Le partage du personnel

©wim kempenaers (wkb)

Le site bruxellois de Leonidas est en pleine confection de chocolat pour Pâques. La main d’oeuvre supplémentaire du chocolatier ira soutenir le pic de production du grossiste en viandes Viangro à la saison des barbecues grâce au partage du personnel, une formule qui offre des avantages tant aux entreprises qu’aux travailleurs.

Pour absorber le pic de production annuel qui commence à l’approche de la Saint-Nicolas, Leonidas fait appel à des travailleurs saisonniers. En soi, cela n’est pas inhabituel dans le secteur. Sauf qu’ici, ce sont les mêmes saisonniers qui reviennent chaque année. Et dès que le niveau de production retombe, après Pâques, ceux-ci retournent travailler chez le grossiste en viande Viangro, dont le pic d’activités correspond à la saison des barbecues.

Olivier Ghenne, directeur commercial chez Leonidas, détaille le processus : " Comme Viangro, nous sommes affiliés au groupement d’employeur Jobiris qui recrute de la main-d’oeuvre dans le cadre d’un contrat de durée indéterminée et leur verse leur salaire. Comme Jobiris facture le temps de travail fourni à Viangro et à Leonidas sans prélever de marge bénéficiaire, ce service revient moins cher que celui d’une agence d’intérim. La rémunération du gestionnaire responsable de la planification est le seul coût supplémentaire lié à cette formule. "

Le partage de personnel est un concept importé de France, où il est appliqué depuis 20 ans dans l’agriculture par des producteurs dont les pics saisonniers se produisent à différents moments de l’année. Ce concept a ensuite été introduit dans l’industrie, la construction et les services.

En Belgique, le partage de personnel a été officialisé par la loi-programme fédérale du 15 août 2000 qui prévoit une dérogation à l’interdiction de détachement – une exception réservée jusqu’alors aux agences intérimaires. La loi offre aux entreprises la possibilité de se réunir dans des groupements qui, ensemble, recrutent des travailleurs pour les partager entre différents membres. La seule condition est que les travailleurs fassent partie de groupes vulnérables sur le marché de l’emploi. Pour Ghenne, les avantages sont clairs.

" Auparavant, pour nos pics d’activité, nous devions faire appel à des travailleurs intérimaires ou à des saisonniers. Cela nous obligeait à recommencer à zéro tous les ans. Comme, chaque hiver, ils retrouvent leur poste, les travailleurs de Jobiris connaissent l’entreprise, les produits, les procédures et les collègues. Cela réduit les besoins en formation, les pertes de production et les risques d’accident du travail. "

Gagnant-gagnant

Aujourd’hui, le groupe compte 12 travailleurs. Pour eux aussi, cette formule est une bénédiction. " Ces personnes qui devaient se contenter de jobs temporaires ont un contrat à durée indéterminée ", poursuit Ghenne. " Cela signifie un revenu fixe, des congés payés, une prime de fin d’année. Cela favorise également la motivation. " Au départ, Jobiris réunissait plus de deux entreprises. " Plusieurs sociétés en sont sorties, notamment après une acquisition ou une délocalisation de la production. En principe, nous sommes ouverts à des partenaires supplémentaires, même s’il n’est pas facile de trouver une complémentarité ", explique Ghenne.

" Un groupe d’employeurs ne fonctionne que pour des entreprises géographiquement proches qui ont des besoins en personnel complémentaires. Elles cherchent des profils semblables, mais doivent en avoir besoin à des moments différents. " Concrètement, ceci n’est possible que pour les entreprises dont les pics de production interviennent à différentes périodes de l’année, comme c’est le cas pour Leonidas et Viangro. Mais il peut également s’agir de tâches pour lesquelles une personne à temps plein n’est pas nécessaire. Ainsi, plusieurs entreprises peuvent se partager un chauffeur, une secrétaire ou un graphiste. C’est le cas chez TDS Office Design, un fabricant liégeois de mobilier de bureau. L’entreprise est affiliée à JobArdent, un groupement de 48 PME wallonnes.

" Un designer graphique travaille chez nous un jour par semaine ", explique Frederik Proot, directeur commercial. " Plutôt que de faire appel à un free-lance, nous voulions pouvoir compter sur la même personne pendant une période prolongée. Mais le volume de travail est trop limité pour recruter un temps plein. En partageant le designer avec quatre entreprises, nos besoins sont satisfaits et ce dernier jouit des avantages liés à un contrat fixe. "

En Flandre, il n’existe pas encore de groupements d’employeurs actifs et la formule suscite peu d’intérêt. C’est ce que nous apprenons au Ministère du Travail, auprès duquel une demande doit être introduite pour groupement d’employeurs. " Jusqu’à présent, nous n’avons reçu qu’une seule demande en provenance de Flandre, mais elle est restée lettre morte. Il s’est avéré qu’il était impossible de satisfaire aux conditions qui figurent dans la législation ", explique Ludo Beck. " Peut-être est-il temps de faire à nouveau la promotion de ce système ? "

Le partage du personnel

Avantages

  • Toujours les mêmes travailleurs, immédiatement opérationnels.
  • Meilleur statut pour les travailleurs.
  • Plus intéressant que le travail intérimaire.

Inconvénients

  • Contraintes supplémentaires en termes d’administration, comptabilité et TVA.
  • Les gestionnaires présentent des coûts supplémentaires.
  • La loi limite le système aux groupes de travailleurs vulnérables.

 

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