en 2019, puis en 2020 un 4x4 urbain haut de gamme 100% électrique, dévoilé sur le salon. Un deuxième modèle concurrent de la Tesla Model X mais aussi de la première Audi électrique, l’E-tron, qui sera produite à l’usine de Forest.

L’objectif de Thunder Power est de vendre "40.000 unités par an en Europe", en commençant par les marchés allemand et britannique, a confié en 2017, sûr de lui, son patron Wellen Sham, interrogé par l’AFP.

Caterpillar sera le deuxième site européen de la marque qui a déjà un centre de recherche et développement en Italie, au nord de Milan. Thunder Power s’est d’ailleurs offert les services de plusieurs Européens actifs auparavant chez Lexus, Ferrari, Toyota, Porsche, etc.

Dans le secteur automobile, on sait qu’une bonne partie de l’avance technologique des constructeurs "classiques" était liée au moteur thermique. L’émergence de l’électrique donne une chance aux constructeurs chinois de s’attaquer à nos marchés. Pour ce faire, il s’agira de passer l’homologation européenne, mais on sait que la Chine a énormément progressé dans la qualité de ses produits automobiles.

Thunder Power n’est pas la seule marque chinoise à travailler sur les "Tesla-killer". On peut par exemple citer Nio ou Techrules qui entendent également secouer le marché de la voiture électrique.

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