"Ces décennies de socialisme ont quand même pourri la vie de tout le monde"

©Antonin Weber

La Wallonie c’est génial mais bon: "Ces décennies de socialisme ont quand même pourri la vie de tout le monde en perpétuant des générations de chômeurs." D’ailleurs, elle avoue surtout travailler avec des Flamands. L'apéro de L'Echo avec la photographe Régine Mahaux.

"Im so glad, I’m giving you a chance", lance la photographe Régine Mahaux à Donald Trump. C’était il y a 12 ans, au sommet de la Trump Tower. Les 2 protagonistes ne se connaissent pas, tout au plus et toute proportion gardée, chacun sait que l’autre est une star dans son domaine, du genre over "powerfull" pour l’un et "talented" pour l’autre. À la boutade qu’elle lui lance, l’homme d’affaires rit, la photographe belge enchaîne: "If you run for President, I go to the White House with you." Aujourd’hui, c’est elle qui, depuis la campagne électorale, a l’exclusivité de toutes les photos privées du Président.

Elle vous raconte tout cela, rue Saint Honoré, dans son stamp café "La Coupe d’or", la cinquantaine galbée dans un pantalon en cuir, cintrée dans une veste léopard sous laquelle apparaît une chemise de soie ivoire et plantée sur de très hauts talons aiguilles. Contre toute attente, l’ensemble est du meilleur goût. L’endroit aussi balaie les clichés, situé à 100 mètres du Louvre, on n’y croise pas un seul touriste, plus volontiers des résidents secondaires et des propriétaires qui ont réussi à ne pas se faire éjecter du quartier, devenu aujourd’hui le plus prestigieux de Paris.

Qui est-elle?
  • Photographe et réalisatrice de films publicitaires.
  • 1988: Christine Laurent (Le Vif) m’envoie faire un reportage chez Christian Lacroix à Paris, j’y croise Faye Dunaway qui, divorçant de son mari photographe, accepte que je la shoote. Je vends la cover et ma carrière internationale démarre.
  • 1992: Je réalise un film publicitaire sans budget pour Boules Quies qui se retrouve au Festival de Cannes, face à Colgate qui avait des budgets pharaoniques.
  • 1995: La naissance de mon fils, Roman.
  • 2001: La naissance de ma fille, Lou.
  • 2006: Avec mon agence Getty, on lance les photos "charity" lors de la naissance des enfants de stars, un win-win qui les préservait des paparazzis et dont les bénéfices allaient directement aux œuvres de charité.

Balançant son brushing à la Céline Dion, Régine Mahaux explique qu’ici, à deux pas de chez elle, c’est l’endroit où elle laisse ses clés pour les amis de passage, c’est ici aussi qu’on réceptionne les colis de l’immeuble et qu’on y croise ses voisins. L’occasion de donner des nouvelles des uns et des autres, surtout des petits vieux de l’immeuble, ceux dont on sort le chien ou à qui l’on donne le bras pour les emmener au café, prendre le thé. ça, c’est son côté "américain", le "charity", l’engagement pour des causes et le partage gravés dans les veines de ce qu’on peine à trouver chez nous: "Dès l’école, les Américains sont habitués à s’engager et à partager. Pour eux, il est normal de toujours donner quelque chose aux autres, du temps ou de l’argent. En Europe, cet esprit n’existe pas du tout. Cela m’a frappée lors de la crise des migrants, on ne voulait rien leur donner, on les parquait dans des camps sans même penser à les mettre au travail. C’est fou de ne rien faire alors qu’on n’a jamais autant manqué de personnel, qualifié ou non." ça, c’est son côté "entrepreneuse".

Elle commande son apéro, une orange pressée, non sans être inquiétée trois fois de l’abreuvement du photographe. Elle, elle ne boit jamais d’alcool, toujours de l’healthy, encore un petit côté américain. Pourtant sa "détox", sa vraie, c’est en Wallonie qu’elle la fait, à Marchin, sa ville natale, où elle se rend dès qu’elle a un week-end de libre. C’est là qu’elle a voté. "Mais que c’est compliqué! On a l’impression que d’élection en élection, on multiplie encore les niveaux de pouvoir. À un point tel que quand je traverse la Belgique en voiture, je ne sais jamais quelle est la limitation de vitesse."

Pour poser le décor, même si Madame Mahaux travaille partout dans le monde et vit principalement à Paris, Régine, elle, est claire: elle reste Liégeoise avant tout. Un côté belge que rappelle sa franchise, sa bonne humeur qui vibrionne et son humour qui désarçonne. Ce qui ne l’empêche pas de penser – tout en hésitant à le lâcher – que la Wallonie c’est génial mais bon: "Ces décennies de socialisme ont quand même pourri la vie de tout le monde en perpétuant des générations de chômeurs." D’ailleurs, elle avoue surtout travailler avec des Flamands. "Ils sont moins drôles, moins dans l’émotion, mais quand ils se lèvent le matin, c’est pour faire les choses professionnellement. C’est très important dans une équipe", lâche celle qui collectionne les assistants un peu partout.

Cette Europe qui contrôle tout

Sirotant son jus, elle complète: "Quand je voulais engager en Wallonie, les candidats qui se présentaient ne voulaient pas le job, ils voulaient juste que je signe leur attestation prouvant qu’ils s’étaient présentés pour conserver le chômage. Finalement, j’ai engagé quelqu’un et quatre mois plus tard, elle est sur la mutuelle alors qu’elle n’est pas malade. Y’a rien à faire, chez nous, c’est vraiment drama queen!" On sent venir le rapprochement avec les Américains. De fait, Régine opine du chef: "Ce sont des entrepreneurs, tous ont l’enthousiasme du travail."

Que buvez-vous?
  • Apéro: Jamais d’alcool ni de drogue, toujours des jus pressés.
  • A table: Un verre de vin rouge en mangeant, bordeaux ou pomerol.
  • Dernière cuite: Jeune au pastis, depuis elle abhorre l’anis.
  • A qui payer un verre? À Victor Hugo, pour "Lettre à un ami", un texte merveilleux sur Liège, et à Voltaire pour "Ce qu’il faut pour être heureux".

Si le résultat des élections en Belgique la laisse muette, le Brexit, par contre, la rend plus prolixe. Elle confesse avoir toujours été une Européenne convaincue, celle de la première heure et qui s’échinait à convaincre les Français qui, comme toujours, étaient "contre en râlant sur tout": "Si l’Europe m’enchantait, j’ai réalisé petit à petit qu’elle s’ingéniait à nous imposer de plus en plus de règles alors que d’autres pays, comme la Chine, sont sans foi ni loi. C’est terriblement injuste. Et connaissant la mentalité anglo-saxonne, il était clair qu’un jour, cela ne passerait plus. Ce qui m’attriste, c’est que l’Angleterre va se rapprocher encore plus des USA et que le fossé entre eux et nous se creusera davantage." L’idéal, selon elle, serait que Bruxelles comprenne la leçon et que les bureaucrates l’entendent, d’autant, précise-t-elle, que les lobbys sont devenus tellement puissants qu’il n’y a plus que les grandes entreprises qui peuvent se les payer et in fine, se permettre d’influencer la Commission.

La politique, elle aime bien, mais ce qu’elle préfère c’est surtout "l’animal politique". Donald n’était pas son premier. Les premiers, c’étaient Michel Forêt, Didier Reynders, Jean Gol – dont on apprend qu’il s’entêtait à vouloir porter des pull-overs rouges qui outre la couleur politique ne lui allaient pas du tout – , Edouard Close ou Jean-Claude Marcourt, qu’elle appelle Jean-Pierre.

Des paillettes à… Trump

Et puis, il y eut les années paillettes, stars de cinéma, gotha etc., jusqu’à Ivanka, Ivana et Melania, avant d’enfin rencontrer Donald. Depuis qu’elle l’a shooté, elle avoue avoir perdu la moitié de sa famille et de ses amis. "Mais contrairement aux politiques européens, c’est un bonheur de travailler avec eux, en bon Américain, ‘too much is never enough’, ils ont tendance à toujours vous donner plus, plus d’eux-mêmes, plus de temps et surtout, ils n’ont jamais peur du qu’en dira-t-on. Avec eux, les choses sont claires, quand ils sont en promo, ils sont en promo et le font de manière très pro."

Sur le rapport de Trump avec les femmes, Régine lève les yeux au ciel. Pour peu, elle vous sortirait du "bullshit" mais comme elle est chic, elle se contentera d’expliquer que l’homme qu’on décrit dans la presse ne correspond pas à celui qu’elle connaît. "D’ailleurs, il faut voir à la Trump Tower, les big boss sont surtout des femmes et depuis qu’il est au pouvoir, le chômage féminin n’a jamais été aussi bas, 3% seulement. Sans oublier, et c’est important, qu’il a rétabli l’assurance-maladie pour pas mal d’Américains, car avec l’Obamacare, les assurances-santé avaient augmenté de 450% en 8ans, à un point tel que mes copines quinquas ne pouvaient plus se faire assurer. ça aussi, il faut le dire."

L’apéro touche à sa fin, avec ses deux oranges pressées dans le coco, Régine Mahaux est encore plus en forme. Ce week-end, elle rentrera en Belgique préparer ses deux expositions, une au B19 à Liège, l’autre à Bozar à Bruxelles et qui débutent toutes deux fin juin. Le vouvoiement s’effondre, Régine vous colle la bise et conclut: "Faut que tu viennes au vernissage, ça va être super!" Décidément Régine Mahaux restera toujours une Liégeoise…

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