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"L'excès de #Metoo, c'est un désastre pour la séduction"

©Frédéric Pauwels / HUMA

François Schwennicke ne dirige plus Delvaux depuis 2011, vit au Vietnam maintenant, d’où il gère deux entreprises. On a pris l'apéro avec lui...

Tarzan, un joli bar rempli de plantes vertes, de trentenaires avec quelques poussettes qui vers 18h30 cèdent la place à des afterworkers qui vapotent sur la terrasse. À l’intérieur, derrière le bar, on broie des avocats et des pois chiches, on égraine des grenades pour saupoudrer le humus et on aligne les bouteilles de vin naturel sur le zinc. C’est vendredi soir, le moment où tout le monde se plaît à se détendre en buvant un verre mais ici, c’est différent.

5 dates clés
  • 18/11/1937: La date de naissance de sa mère
  • 20/02/1970: La mort de son père et la sortie de l’enfance à 8 ans
  • 28/07/09: Déménagement à Saigon avec sa famille
  • 27/09/11: Vente de 80% de Delvaux à la famille Fung
  • Le 11/11: Chaque année, une date magique

Si on aime l’alcool, on aime uniquement celui qui ne nuit pas au foie, si on fume, on fume uniquement si cela ne nuit pas aux poumons non plus, donc on vapote. Un phénomène à l’image de ces générations actuelles qui veulent tout sans plus renoncer à rien, l’apéro, "oui, mais avec des poussettes", des hommes qui draguent, "oui, mais pas trop", un travail palpitant, "oui, mais avant 18 heures et jamais le week-end". À chaque génération ses défis et celui-ci est grand: bonne chance à eux!

C’est donc ici que François Schwennicke avait envie de prendre le petit verre de fin de semaine. Il y avait d’ailleurs réservé une table dès la semaine précédente alors qu’il était en plein séminaire à la mer. D’emblée, on est un peu étonné en voyant débarquer monsieur Delvaux. Grand, beau et souriant sous une tignasse un peu Tarzan justement, il a la sympathie qui déborde. Une affabilité très différente de celle qu’on trouve dans les salons, une originalité qui désarçonne quand, après s’être installé sur la banquette du fond, il nous lâche: "Pourquoi m’interviewer? Je suis complètement has been vous savez!" Avant de commander un verre de vin blanc sec, l’apéritif qu’il prend traditionnellement pour commencer sa soirée.

Has been parce qu’il ne dirige plus Delvaux depuis 2011, has been parce qu’il vit au Vietnam maintenant, d’où il dirige deux entreprises, et has been aussi parce que la famille ne détient plus que 20% dans la célèbre affaire de maroquinerie. C’est un coup de chance de l’avoir joint sur son portable belge, lui qui ne revient plus en Belgique que pour les CA ou pour embrasser sa maman 6 à 8 fois par an. Du coup, quand il est là, il prend des apéros avec les copains, comme Pierre Marcolini avec qui il se retrouve "en embuscade" dans les bars de Bruxelles le soir.

Contrer le pessimisme

La Belgique ne lui manque pas vraiment parce qu’il revient souvent. Du coup, c’est un regard à la jumelle qu’il pose sur son petit pays dont il remarque aujourd’hui la qualité de vie exceptionnelle qui y est offerte. "Mais ça, quand on est là, on ne le voit pas." D’ordinaire, il revient toujours pour voter, sauf cette fois-ci où il sera déjà reparti. Il aurait pu voter au consulat, sauf qu’on vient de le fermer. Une situation "complètement surréaliste" où, alors qu’il y a plus de Belges à Saigon qu’à Hanoi, on décide de se passer de consulat parce qu’on peine à trouver un remplaçant à celui qui vient de partir à la retraite. On peut comprendre, sans rémunération et en devant payer soi-même son bureau et sa secrétaire, on se demande qui aurait envie de régler les problèmes administratifs des 600 ressortissants installés là-bas. Bref, même à 10.000 km, le Belgique reste la Belgique.

"En 60 ans, on n’a jamais touché un franc de dividende. Chaque fois qu’on gagnait de l’argent, on le réinvestissait dans l’entreprise."

Languedoc sous le nez, Schwennicke explique qu’on boit quand même pas mal en Belgique, sans doute pour contrer le pessimisme ambiant et oublier la fin des privilèges. L’ascenseur social est à l’arrêt total, la classe moyenne se désagrège tandis que ceux qui sont nés dans le haut du panier s’en sortiront toujours. Il se sent à l’aise pour en parler parce que même si avec ses célèbres sacs, il était l’héritier d’un petit bout du patrimoine national, la famille n’a jamais été riche. "En 60 ans, on n’a jamais touché un franc de dividende. Chaque fois qu’on gagnait de l’argent, on le réinvestissait dans l’entreprise."

Que buvez-vous?
  • François Schwennicke: entrepreneur et administrateur de sociétés
  • Apéro: Toujours du blanc, sec
  • Alcool: pas de cocktail ni d’alcool fort, parfois du rouge mais toujours à table
  • Sa dernière cuite: La veille, avec Pierre Marcolini
  • Sa plus belle cuite: Aucun souvenir… justement
  • Sa consommation: Quand il boit, il boit toujours trop, alors jamais tous les jours

Depuis, il y a eu les années rouges de la crise, avant que la situation ne vire écarlate et que Delvaux passe à 80% sous pavillon chinois, dans l’escarcelle de la famille Fung, ceux qui jadis fabriquaient les housses brodées de l’entreprise, à ce jour, toujours fournisseur de la Cour. On lui a d’ailleurs pas mal reproché d’avoir vendu les joyaux de la couronne mais ça, "c’est un peu comme pour la famille royale: tout le monde a un avis alors que la plupart des gens qui critiquent ne sont pas concernés". Non, pour lui, l’important, c’est que l’entreprise vive. Et voyant les très beaux résultats qu’elle engrange actuellement, notre homme est vraiment content.

Plutôt dans le bon sens

Aujourd’hui, on "fête" le premier anniversaire de #Metoo. Sur le sujet comme sur d’autres, François Schwennicke est assez à l’aise, il se définit d’ailleurs comme "franchement MLF", né avec l’exemple de sa mère qui se retrouvait CEO de Delvaux à la mort de son mari, à une époque franchement plus difficile pour les femmes que celles qu’on vit aujourd’hui. Elle, Solange, s’était dit: "OK, si les hommes le font: I can do it also!" "Fallait les voir les gros machos qui, il y a 50 ans, débarquaient en lui disant que sa place n’était pas dans les bureaux mais dans les boutiques, avenue Louise", ajoute le fiston, encore étonné de ce qu’il vient de raconter.

De ce point de vue, selon lui, la société va plutôt dans le bon sens, comme le #Metoo du début, celui qui se limitait à dénoncer les abus avant – hélas – de dégénérer carrément en chasse aux sorcières. Un mal nécessaire? Peut-être. "C’est un peu comme avec tout finalement: au départ, c’est la maxi-jupe, on passe ensuite à la supra minijupe pour enfin arriver à une juste mesure."

Par contre, ce qui est moche, c’est le politiquement correct américain qui déferle sur l’Europe, un état d’esprit de délation permanente et son lot de dégâts collatéraux. "Un désastre et une catastrophe absolue pour la séduction, tant les hommes et les femmes y perdent franchement en naturel." Du genre, les hommes n’osent plus complimenter les femmes et les femmes râlent parce qu’elles ne sont plus courtisées; sans compter qu’elles leur demandent "d’être plus féminins mais attention, en n’oubliant pas de leur tenir la porte au restaurant".

À l’inverse, les hommes aimeraient bien que les femmes restent féminines mais ça, ils n’osent plus le dire non plus. "En Asie, c’est très différent. Même si les hommes sont fondamentalement plus machos, les femmes ne cherchent pas à leur ressembler, au contraire, plus ils sont machos, plus elles en rajoutent sur leur féminité. D’ailleurs, elles sont très entreprenantes sur le marché du travail, c’est elles qui ont l’argent et font vivre l’industrie du luxe. D’une certaine manière, elles sont beaucoup plus libres", conclut-il alors devant son second verre de blanc qu’il apprécie vraiment.

Faut dire qu’en Asie, quand on aime le vin comme lui, ce n’est "pas facile, vous n’imaginez pas les droits de douane!" Alors il a démonté une brasserie belge qu’il a remontée au Vietnam. Une super bière destinée au marché local et que les expats apprécient beaucoup, d’ailleurs avec ses associés, ils ont même ouvert un bar, le Belgo.

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