Le "Monsieur non" aux offres de rachat

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Le président du conseil du brasseur SABMiller est-il en train de se faire un nom comme champion du "non" aux offres de rachat? Pas impossible…

Curieuse trajectoire que celle de Jan du Plessis. Après avoir assumé les fonctions de directeur financier dans plusieurs grands groupes de tabac et de produits de luxe mondiaux, à l’âge de 49 ans l’homme s’est soudain mué en administrateur professionnel sans passer par la case "CEO". Il a donc sauté une étape importante dans son cursus, comme s’il n’en avait pas eu besoin. Il est successivement, et parfois simultanément, passé par les conseils d’administration de BAT (tabac), Marks&Spencer (prêt-à- porter), RHM (alimentaire) et Lloyds Banking Group (banque), avant d’endosser la présidence de celui du groupe minier australo-britannique Rio Tinto en 2009. Tout en conservant la présidence de ce dernier, il a accepté, l’an dernier, d’entrer au conseil de SABMiller, le deuxième brasseur mondial, pour en prendre la présidence en juillet dernier.

La preuve par deux

Né en Afrique du Sud en 1954, l’homme jouit de deux nationalités, britannique et sud-africaine, comme SABMiller qui est coté à Londres et à Johannesburg. Il dispose aussi de deux diplômes, expert-comptable d’une part, droit et commerce de l’autre, pratique ou supporte deux sports, le rugby et le golf, et divise son temps professionnel en deux, présidant d’un côté Rio Tino et de l’autre SABMiller. Comme s’il maîtrisait comme pas un l’art de se couper en deux, ou qu’il parvenait à donner le meilleur de lui-même dans les circonstances où il faut redoubler d’effort.

Débuts dans le luxe

Jan du Plessis a fait ses premières "classes" au service de la famille sud-africaine Rupert, propriétaire du groupe de luxe suisse Richemont. Il est rapidement devenu CFO de Richemont et avait toute la confiance des Rupert.

Administrateur  professionnel

À la tête du conseil d’administration de Rio Tinto, Jan du Plessis a participé  au rejet du projet de rapprochement avec Chinalco, puis à celui de l’offre de fusion de Glencore. Il était en revanche en faveur de la création d’une joint-venture avec BHP Billiton dans le minerai de fer, avant que les autorités de régulation ne fassent capoter le projet.

Rugbyman golfeur

Jan du Plessis est fan de rugby et amateur de golf. Il a déclaré compter sur sa future retraite pour travailler davantage son swing sur les greens.

 

C’est aussi à deux reprises que Jan du Plessis a, du haut de ses présidences, repoussé jusqu’ici des offres de rachat. À peine nommé à la tête du géant Rio Tinto, en 2009, il a mis fin aux négociations de rapprochement avec le groupe chinois Chinalco. Il est vrai que ce dernier serait passé pour le sauveur du groupe, ce qui aurait été dur à avaler pour les actionnaires britanniques et sud-africains. Puis, l’an dernier, le conseil d’administration de Rio Tinto, réuni sous sa présidence, a repoussé l’offre formulée par le mineur helvético-britannique Glencore.

Jamais deux sans trois? Selon certains médias anglo-saxons, Jan du Plessis pencherait actuellement en défaveur du projet de fusion caressé par AB InBev. Il serait donc pour beaucoup dans le rejet d’une première offre informelle qu’aurait formulée, fin septembre, le brasseur belgo-brésilien à près de 40 livres par action SABMiller.

Ceci dit, le président du brasseur de la Peroni et la Pilsner Urquel n’a pas que des faits de résistance à aligner son actif. Il a aussi participé à quelques ratés mémorables. Le projet de joint-venture entre Rio Tinto et le groupe BHP Billiton a échoué sous sa présidence, suite à l’opposition d’organes de régulation. Si cette circonstance était relativement indépendante de sa volonté, on ne peut en dire autant de l’échec de la prise de contrôle de Riversdale, l’exploitant de mines de charbon en Mozambique. Racheté pour 4 milliards de dollars en 2011, Riversdale s’est avéré une petite catastrophe pour Rio Tinto qui a dû comptabiliser pour 3 milliards de dollars de réduction de valeur deux ans plus tard. Un ratage qui a coûté sa place au CEO du groupe, Tom Albanese, mais pas à son président…

Ceux qui connaissent bien Jan du Plessis vantent son inclination pour les visions à long terme, son efficacité, sa capacité à décider et son aptitude à restaurer la confiance. Toutes qualités dont il a fait preuve au moment du redressement de Rio Tinto en 2009. Côté ombre, certains pointent une tendance à l’autosatisfaction.

  • Né le 22 janvier 1954 en Afrique du Sud
  • Diplômé en droit et commerce à l’Université de Stellenbosch, expert comptable
  • Directeur financier chez Rembrandt, à la Compagnie Financière Richemont, puis chez Rothmans (fusionné ensuite avec BAT)
  • Administrateur chez BAT, RHM, Lloyds TSB, Marks&Spencer…
  • Actuellement président du conseil de Rio Tinto et SABMiller

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