"Ce serait bien qu'ils nous envoient Merkel en intérim, vous trouvez pas?"

Aux yeux de Xavier Rombouts, "les Wallons et les Flamands ont tant besoin les uns des autres». ©Kristof Vadino

Le patron du groupe de torréfaction de café qui porte son nom croit fermement en l'avenir du pays. Il déplore la couverture médiatique excessive de problèmes secondaires à ses yeux, comme le séparatisme et le déboulonnage des statues de rois. Flamand francophone, élevé à Nice, craint que les Français, exaspérés par l'agitation actuelle, votent encore plus pour Le Pen aux prochaines élections.

C’est dans un bar furieusement instagrammable "Le Flore" dans le Bois de la Cambre que nous a fixé rendez-vous Xavier Rombouts, 4e génération de torréfacteurs belge, et actuel CEO du groupe. Ce bar, il y tenait tellement qu’il est même parvenu à le faire ouvrir un mardi soir alors qu’en principe, on n'ouvre que du mercredi au dimanche. Cela faisait bien trois mois d’ailleurs qu’il en parlait.

Aux yeux de Xavier Rombouts, "les Wallons et les Flamands ont tant besoin les uns des autres». ©Kristof Vadino

Faut dire que "Le Flore", c’est un client. Alors, comme fournisseur, il est primordial de se la jouer solidaire, encore plus en ces temps où tout le monde espère survivre à la crise. Physiquement, Xavier Rombouts c’est un peu Édouard Philippe, la cravate en moins et le sourire en plus. Pour son apéro préféré, c’est simple, il n’en a pas. Que ce soit dans les bars ou les restaurants, Xavier Rombouts commande toujours la spécialité du lieu. Ça tombe bien, ici le gérant est mixologue – sorte de barman mais en mieux – et c’est avec joie qu’il se lance dans un apéritif "surprise". A l’arrivée, un cocktail à base de Tequila et de café et le tout, couronné par de la mousse de lait imbibée dans du Baileys. Tout ça. Xavier Rombouts est fier mais jure quand même que ce n’est pas de l’auto-promo, d’ailleurs si vous voulez, il peut même cacher le verre pour la photo.

Sur les traces flamandes de son père

Pour le situer, Xavier Rombouts est celui qui a fait le chemin de son père "à l’envers". D’origine anversoise, Hugo Rombouts quitte son port pour diriger les cafés Malongo que la famille avait acquis à Nice fin des années 1960, il y rencontre une Française et décide naturellement de planter sa tente dans la baie des Anges.

À 27 ans, Xavier lui fera le chemin inverse avec comme objectif de découvrir son pays qu’il ne connaît pas du tout et de réveiller les cafés Rombouts, la belle endormie, que sa génération considérait comme le "café des grands-mères". Bref, le gamin se met au néerlandais avec une prof hollandaise trouvée à Nice et se met à guturaliser ses "g", ce qui amuse beaucoup son père qui lui parlait flamand.

Là ça va, il est "perfect tweetalig" nous explique-t-il avec l’accent français alors que quand il quittait la France pour Anvers, tout le monde lui disait "Tu verras, apprendre le flamand c’est l’horreur!".

"Il serait si simple d’avoir des écoles bilingues, une année en français, la suivante en néerlandais."
Xavier Rombouts
CEO du groupe Rombouts

Depuis, Xavier a pris la nationalité, s’est marié avec une Athoise et pour rien au monde, il ne quitterait la Belgique. En France, on lui avait dit aussi "Tu verras, les Wallons et les Flamands ne s’aiment pas et ils s’engueulent tout le temps! C’est surtout les Flamands qui sont bourrés de préjugés à l’égard de ceux qui parlent français…".

N’importe quoi, selon notre homme qui trouve plutôt que ce sont les francophones qui se moquent plus volontiers des Flamands. En tout cas, lui ce qu’il en pense c’est que mise à part la fiscalité, la Belgique est un super pays et que même si c’est pas toujours facile, c’est quand même beaucoup mieux que dans bien d’autres pays. "D’ailleurs, quand je suis arrivé ici, en 6 mois je m’étais fait plus d’amis et de connaissances professionnelles qu’en 10 ans passés à Paris", conclut-il en sirotant son cocktail.

Foi dans le pays

L’avenir du pays, il y croit fermement: "Les Wallons et les Flamands ont tant besoin les uns des autres, c’est dommage qu’ils soient les seuls à ne pas s’en rendre compte." Faut dire que le système politique n’aide pas, un fédéralisme qui dilue toutes les promesses après chaque élection et qui noie constamment les problèmes dans des compromis: "Mais quelle perte d’énergie, de temps et d’argent. Tout ça à cause d’un problème de langue? Alors qu’il serait si simple d’avoir des écoles bilingues, une année en français, la suivante en néerlandais et ce durant toute la scolarité des enfants. Et puis voilà, basta, on en parle plus."

"Ce que je crains le plus, c’est la réaction de la France silencieuse, celle qui ne manifeste pas mais qui votera plus encore pour Le Pen aux prochaines élections."
Xavier Rombouts
CEO du groupe Rombouts

Un peu surpris par lui-même, Xavier Rombouts s’excuse et explique qu’il a parfois tendance à s’emporter. Pourtant, la politique c’est pas tellement son truc, ajoute-t-il, avant de replonger et de lâcher à propos du gouvernement qu’on n'est toujours pas près de voir arriver: "Au lieu de refaire des élections, ce serait bien qu’ils nous envoient Merkel en intérim, vous trouvez pas? Juste comme ça, quelques mois…".

Bon, tout n’est pas de la faute des politiques non plus, c’est surtout les séparatistes qui posent problème alors que franchement "personnellement, je ne connais aucun Belge qui ait envie de se séparer". Ce qu'il regrette, c’est toute la place et la résonance que les médias leur donnent.

Duel Marion-Macron

"Comme en France, avec les manifs et les campagnes massives anti-discriminations récemment et ce que je crains le plus, c’est la réaction de la France silencieuse, celle qui ne manifeste pas mais qui votera plus encore pour Le Pen aux prochaines élections." Il n’ose pas trop le dire tellement c’est horrible, mais il y a tout de même de fortes chances qu’on se retrouve avec un face à face, Marion – Macron.

"Le focus des médias n’est pas le bon, comme quand on voit le nombre de reportages sur le déboulonnage des statues des rois alors que plus personne ne parle des vrais problèmes, les guerres, les famines ou tous ces gosses sans parents qui crèvent de faim à Lesbos. Xavier Rombouts est désolé, il s’est encore laissé emporter. Et puis, il n’a pas envie de vous plomber un apéro. Du coup, on reprend un cocktail les yeux fermés et Xavier Rombouts se réjouit à la perspective de nous parler enfin de son café.

5 dates clés du CEO du groupe Rombouts

2006: "Ma rencontre au Mexique avec le Padre Van der Hoff, un prêtre ouvrier hollandais à l’origine du commerce équitable et surtout le fondateur de Max Havelaar."

■ 2007: "Je suis perdu dans un shopping à Anvers où je dois rejoindre un copain qui devait me présenter une 'copine', ce sera ma femme Marie. Depuis, nous sommes toujours heureux."

■ 2012: "La naissance de Maxence et celle d’Alexia en 2015 mais aussi, cette année-là, le drame du Bataclan."

■ 2016: "Les attentats de Bruxelles, le jour de mon anniversaire. J’étais paniqué pour ma femme et mes commerciaux qui étaient sur la route et moi aussi, j’aurais pu aussi être à l’aéroport ce jour-là."

■ 2016: "Les attentats de Nice, la ville où j’ai grandi, je connais des gens qui étaient sur place. J’ai craqué à toutes les minutes de silence que nous avons observées chez Rombouts."

Que buvez-vous?

Apéro préféré: "J’adore les découvertes, donc je prends toujours la spécialité du lieu où je suis."

À table: "Le Pinot Noir et les vins de la Loire."

Dernière cuite: "À Cuba pour le boulot, là-bas on s’envoie des mojitos comme de l’eau, trois à midi et au minimum trois le soir, sans oublier le cigare, j’étais presque malade."

■ À qui payer un verre: "À John Lennon pour qu’il nous rappelle son message de paix, à Jacques Brel pour qu’il me raconte la Belgique d’avant et à Bob Marley parce que j’adore le reggae."

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