"Rêver seul reste un rêve, alors que rêver ensemble devient réalité"

©Dieter Telemans

C'est le motto du patron de Nostalgie, Chérie FM et NRJ, Marc Vossen. "J'applique cette phrase dans tout."

Le Café Belga, un lieu sympa pour boire un verre et l’enfer sur terre pour un journaliste qui enregistre son entretien. Il est 17h30 ce mercredi et c’est dans ce lieu branché d’Ixelles que Marc Vossen - le patron de Nostalgie, Chérie FM et NRJ - a choisi de nous rencontrer pour apéroter. La tranche horaire était "17h30 – 18h15" ou "17h45 – 18h30", au cordeau comme un créneau radio, mais pour le timing, c’est "comme vous préférez", ajoutait-il de sa voix enjouée. Un ton bienveillant qui le ferait presque passer pour un coach en développement personnel, voire un moine tibétain que rien ne pourrait faire redescendre de sa lévitation. Ca fleure le rayonnement intérieur, le questionnement et la méditation.

Que buvez-vous?
  • Qui: Directeur général de Nostalgie-NRJ
  • Son apéritif: Spritz en été, Porto rouge en hiver
  • Alcool gai ou triste: Toujours gai!
  • La dernière cuite: "Il y a 10 ans, l’anniversaire d’un ami que j’organisais chez moi."
  • La plus belle cuite: "En blocus, on avait joué à un jeu à boire, résultat j’étais tellement saoul que j’ai fini par réciter mon cours de droit romain sur le rebord de la fenêtre du premier étage, j’aurais pu me tuer."

Looké chic et classique, veste en coton serré et chemise bleutée, Marc Vossen a néanmoins la dégaine d’un grand gamin mais sapé "italien". Des petites crolles à la Pierre Richard, les mêmes yeux bleus aussi, l’air distrait quand il longe le bar et le regard presque émerveillé de celui qui le découvrirait pour la première fois. Il déroule alors son mètre 94 sur la banquette en skaï et, avant de commander, vérifie tout de même que c’est bien de l’apéro dont il s’agit. "Alors, ce sera un spritz! Et puis, si vous êtes d’accord, on va se tutoyer." Le tutoiement pour lui, c’est une façon d’abolir la distance, une manière aussi de se sentir "moins vieux" et puis, c’est aussi le langage des médias, "dans mon milieu, tout le monde fait ça" explique celui qui commençait sa carrière dans les radios libres, début des années septante.

Le Spritz, c’est en été que Marc Vossen en boit parce que l’hiver, lui serait plutôt Porto rouge, une boisson de femme que l’homme assume avec fierté: "Faut dire que toute ma vie, j’ai été entourée de cinq femmes. Cela a pas mal influencé mes valeurs". Mais le Spritz, c’est pour l’Italie aussi, explique celui qui part toutes les 5 semaines dans le sud de la France. Nice, c’est parce qu’il aime "l’urbain" mais "près de la montagne", qu’il y a "la mer" et que surtout "l’Italie n’est pas loin". Cette année, c’était juste à deux, sans les quatre enfants, une joyeuse famille recomposée où tous les gosses s’aiment et dans laquelle l’ex-femme et la compagne sont très copines. "Quelques temps après la séparation, j’ai organisé un voyage pour ma compagne et mon ex-femme, juste elles deux à Rome. C’était sans doute pour me déculpabiliser mais je voulais tellement qu’elles s’entendent…" L’œil complice, Vossen ajoute alors que si son plan a fonctionné c’est grâce à l’intelligence de ces deux femmes mais aussi parce qu’à l’époque, leur terrain d’entente était celui de le critiquer lui. A Rome, elles se sont bien éclatées donc.

La réussite de cette entente familiale, finalement, c’est un peu comme la réussite de Nostalgie (devenue la 1er radio francophone, selon le CIM d’août 2018)? Sans les autres, cela n’aurait jamais marché. "Tu connais cette phrase de John Lennon? ‘Rêver seul reste un rêve alors que rêver ensemble devient la réalité.’ Moi, ça, je l’applique dans tout". Même si ça fait citation de boîtes de chocolat, Marc Vossen est pourtant très sincère et admet quand même qu’il est peut-être un bon capitaine de navire, un chef d’orchestre qui garantit "une vision" tout en s’employant à "faire grandir" tout le monde. Un de ses dadas d’ailleurs, c’est de s’inspirer de la nature pour "recréer" un nouveau monde de l’entreprise: "Un mélange de plantes différentes (êtres humains) ou le leadership change en fonction des besoins de la boîte, tu vois?".

"Toute la vie, j'ai été entouré de cinq femmes. Cela a pas mal influencé mes valeurs."

Arrivé à la moitié de son cocktail, Vossen explique avoir choisi le lieu aussi pour l’ancien INR (Institut national radiophonique). Lui, la radio, ça l’avait toujours fait rêver, à 8 ans, il piquait l’enregistreur de son père et inlassablement le gamin passait "Si j’avais un marteau" de Cloclo avant de lancer son sujet comme un grand de la radio. Puis les choses se sont enchaînées et c’est alors qu’il étudiait le droit à Louvain qu’il voit un soir de la lumière dans les bureaux de la radio du campus. Il est entré et c’est en passant l’aspirateur dans les studios et en servant des cafés que Marc Vossen a commencé sa carrière. La radio pour lui, c’était un besoin de communiquer mais aussi la seule manière où on peut se cacher derrière un micro. Pour un timide, ça aide!

Quarante ans plus tard, il croise les jambes sous son Spritz dont l’orange commence à pâlir et ajoute que, passer de l’aspirateur à Directeur, c’est "Pas si mal au final". Non, s’il est content, il regrette un peu d’avoir toujours choisi le chemin le plus difficile: "Les choses auraient pu être plus simples, j’aurais pu aller au même endroit mais avec beaucoup plus de facilités si j’avais eu plus confiance en moi et non cette impression que je n’en fais jamais assez". Workaholic? Clairement! Et assis aujourd’hui sur une radio qui caracole, l’homme essaie de se persuader qu’avec un si beau résultat, il est temps de "descendre d’un cran", de se "calmer un peu" à titre personnel; ce qui à le voir reprendre une gorgée de son apéritif ne semble pas si évident.

    5 dates clés
  • 23 août 2018: Radio Nostalgie devient n°1 en Belgique francophone
  • 28 mai 2017: mes 60 ans, j’avais vaincu la malédiction des 59 ans que mon père et mon grand-père n’avaient pas dépassée
  • 20 mai 1993: la naissance d’Hélène, ma cadette
  • 1er octobre 1988: la naissance de Sophie, qui est décédée
  • 24 février 1986: la naissance de Caroline

 

Pendant 30 ans, il pensait qu’il mourrait à 59 ans, comme son père et son grand-père. "Mon père est mort du cancer du fumeur pourtant j’ai toujours pensé que c’était sa faillite qui l’avait tué, pour moi cancer et indépendant étaient deux mots qui allaient ensemble." Un mois après avoir fêté ses 60 ans pourtant, toujours vivant, Marc Vossen prenait alors le statut d’indépendant complémentaire pour embrasser sa seconde passion, la scène.

"Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous", cette phrase de Paul Eluard, il l’a fait sienne. Et c’est après avoir rencontré "par hasard" Pierre Sornin, coach et CEO d’Essence que Marc Vossen se lance dans le one-man-show du développement personnel, des séminaires et des conférences, à l’image de ce grand raout annuel qui entend vous donner "Les clés du succès". Sur le sujet du développement personnel, notre homme est intarissable, plus encore que par de la passion, il semble habité par son sujet. Il aimerait d’ailleurs bien écrire des livres de développement personnel ou de leadership, sans compter un roman, celui qu’il envisage depuis trente ans. Celui-là, il sera consacré à sa fille Sophie, qui décédait à 9 jours seulement. "J’ai envie de raconter tout ce qu’elle m’a permis de devenir en "n’étant pas là", une sorte d’héritage que j’ai envie de partager."

Il est 19h00, le créneau timing est oublié et Marc Vossen est content d’être interviewé sur des choses qui rejoignent ses propres réflexions. Comme ses "fondamentaux de vie" ou la petite ligne rouge qui permet de savoir si on a réussi sa vie. C’est le moment où, si l’on était avec des amis, on prendrait bien un second verre, histoire de lâcher sa pensée. Lui, il s’éclaircit la voix et reprend: "Je crois de plus en plus que si la radio était la grande passion de ma vie, c’était finalement plus un média qu’une fin en soi. J’avais besoin de m’exprimer et de transmettre des ondes positives aux gens, car leur faire du bien me fait du bien à moi". On se quitte sur la Place Sainte Croix, lui ne croit pas en Dieu mais bien en l’amour universel, "Après, on appelle cela comme on veut!" soupire-t-il. Il est 19h30 et il pleuvine… perdu dans ses réflexions, Vossen confie être finalement resté un grand gamin. D’ailleurs son fantasme à lui, c’était de sauter dans un château gonflage pour son anniversaire; alors l’année dernière, pour ses 60 ans, son équipe avait décidé d’en louer un. "Moi, c’était mon rêve!" conclut-il.

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