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interview

Eric Georges: "L'envie de vacances des gens, particulièrement celle des Belges, n'a jamais été aussi forte"

©Tim Dirven

Le CEO du Club Med Benelux est un pur produit de l'entreprise créée par Gérard Blitz. De GO tennis à CEO en passant par chef de Villages, il a sillonné le monde. Il travaille pour la première fois en Belgique, son pays natal.

Le Royal Léopold Club, ou le très chic club omnisports d'Uccle, est sans doute le seul club sportif de Bruxelles où l'on joue toujours au bridge. Surnommé le "Léo" par ses membres, on y croise principalement des habitués et, en cette fin de mercredi après-midi, essentiellement des mamans qui portent les sacs de sport des enfants tandis que leur progéniture traîne des sticks de hockey sous la pluie.

Nous avons rendez-vous au bar du Club, où une génération de parents qui a fini d'élever les leurs, s'enfile gaiement des piscines de rosés sur des tables hautes. C'est ici que nous observons Eric Georges, CEO du Club Med Benelux, pénétrer dans l'établissement avec 15 bonnes minutes d’avance. Physiquement, il arbore un style baskets et pull en laine noué sur son veston. Pour le reste, il semble appartenir au genre "qui connaît tout le monde", à savoir les clients, les joueurs, le patron et même les serveuses.

D'emblée, on se dit que c'est une belle percée dans le milieu feutré du chic bruxellois pour quelqu'un qui a passé près de 40 ans à l'étranger. "C'est vraiment amusant, c'est la première fois de ma vie que je travaille dans mon pays. C'était un souhait, j'avais envie de me rapprocher de mes racines", explique-t-il en grimpant sur le tabouret.

Tout a commencé sur un cours

Le bar, il l'a choisi parce qu'il fréquente le club, mais aussi parce que c'est ici que tout a véritablement commencé. Eric Georges a alors 20 ans, pas de diplôme et donne des cours de tennis pour gagner sa vie. Par hasard, il répond à une petite annonce pour le Club Med, alors en recherche d'un prof pour taper la balle et c'est ici, sur l'un des terrains du Léo qu'il passe son entretien d'embauche. Le lendemain, "départ pour la France". Six ans plus tard, il est nommé chef de Village aux Bermudes. "J’avais les qualités que le Club recherchait, j'étais très sportif et j'avais les langues. En ce temps-là, en Flandre, on apprenait déjà le français en première primaire."

Quand il est rentré il y a cinq ans, l'Anversois d'origine explique avoir mis "cinq minutes pour trouver ses marques, parce que, depuis, rien n'a vraiment changé".

À l'école du Club Med

Son apéro? Un rosé avec beaucoup de glaçons. "Je bois peu, car si je bois c'est toujours la catastrophe", ajoute-t-il en plaisantant. Après le "tchin" qui fait tinter les verres, il confie que quand on quitte son pays, on ne sait jamais vraiment pourquoi. Ce n'est que des années plus tard qu'on réalise pourquoi on a pris le large. "En Belgique, j'avais le sentiment que j'aurais reçu la même chose et la même éducation que tout le monde, les mêmes écoles, le même enseignement."

"Avec le Club Med, j'ai vécu sur les 5 continents, j'ai rencontré des gens de toutes les cultures, de tous les horizons, de toutes les catégories sociales."

"Avec le Club Med, j'ai vécu sur les cinq continents, j'ai rencontré des gens de toutes les cultures, de tous les horizons, de toutes les catégories sociales. D'un côté les collègues, de l'autre les clients, des expériences qui ont fait de moi quelqu'un de particulièrement tolérant et ouvert d'esprit. Et puis, comme le disait mon père, je n'aurais jamais fait une aussi belle carrière en restant ici."

Atterrissant sur la Belgique qu'il retrouve, Eric Georges explique se réjouir que la multiculturalité soit si présente à Bruxelles, même s'il regrette le côté "sectaire" qui a tendance à s'aggraver entre francophones et flamands. "Or, la langue n'est jamais qu'un moyen de communiquer, et quand j'entends dire d'un côté 'les Flamands n’aiment pas les francophones', ou "les francophones ne veulent pas être Flamands", je me dis: quel enfer! Là, je trouve vraiment que les choses n'ont pas évolué dans le bon sens. Si, multiculturellement, le pays s'est ouvert, communautairement, c'est tout le contraire."

Pourtant, il ajoute que la Belgique reste un pays très accueillant, sauf administrativement où personne ne peut rivaliser avec l'Allemagne. "Quand j'y suis arrivé pour travailler, en deux heures tout était réglé, mes papiers, mon habitation et même mon régime fiscal. À l'inverse, quand j'ai quitté Milan après 18 mois, je n'avais toujours pas un papier en règle, même pas ma carte d'identité", s'amuse-t-il en terminant son verre.

"Beaucoup de chefs de Village poursuivent aujourd'hui des masters en parallèle, on a aussi créé une Université des talents pour favoriser la progression en interne."

Quand on lui demande si, selon lui, il est toujours possible de faire des carrières comme la sienne et de passer de GO à CEO (Benelux), Eric Georges saute de son tabouret et demande l'autorisation de faire tomber la veste. Sincèrement, il en est convaincu, mais pour ça, "il faut en avoir envie, ce n'est pas facile de quitter la vie idyllique qu'on a dans les villages, il faut de vraies raisons. Moi, c'était ma famille. Néanmoins, beaucoup de chefs de Village poursuivent aujourd'hui des masters en parallèle, on a aussi créé une Université des talents pour favoriser la progression en interne. Et puis, enfin, il ne faut pas oublier l'impact de l'ouverture d'un resort sur une région. On embauche 200 à 300 personnes, majoritairement des locaux et indirectement, par la sous-traitance. On touche également 300 à 400 personnes, c'est pas rien tout de même".

L'épreuve du covid

L'impact de la crise sanitaire et l'avenir des voyages à l'heure du réchauffement climatique? Il ne nous donnera pas de chiffres, mais clairement, "fermer tous les clubs pendant quatre mois, il fallait les reins solides pour tenir. Heureusement, grâce à la montée en gamme décidée par Henri Giscard d’Estaing (PDG du Club Med, NDLR) il y a des années, nous avons pu traverser la crise. C'est aussi cette vision qui a permis au groupe de traverser celle de 2008".

"Grâce à la montée en gamme décidée par Henri Giscard d’Estaing il y a des années, nous avons pu traverser la crise. C'est aussi cette vision qui a permis au groupe de traverser celle de 2008."

En tout cas, lui, ce qu'il constate, c'est que l'envie de vacances des gens, particulièrement celle des Belges, n'a jamais été aussi forte. "C'est intéressant, car quand Gérard Blitz créait le premier Club Med en 1950, les gens sortaient de la guerre, ils avaient besoin de vivre, d'être dans la nature et d'être tous ensemble. Et aujourd'hui, en ces temps post crise Covid, les envies sont les mêmes, les gens cherchent de la reconnexion sociale ou familiale, ils ont besoin de grands espaces et ressentent l'envie de faire du sport. Ce qui risque de changer, c'est qu'ils partiront plus longtemps et peut-être moins souvent."   

Le patron du bar passe une tête à la table, et explique avoir connu Eric alors qu'il travaillait encore dans un Village. "Il vous a dit qu'il était GO avant?", s'enquiert-il alors de proposer un verre de rosé pour la maison. "Allez Eric, c'est du Ramatuelle, et le Ramatuelle, ça ne fait jamais mal!" Et comme Eric Georges est un homme fidèle, il n'a pas su dire "non" au patron.

Que buvez-vous?

Apéro préféré: j'adore la bière, mais je suis passé au rosé car il contient moins de sucre.

À table: du vin rouge. Suivant les périodes de ma vie et les régions où j'ai vécu, je suis passé du bordeaux aux Côtes-du-Rhône, puis au Languedoc, avant de découvrir les Italiens.

Cuite: récemment, après un apéro avec mes amis du hockey, je suis repassé au restaurant de mon frère "Tante Yvonne". J'y suis resté jusqu'à 3 heures du matin.

À qui payer un verre: j'aurais aimé être à la table de Georges Brassens, Jacques Brel et Léo Ferré lors de cette fameuse interview de 1969 pour le magazine Rock&Folk.

Le CEO du Club Med Benelux en 5 dates

1978:  à 18 ans, je passe mes premières vacances avec mes 7 amis d'enfance à la Costa Brava. Nous sommes toujours amis.

1986: je passe de chef des sports à chef de Village aux Bermudes, un club de 650 lits.

1988: je me marie au Sénégal avec Christine, qui travaillait aussi au Club. On lance la construction de notre famille.

1996: back to the civilization. Je quitte les "villages" pour retourner à la vie normale. Toujours pour le Club Med, mais à Vienne.

2016: back to the roots. Je reviens en Belgique, mon pays où je n'avais jamais travaillé de ma vie.

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