interview

John-John Goossens: "On ne sait pas encore tout sur la 5G, mais peut-on seulement faire marche arrière?"

John-John Goossens

"Dommage de perdre de beaux profils même si des décalages entre le salaire du CEO et de l'employé semblent très difficiles à justifier." L'Apéro de l'Echo avec John-John Goossens.

Toujours autant d’étudiants, mais plus de chaînes de magasins, moins de bars à bières, mais plus de cocktails, moins de frites et plus de Pokebowl, en un mot Le Cimetière d’Ixelles a fini par faire comme tous les autres quartiers: il s’est boboïsé.

Ce qui ne l’empêche pas toutefois d’être considéré par The Guardian comme le plus chouette quartier d’Europe entière, soyons fiers! Nous, nous attendons John-John Goossens, au Korner, jadis Café de l’Université aussi célèbre pour ses boulettes frites à 9 € que pour son patron qui remontait tout le temps son pantalon en se traînant pour prendre les commandes. Aujourd’hui, c’est un bar sympa, estampillé Knokke-Out, où l’on vous sert encore à table et où cohabitent – fait suffisamment rare pour être relevé – autant d’étudiants que d’habitants historiques du quartier.

À 17 h 30, le Korner est presque rempli, il y a de vieux messieurs qui sifflent leur troisième chope en observant le spectacle de la jeunesse, des groupes de filles qui papotent derrière des Leffe et des Duvel, des gars qui matent les filles en souriant derrière leurs grosses barbes et même une septuagénaire qui entame sa 4e partie de Candy Crush sur son téléphone.

Tête de loup qui ne sourit pas beaucoup

15 minutes plus tard, et avec 15 minutes d’avance, arrive notre invité du jour accompagné de sa vibrionnante attachée de presse. Elle est là pour faire "le lien" avant de nous quitter en lâchant goguenarde "Amusez-vous bien, même si sans moi ce sera difficile". De fait, à première vue, John-John Goossens tranche un peu – avec elle comme avec la décontraction de l’endroit – même s’il semble sympathique, il a une tête de loup, jolie bête, mais qui – reconnaissons-le – ne sourit pas beaucoup.

Installé sur la banquette en cuir tout au fond du bistro, il explique ne pas être un aficionado des apéros, ni des interviews, mais la rubrique lui plaît bien, "chouette concept" alors il s’est lancé. L’endroit, il l’a choisi parce qu’il vient de se remettre dans l’affaire – entendez le Knokke-Out (des restos-bars-boîtes, NDLR), où il était jadis l’un des associés historiques, nous explique-t-il en commandant un Gin – l’apéro que "tout le monde prenait toujours à la maison". Homme d’affaires et entrepreneur aujourd’hui, on a envie de demander à l’ancien DJ ce qui, selon lui, a changé dans le monde de la nuit et si "le sens de la fête" est resté pareil.

Rabattu sur le fond de sa banquette, bras croisés, on le sent un peu hésitant avant de lâcher "Au risque de paraître pour un vieux con, la fête n’a plus la même saveur et les raisons de la faire ne sont plus les mêmes. Aujourd’hui, on est très vite dans les extrêmes, on sort à tout prix jusqu’au bout de la nuit alors qu’avant c’était plus pour retrouver les potes, on se fédérait autour d’une communauté attachée à une boîte en particulier. Aujourd’hui, il y a des tonnes de soirées et, si les gens sortent beaucoup, ils ne se rencontrent plus du tout. Ce n’est pas propre à la nuit, c’est un problème beaucoup plus général".

"Même si les drames ont toujours existé, il n’est plus possible de s’en protéger et d’une certaine manière, on finit par vivre de moins en moins sa vie».
John-John Goossens
Entrepreneur

En cause, les réseaux sociaux – ce monde d’amis et de followers – et la rapidité dans la transmission des informations: "Les gens sont rivés sur leur téléphone, les mauvaises nouvelles arrivent en temps réel et, dans ces conditions, il devient difficile de les laisser de côté pour profiter des gens et de sa soirée. Même si les drames ont toujours existé, il n’est plus possible de s’en protéger et d’une certaine manière, on finit par vivre de moins en moins sa vie". 

Arrêter le virtuel, retourner au réel

Une heure plus tard, les lieux sont pleins; trois jeunes s’installent à la table voisine avant que l’un deux ne saute sur notre homme pour le saluer. Goutte de lait à l’oreille, il explique être un client de la première heure, pas du bar, mais des espaces de coworking créés par John-John et son associé Vincent André après ceux de La Hulpe, ils viennent d’ailleurs d’ouvrir le dernier "BuzzyNest" à Boitsfort. L’occasion pour John-John de poursuivre sur la nécessité d’avoir des lieux pour recréer du lien, que les "gens se remettent ensemble" et "qu’on arrête le virtuel pour retourner au réel"; d’où, ses investissements dans le coworking ou le coliving. Surtout dans le sud de Bruxelles ou en périphérie parce que se taper le centre-ville: "C’est une punition!".

Il nous explique tout cela tandis que son téléphone, en mode silencieux, clignote presque de manière ininterrompue. Les réseaux sociaux, très bien pour les autres, lui par contre résiste en confiant avoir presque l’envie de se faire faire un tee-shirt "15 ans sans Facebook et j’ai survécu". Non, les médias, pas trop son truc. L’inverse de son père (John Goossens, NDLR) finalement qui était un homme d’image, fou de marketing et de communication et qui y consacrait "un temps de dingue" selon son fils aîné. Presque 20 ans que l’ancien patron de Belgacom les quittait des suites d’un incident cardiaque alors que John-John lui était dans un avion, sa sœur dans un Eurostar et son frère à Londres.

À son arrivée à Genève, sa mère lui demande de rentrer immédiatement en prétextant l’hospitalisation de sa grand-mère. "Elle ne voulait rien me dire au téléphone. En Belgique tout le monde le savait, mais on retenait les médias tant que nous, ses enfants, n’avions été mis au courant. Naïvement, j’essayais de joindre mon père pour prendre des nouvelles de ma grand-mère, son téléphone était coupé et sa secrétaire – la pauvre  me disait 'Il est occupé, il ne peut pas te parler'. En même temps, mon téléphone surchauffait de sms qui me disaient ‘on pense à toi’. Je ne comprenais pas avant que ma mère ne finisse par me rappeler en me disant ton père est ‘parti’, j’ai besoin de toi ici". Terminant son gin, John-John conclut que bien que cicatrisé aujourd’hui, le deuil de son père n’en fut pas moins un "très long chemin".

"Proximus? Dominique Leroy a fait un boulot exceptionnel et c’est dommage de terminer sur cette erreur alors qu’il restait encore beaucoup de choses à faire.»
John-John Goossens
Entrepreneur

Belgacom/Proximus? Il sourit: "Oui, je suis ce qui s’y passe". L’affaire Dominique Leroy? Il est mitigé. "Elle a fait un boulot exceptionnel et c’est dommage de terminer sur cette erreur alors qu’il restait encore beaucoup de choses à faire". Un peu comme un "bad ending" qui occulterait tout le reste. Maintenant sur la question des rémunérations des patrons "pas d’avis, mais un regard mitigé aussi". "Dommage de rater ou de perdre de beaux profils même si on comprend que des décalages comme on les entend entre le salaire du CEO et de l’employé semblent très difficiles à justifier". L’arrivée de la 5G, il est "partagé" aussi; d’un côté, il l’appelle de tous ses vœux, de l’autre il est dubitatif quant à l’innocuité sur la santé avant de conclure sur un "On ne sait pas encore tout, mais peut-on seulement faire marche arrière?".

"If you can dream it, you can do it"

Plus à l’aise derrière son second Gin, on le branche sur la politique, tout ça. Pas son truc non plus, sincèrement "on n’y comprend plus rien" balance-t-il tandis que nous ramons un peu pour trouver quelque chose dont il aurait envie de nous parler. Il n’est pas contraire et joue franchement le jeu, mais les avis tranchés, la politique et l’air du temps, bof, bof, bof. Son truc à lui, il va vous étonner, mais c’est "Walt Disney, le rêve et l’utopie".

Et même si le papa de Mickey était un dictateur de première, John-John explique ne voir en lui que le bon, un type qui s’employait à faire rêver les gens et dont le mantra était "If you can dream it, you can do it". Il se rend d’ailleurs au moins une fois par an dans les célèbres parcs d’attractions en se mettant à rêver d’un jour créer le sien qu’il appellerait "Goosyland, sympa non?". Sans surprise, John-John qui ne regarde et ne garde "que le bon" confie se ficher des controverses quant aux célèbres dessins animés (sexisme, appropriation culturelle… NDLR) parce que, de toute façon, son dessin animé préféré à lui, c’est le Roi Lion.

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