Quinze prétendants pour la reprise du site de Caterpillar

©WATHEFOOK ARTHUR

Face au défi que représente la reconversion et la vente du site carolo de Caterpillar, la Sogepa et Igretec ont créé, pour la première fois de l’histoire de la Wallonie, une joint-venture. Un mariage inédit destiné à allier expertise en redéploiement d’entreprises et reconversion de sites industriels à celle de la gestion d’infrastructures et de zonings.

Un euro symbolique. C’est le prix indiqué en bas du compromis signé le 29 mars 2017 entre la Wallonie et Caterpillar . C’est à ce prix que la Wallonie a pu racheter le site de la multinationale américaine. Un site exceptionnel de 93 hectares dont 25 couverts. Trois énormes bâtiments industriels s’y trouvent ainsi que deux bâtiments administratifs de plus de 10.000 mètres carrés. L’implantation dispose aussi de vingt quais de réception pour camions et exactement 2.859 places de parking.

Dans le compromis, il est aussi prévu que la Wallonie devienne propriétaire au plus tard le 1er juillet 2018 et au plus tôt trois mois avant cette date, soit le 1er avril. Tous les indicateurs sont au vert pour réaliser l’opération dans le timing. Vu l’ampleur du projet, pour la première fois de l’histoire de la Wallonie, la Sogepa le bras financier de la Région wallonne et Igretec, l’intercommunale de développement économique de la région de Charleroi, ont créé une joint-venture.

62.000 €
Capital
C'est le capital numéraire de la joint-venture entre Igretec et la Sogepa.

Cette société anonyme dénommée Société de reconversion des sites industriels de Charleroi a été constituée le 21 décembre dernier. Elle a pour objet social la reconversion du site industriel de Caterpillar situé à Charleroi. Son capital numéraire est de 62.000 euros, soit le minimum légal pour constituer une société anonyme. "Le vrai capital de la société, c’est évidemment le site, les bâtiments et les équipements", précise Renaud Witmeur, le patron de la Sogepa.

"Le vrai capital de la société, c’est évidemment le site, les bâtiments et les équipements."
Renaud Witmeur
Patron de la Sogepa

"Nous devions absolument créer cette société dès à présent car nous avons dû lancer de nombreux marchés publics (gardiennage, maintenance, électricité NDLR) pour être fin prêt quand nous allons effectivement devenir propriétaire, intervient Renaud Moens, le directeur général d’Igretec. Faire vivre un site comme celui-là, c’est tout sauf simple. Ce n’est pas qu’un terrain, ce sont des machines qui fonctionnent." "Notre devoir est de garder ce site opérationnel comme s’il n’avait jamais changé de propriétaire, poursuit Renaud Witmeur. Il est par exemple primordial de garder actif le permis d’exploiter pour qu’un éventuel repreneur puisse tout de suite développer son activité."

40 repreneurs potentiels

Associer Igretec et la Sogepa, c’est faire converger des expertises et des compétences différentes pour réussir la reconversion du site. D’un côté, Igretec est spécialisé dans la gestion d’infrastructures et de zonings. De l’autre côté, la Sogepa apporte son expertise en matière de redéploiement des entreprises et de reconversion de sites industriels. C’est ainsi qu’aujourd’hui, ils ont reçu une quinzaine de marques d’intérêt spontanées et crédibles pour le site. "Toutes les marques d’intérêt ne sont pas de la même dimension mais la force de cette structure créée est de pouvoir rediriger les prospects vers les sites les plus appropriés à leurs besoins à Charleroi ou en Wallonie", indiquent en chœur les deux dirigeants. Ainsi, par exemple, Igretec dispose de 200 hectares de terrain pour le développement d’activité dans la région de Charleroi.

"Toutes les marques d’intérêt ne sont pas de la même dimension mais la force de cette structure créée est de pouvoir rediriger les prospects vers les sites les plus appropriés à leurs besoins à Charleroi ou en Wallonie."
Patrons de la Sogepa et d'Igretec

Le projet de reprise du site carolo bénéfice du soutien de la force de frappe commerciale de l’Awex, ainsi que de l’équipe de la cellule Catch mise en place par le gouvernement wallon pour accélérer la croissance de l’emploi dans la région de Charleroi. Outre les marques d’intérêt spontanées, un relevé exhaustif de sociétés industrielles susceptibles d’être intéressées par l’ensemble du site, bâtiments et équipements, vu leur secteur d’activité, a été constitué. Selon nos informations, cette liste reprend à ce jour 40 noms. Les supports utilisés pour démarcher à l’étranger (site web, brochures, etc.) sont finalisés. Il nous revient que ces différents outils sont en cours de traduction, notamment en mandarin.

Trois phases de vente

Les différentes parties prenantes ont défini une stratégie de vente en trois phases. "Nous devons agir avec rigueur et optimisme", indique Renaud Witmeur. "La première phase consiste à vendre l’ensemble du site à un repreneur", ajoute Renaud Moens. "C’est la raison pour laquelle nous avons négocié avec Caterpillar pour que le groupe ne démantèle pas tout l’équipement. Il est important pour nous qu’il y ait des équipements qui nous permettent de recevoir des repreneurs potentiels ayant le même genre d’activité", rappelle Renaud Witmeur.

En l’état actuel, le site comprend un hall complètement équipé (bâtiment E sur la photo), un autre hall avec des équipements standards type cabines de peinture et de soudure qui pourraient servir à d’autres activités économiques (bâtiment B) et un troisième hall vide (bâtiment D) du côté de l’aéropôle pour pouvoir intégrer ce hall dans cette zone. Enfin, le site dispose encore de deux bâtiments de bureaux dont un avec une surface de 9.500 m² sur deux niveaux (bâtiment A)

"Nous devons agir avec rigueur et optimisme."
Renaud Witmeur
Patron de la Sogepa

Si la phase 1 ne permet pas la reprise du site dans sa totalité, il faudra passer à la phase 2. Celle-ci consiste à rechercher des repreneurs qui sont intéressés par une partie du site et qui sont actifs dans les 4 axes de développement du plan Catch, à savoir l’industrie manufacturière de pointe, le transport et la logistique, la santé et l’industrie du vivant, et la créativité et le numérique.

La dernière phase consistera alors à créer de l’activité économique tous secteurs confondus, moyennant une réhabilitation du site.

Valeur estimée à 100 millions

La Wallonie a acheté le site complet pour un euro. Mais combien vaut-il actuellement? "L’ensemble se négociera en tenant compte des prix du marché, mais en proposant les meilleures conditions qui permettront de rendre compétitif un projet industriel sur ce site", précise Renaud Moens. Le mètre carré dans ce type de zoning valant environ 35 euros, cela donne donc un peu plus de 32 millions pour les 93 hectares de terrain. Dans les livres comptables du génie-civiliste américain, la valeur comptable du site, bâtiments et équipements compris, est de 143 millions. Environ 70% des équipements d’assemblage sont restés dans les bâtiments E et B. Donc le site, dans son état actuel, peut être estimé à 100 millions d’euros. "La reconversion durera le temps que cela durera. Nous devons tout mettre en œuvre pour ne pas avoir de regret. Il faut rapidement enclencher une dynamique positive autour du site car si rien ne se passe, le site peut perdre de la valeur", conclut Renaud Witmeur.

D’ailleurs, les deux dirigeants wallons n’excluent pas qu’un deal avec un repreneur puisse avoir lieu avant même que la Société de reconversion des sites industriels de Charleroi devienne réellement propriétaire du site.

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