"La recherche de bénéfice n'est plus qu'un des buts de l'entreprise, symboliquement c'est une vraie révolution"

Sandra Gobert, CEO de Guberna.

L'Apéro de l'Echo avec Sandra Gobert, CEO de Guberna.

Avec sa façade à la Walt Disney, son tapis plain et ses stucs dorés collés sur la loupe de noyer qui recouvre tous les murs, pas de doute, vous êtes bien au Wiltcher. Comme de juste, l’hôtel ne faillit pas à sa réputation, celle d’être le préféré des clients américains et proche-orientaux. Que dire de plus, si ce n’est que le bar est rempli d’une clientèle d’un lundi fin d’après-midi et que si les Orientaux déjeunent tard, les Américains quant à eux dînent tôt. Principalement des burgers-frites, le nez sur des cafés, le tout sous un plafond à caissons. 18 h tapante arrive Sandra Gobert, grands yeux bleus qui tranchent avec son rouge à lèvres carmin, pantalon en cuir sous un veston à lignes, une très jolie blonde qui semble affectionner particulièrement le motif pied de poule qu’elle décline aussi bien sur son manteau que son écharpe.

Transparence ou voyeurisme?

Installée dans un fauteuil à très haut dossier, elle nous explique que ce soir, elle prendra un coca. Parce que c’est la semaine et qu’avec les journées qui sont les siennes et les nombreux cocktails: "On ne s’en sort pas!". Sinon, le week-end, c’est plutôt Gin Tonic avec son mari. Très "pro", comme souvent avec les femmes avec lesquelles nous apérotons, Sandra Gobert a bien préparé ses encadrés. Par conséquent, c’est sans hésitation qu’elle nous dit que dans l’absolu, elle aurait bien payé un verre à Madonna.

5 dates clés De Sandra Gobert, CEO de Guberna
  • 1991: «La naissance de ma fille ainée alors que j’étais en 3e licence de droit, la maternité a changé ma vie, mes enfants sont le moteur de mon existence.»
  • 1996: «Je m’associe avec mon maître de stage, Eric Peiffer, j’étais jeune et il m’a fait confiance.»
  • 1998: «La naissance de mon fils avant celle de ma cadette, il y a 9 ans.»
  • 2005: «Je rencontre mon mari lors d’un séminaire à Madrid, il est ‘l’amour de ma vie’.»
  • 2019: «Je deviens Directeur exécutif de Guberna, un choix difficile, car j’ai dû lâcher mon poste de managing partner au cabinet.»

Peut-être bien aussi à Hillary Clinton aussi, elle vient d’ailleurs de finir sa biographie dont elle ressort conquise, une femme très intelligente, mais maltraitée par le destin: "Elle aurait fait une excellente présidente, mais mauvais timing, face à Trump et au populisme grimpant, elle ne pouvait pas lutter, c’est certain. D’autant qu’il lui manquait le petit côté ‘com’ que Bill avait, l’atout charme; elle est plus comme Merkel et comme beaucoup de femmes politiques, elles renvoient des images très sérieuses et travailleuses".

L’affaire Lewinsky? "Une horreur" même si Sandra Gobert ne sait pas si, à sa place, elle serait partie "si on s’aime très fort, on ne quitte pas son mari pour ça". En filigrane, évidemment, c’est l’affaire Griveaux qui se dessine derrière cette conversation d’apparence badine. Une histoire un peu sordide de vidéos à caractère sexuel envoyées par un candidat à la mairie de Paris à une autre femme que la sienne. Comme avocate, on sent que cela lui hérisse le poil: "Aujourd’hui, il n’y en a plus que pour les apparences, on condamne les gens en dehors de toutes règles légales ou éthiques, cette 'transparence', finalement ce n’est jamais que du voyeurisme".

À chaque pouvoir, un contre-pouvoir

À la tête de Guberna (Institut des administrateurs pour la bonne gouvernance) depuis quelques mois, Sandra Gobert aime à rappeler quand même que, contrairement à ce qu’on en fait aujourd’hui, la "transparence n’est pas un but en soi", mais un outil ou un moyen qui sert un but plus élevé "comme l’éthique, la loi ou l’ordre public", pas de liens donc avec la vie privée d’un politique, c’est certain. Nous glissons gentiment sur la transparence et la bonne gouvernance dans les entreprises et toutes ces petites choses qui posent problème et sur lesquelles elle et Guberna planchent pas mal. "De belles avancées déjà, comme le fait que le code considère aujourd’hui que la recherche de bénéfices n’est plus qu’un des buts de l’entreprise et non plus le seul, symboliquement c’est une vraie révolution" nous explique-t-elle.

Maintenant quant à la sacro-sainte transparence vis-à-vis des salaires des CEO d’entreprises dans le privé, tout est selon elle une "question de proportion, l’important n’étant pas de connaître le salaire individuel de chacun, mais d’observer plutôt si "le ratio entre celui du CEO et du package salarial des travailleurs est correct", vérifier qu’il n’y a pas d’excès et que les montants soient justifiés en fonction de l’entreprise et des circonstances. "En réalité, la bonne gouvernance, c’est trouver un équilibre entre les pouvoirs, de veiller à ce que chaque pouvoir ait un contre-pouvoir. Ce qui est difficile, c’est qu’aujourd’hui les gens ne supportent plus les nuances, c’est soit tout blanc, soit tout noir, or la question des rémunérations c’est toujours une zone grise".

Femmes managers, confrontées aux mêmes problèmes

Mais la bonne gouvernance, c’est aussi la recherche de la diversité "en général", mais aussi celle d’un équilibre entre les hommes et les femmes. Elle, son avis sur les quotas dans les CA? "C’était nécessaire, même les détracteurs de jadis le reconnaissent aujourd’hui". Maintenant, de là à dire que cela va changer l’entreprise et la société en général, vous ne l’aurez pas: "Les femmes sont très minoritaires dans le managing, même si la situation évolue peu à peu, elles restent toujours confrontées aux mêmes problèmes, ceux liés à la maternité et à l’organisation familiale et là, soyons clairs, rien n’est fait pour les aider".

Sandra Gobert elle, avait 9 enfants à la maison (une famille recomposée), avec un premier enfant qui a 29 ans aujourd’hui et une dernière de 9 ans, en un mot ça fait presque 30 ans qu’elle paie des nounous et des gardes d’enfants pour pouvoir continuer à exercer son métier. Une conclusion sans appel: que les femmes puissent déduire les nounous de leurs frais professionnels: "Cela, ça changerait tout!" lâche-t-elle avec conviction.

"Les femmes ne seraient-elles pas anti-solidaires pour des raisons biologiques, comme la bataille pour le mâle?"
Sandra Gobert
CEO de Guberna

Metoo a sans doute desservi le féminisme

L’apéro se poursuit et notre avocate de nous expliquer avoir assisté à la conférence d’Hariri (auteur de "Sapiens") à Anvers et d’avoir été très interpellée par le fait que l’historien y déclarait que la domination masculine historique ne se justifiait pas par la plus grande force physique des hommes, mais bien par la force de conviction et le pouvoir de charmer l’autre "Un peu comme Bill (Clinton)", s’amuse-t-elle.

Que buvez-vous?
  • Apéro préféré: «Un Gin Tonic, de préférence un Martin Millers, uniquement les week-ends.»
  • À table: «Du vin rouge, de préférence des côtes du Rhône, j’adore.»
  • Dernière cuite: «Noël 2015, on faisait la fête avec nos 9 enfants, j’étais tellement fatiguée que j’ai fait un black-out après le dessert.»
  • À qui payer un verre: «À Madonna, un ‘role model’ pour les femmes de ma génération.»

Blague à part, depuis cette conférence, Sandra Gobert nous confie s’interroger elle aussi: "Et si la domination du monde par les hommes ne résultait pas plutôt du fait qu’ils sont plus solidaires entre eux que ne le sont les femmes?". Elle n’a pas la réponse, mais tout de même, elle constate que plus les femmes vieillissent plus elles développent ce sentiment de solidarité entre elles, quasi inexistant avant. "Plus jeunes - et c’est une question qu’elle aurait vraiment aimé poser à Hariri - Les femmes ne seraient-elles pas anti-solidaires pour des raisons biologiques, comme la bataille pour le mâle. C’est dangereux comme raisonnement, c’est aussi une vieille théorie féministe… je ne prétends pas avoir la réponse, mais je me questionne…".

Décidément, Sandra Gobert semble en avoir sous le capot et c’est tout naturellement qu’on lui demande où elle se situe – elle, la femme, mais aussi l’avocate – par rapport à tous ces mouvements néo-féministes et la déflagration Metoo. Féministe, pas de doute, elle le revendique et explique soutenir tout ce qui favorise justement la solidarité féminine, dans son premier cabinet d’ailleurs, elle n’avait engagé que de jeunes femmes.

Maintenant sur Metoo, elle se montre nettement plus circonspecte: "C’est à double tranchant et je crains qu’en réalité Metoo ait desservi bien plus qu’on ne l’imagine le féminisme, tant il a provoqué un rejet de la cause des femmes auprès des hommes. La société s’est mise à faire des procès sans procès, sans que ces hommes aient eu l’occasion de se défendre, dans un État de droit, c’est tout à fait inacceptable. Et puis, comment voulez-vous vous défendre de telles accusations autant d’années après? C’est aussi ça le problème!".

"Tant que la femme est en position de dire non, c’est avant tout un jeu de pouvoir; ce n’est qu’à partir du moment où elle ne peut pas dire non que l’abus commence".
Sandra Gobert
Ceo de Guberna

Pourtant des Metoo, elle en a eu aussi, des CEO et clients potentiels qui lui proposaient sans ciller des tas de dossiers si elle s’allongeait, mais voilà: "Les femmes ont aussi la possibilité de dire non, pour moi tant que la femme est en position de dire non, c’est avant tout un jeu de pouvoir; ce n’est qu’à partir du moment où elle ne peut pas dire non que l’abus commence". Il est 19 h 30, l’Apéro touche à sa fin et Sandra Gobert elle, elle loin d’avoir fini sa journée. Le Wiltcher pour elle n’était qu’une étape, entre Guberna où elle passait sa journée, et son cabinet d’avocats qu’elle s’apprête à rejoindre à présent pour terminer quelques dossiers. C’est pour ça d’ailleurs qu’elle avait choisi l’hôtel pour notre apéritif, car il était sur son "chemin". 

Avec sa façade à la Walt Disney, son tapis plain et ses stucs dorés collés sur la loupe de noyer qui recouvre tous les murs, pas de doute, vous êtes bien au Wiltcher. Comme de juste, l’hôtel ne faillit pas à sa réputation, celle d’être le préféré des clients américains et proche-orientaux. Que dire de plus, si ce n’est que le bar est rempli d’une clientèle d’un lundi fin d’après-midi et que si les Orientaux déjeunent tard, les Américains quant à eux dînent tôt. Principalement des burgers-frites, le nez sur des cafés, le tout sous un plafond à caissons. 18 h tapante arrive Sandra Gobert, grands yeux bleus qui tranchent avec son rouge à lèvres carmin, pantalon en cuir sous un veston à lignes, une très jolie blonde qui semble affectionner particulièrement le motif pied de poule qu’elle décline aussi bien sur son manteau que son écharpe.

 

Installée dans un fauteuil à très haut dossier, elle nous explique que ce soir, elle prendra un coca. Parce que c’est la semaine et qu’avec les journées qui sont les siennes et les nombreux cocktails: "On ne s’en sort pas! ". Sinon, le week-end, c’est plutôt Gin Tonic avec son mari. Très "pro", comme souvent avec les femmes avec lesquelles nous apérotons, Sandra Gobert a bien préparé ses encadrés. Par conséquent, c’est sans hésitation qu’elle nous dit que dans l’absolu, elle aurait bien payé un verre à Madonna. Peut-être bien aussi à Hillary Clinton aussi, elle vient d’ailleurs de finir sa biographie dont elle ressort conquise, une femme très intelligente, mais maltraitée par le destin : "Elle aurait fait une excellente présidente, mais mauvais timing, face à Trump et au populisme grimpant, elle ne pouvait pas lutter, c’est certain. D’autant qu’il lui manquait le petit côté ‘com’ que Bill avait, l’atout charme; elle est plus comme Merkel et comme beaucoup de femmes politiques, elles renvoient des images très sérieuses et travailleuses". L’affaire Lewinsky? "Une horreur" même si Sandra Gobert ne sait pas si, à sa place, elle serait partie "si on s’aime très fort, on ne quitte pas son mari pour ça". En filigrane, évidemment, c’est l’affaire Griveaux qui se dessine derrière cette conversation d’apparence badine. Une histoire un peu sordide de vidéos à caractère sexuel envoyées par un candidat à la mairie de Paris à une autre femme que la sienne. Comme avocate, on sent que cela lui hérisse le poil: "Aujourd’hui, il n’y en a plus que pour les apparences, on condamne les gens en dehors de toutes règles légales ou éthiques, cette " transparence", finalement ce n’est jamais que du voyeurisme".

 

À la tête de Guberna (Institut des administrateurs pour la bonne gouvernance) depuis quelques mois, Sandra Gobert aime à rappeler quand même que, contrairement à ce qu’on en fait aujourd’hui, la "transparence n’est pas un but en soi", mais un outil ou un moyen qui sert un but plus élevé "comme l’éthique, la loi ou l’ordre public", pas de liens donc avec la vie privée d’un politique, c’est certain. Nous glissons gentiment sur la transparence et la bonne gouvernance dans les entreprises et toutes ces petites choses qui posent problème et sur lesquelles elle et Guberna planchent pas mal. "De belles avancées déjà, comme le fait que le code considère aujourd’hui que la recherche de bénéfices n’est plus qu’un des buts de l’entreprise et non plus le seul, symboliquement c’est une vraie révolution" nous explique-t-elle. Maintenant quant à la sacro-sainte transparence vis-à-vis des salaires des CEO d’entreprises dans le privé, tout est selon elle une "question de proportion", l’important n’étant pas de connaître le salaire individuel de chacun, mais d’observer plutôt si "le ratio entre celui du CEO et du package salarial des travailleurs est correct", vérifier qu’il n’y a pas d’excès et que les montants soient justifiés en fonction de l’entreprise et des circonstances. "En réalité, la bonne gouvernance, c’est trouver un équilibre entre les pouvoirs, de veiller à ce que chaque pouvoir ait un contre-pouvoir. Ce qui est difficile, c’est qu’aujourd’hui les gens ne supportent plus les nuances, c’est soit tout blanc, soit tout noir, or la question des rémunérations c’est toujours une zone grise".

 

Mais la bonne gouvernance, c’est aussi la recherche de la diversité "en général", mais aussi celle d’un équilibre entre les hommes et les femmes. Elle, son avis sur les quotas dans les CA? "C’était nécessaire, même les détracteurs de jadis le reconnaissent aujourd’hui". Maintenant, de là à dire que cela va changer l’entreprise et la société en général, vous ne l’aurez pas: "Les femmes sont très minoritaires dans le managing, même si la situation évolue peu à peu, elles restent toujours confrontées aux mêmes problèmes, ceux liés à la maternité et à l’organisation familiale et là, soyons clairs, rien n’est fait pour les aider". Sandra Gobert elle, avait 9 enfants à la maison (une famille recomposée), avec un premier enfant qui a 29 ans aujourd’hui et une dernière de 9 ans, en un mot ça fait presque 30 ans qu’elle paie des nounous et des gardes d’enfants pour pouvoir continuer à exercer son métier. Une conclusion sans appel: que les femmes puissent déduire les nounous de leurs frais professionnels: "Cela, ça changerait tout!" lâche-t-elle avec conviction.

 

L’apéro se poursuit et notre avocate de nous expliquer avoir assisté à la conférence d’Hariri (auteur de " Sapiens ") à Anvers et d’avoir été très interpellée par le fait que l’historien y déclarait que la domination masculine historique ne se justifiait pas par la plus grande force physique des hommes, mais bien par la force de conviction et le pouvoir de charmer l’autre "Un peu comme Bill (Clinton)" s’amuse-t-elle. Blague à part, depuis cette conférence, Sandra Gobert nous confie s’interroger elle aussi: "Et si la domination du monde par les hommes ne résultait pas plutôt du fait qu’ils sont plus solidaires entre eux que ne le sont les femmes?". Elle n’a pas la réponse, mais tout de même, elle constate que plus les femmes vieillissent plus elles développent ce sentiment de solidarité entre elles, quasi inexistant avant. "Plus jeunes - et c’est une question qu’elle aurait vraiment aimé poser à Hariri - Les femmes ne seraient-elles pas anti-solidaires pour des raisons biologiques, comme la bataille pour le mâle. C’est dangereux comme raisonnement, c’est aussi une vieille théorie féministe… je ne prétends pas avoir la réponse, mais je me questionne…". Décidément, Sandra Gobert semble en avoir sous le capot et c’est tout naturellement qu’on lui demande où elle se situe – elle, la femme, mais aussi l’avocate – par rapport à tous ces mouvements néo-féministes et la déflagration Metoo. Féministe, pas de doute, elle le revendique et explique soutenir tout ce qui favorise justement la solidarité féminine, dans son premier cabinet d’ailleurs, elle n’avait engagé que de jeunes femmes. Maintenant sur Metoo, elle se montre nettement plus circonspecte: "C’est à double tranchant et je crains qu’en réalité Metoo ait desservi bien plus qu’on ne l’imagine le féminisme, tant il a provoqué un rejet de la cause des femmes auprès des hommes. La société s’est mise à faire des procès sans procès, sans que ces hommes aient eu l’occasion de se défendre, dans un État de droit, c’est tout à fait inacceptable. Et puis, comment voulez-vous vous défendre de telles accusations autant d’années après? C’est aussi ça le problème!".

 

Pourtant des Metoo, elle en a eu aussi, des CEO et clients potentiels qui lui proposaient sans ciller des tas de dossiers si elle s’allongeait, mais voilà: "Les femmes ont aussi la possibilité de dire non, pour moi tant que la femme est en position de dire non, c’est avant tout un jeu de pouvoir; ce n’est qu’à partir du moment où elle ne peut pas dire non que l’abus commence". Il est 19 h 30, l’Apéro touche à sa fin et Sandra Gobert elle, elle loin d’avoir fini sa journée. Le Wiltcher pour elle n’était qu’une étape, entre Guberna où elle passait sa journée, et son cabinet d’avocats qu’elle s’apprête à rejoindre à présent pour terminer quelques dossiers. C’est pour ça d’ailleurs qu’elle avait choisi l’hôtel pour notre apéritif, car il était sur son "chemin".

Lire également

Publicité
Publicité