"Un réfugié, ça travaille pour son honneur et sa famille, ça ne se met pas dans un camp!" (John Bogaerts)

©Kristof Vadino

"Si le politique arrêtait de massacrer les PME, elles engageraient plus de monde, dont des migrants, qui pourraient ensuite envoyer leur gosse à l’université. Arrêtons donc les conneries sur l’immigration." L'apéro de L'Echo avec John Bogaerts.

Léopold Club. 19h00. L’heure du grand mercato où, sur le parking, des Porsche Cayenne – les mamans – viennent récupérer leurs lionceaux après l’entraînement tandis que les coupés sport – les papas – retrouvent leur partenaire d’affaires ou de fête pour taper la balle. Comme à peu près chaque semaine à la même heure. D’emblée, on sent qu’ici, on n’est pas très foot, pas très chope-gobelet en plastique, pas très supporter en écharpe qui gueule dans les stades. Non, ici, c’est tennis et hockey. Ou plutôt, tennis des papas et hockey pour les jeunes. Curieusement, veille de premier mai, tout le monde est là et, sur les terrasses, on ne compte plus les tables où tout de blanc vêtus, les membres commentent leur propre match ou entraînement, se réjouissant d’entretenir leur petite ou grande cinquantaine et, in fine, de célébrer tout bronzés leur bonne santé. À l’intérieur, par contre, traînent un père ou deux, ceux qui ne semblent pas franchement taillés ni pour courir derrière une balle, ni pour se prendre un stick dans l’œil ou dans le genou, du coup, nez dans leur gazette, ils patientent en attendant le retour du gamin.

Qui êtes-vous?
  • John-Alexander Bogaerts: Président et fondateur du Cercle B19 - Co-fondateur de l’Ecole 19 et de Momentum - Directeur de Pan et Zoute People Group
  • 1975: la naissance de mon frère David-Ian puis celle de Charles en 1982, aujourd’hui encore, on se téléphone tous les jours
  • 2006: mon mariage avec Jeanne, la personne qui m’a le plus équilibré. Avec elle, je suis passé du stade "ado couillon" à ado "normal"
  • 2007: je perds mon père et je passe au stade adulte
  • 2008: la naissance de ma fille Daphné et ensuite Georgia (2011), je deviens enfin un adulte responsable
  • 2019: le décès de ma grand-mère, je lui dois tout

Arrive au loin John Bogaerts, sapé comme un prince au milieu des shorts, il passe 10 minutes à saluer toute la terrasse, vibrionnant d’une table à l’autre, sourire, petit mot, petite blague, il présente un petit côté "shérif du Fort Jaco" surnom des copains, un peu G.O. du "Léo", voire Ambassadeur du Sud de Bruxelles au Zoute; en un mot, agréable et sans chichi, d’ailleurs, même à Liège on le dit "franchement sympa… pour un Bruxellois".

Le costume, ce n’est pas pour la photo mais parce qu’il sort de la première AG du CIM, nous explique-t-il, pas peu fier, après avoir commandé une bière et une assiette de charcuterie. "Pas mal avec mon petit ‘Zoute People’ de me retrouver au milieu des grands." Entendez son people magazine qui marche aussi bien que son canard satirique Pan qui, depuis qu’il l’a repris lui-même, ajoute-t-il, se porte beaucoup mieux que quand il était géré par des professionnels des médias. Voilà.

D’accord, "Pan, c’est une danseuse" mais qui tourne pas mal depuis qu’elle s’est réorientée "PME et Parking" ses deux grands dadas. D’ailleurs, si l’on rajoute le thème de l’accueil des migrants pour lequel notre homme milite, on aurait presque l’entièreté de son discours au dîner de gala de mars dernier. En un mot, "si le politique arrêtait de massacrer les PME, elles engageraient plus de monde, dont des migrants, qui pourraient ensuite envoyer leur gosse à l’université. Arrêtons donc les conneries sur l’immigration, un réfugié, ça travaille pour son honneur et sa famille, ça ne se met pas dans un camp", lâche-t-il alors, en remballant les tranches de saucisson, un peu trop fluo à côté du San Daniele.

Que buvez-vous?
  • À l’apéro: Bière, champagne ou vodka
  • Fréquence: peu souvent mais beaucoup quand cela arrive, l’alcool n’est pas un plaisir mais une fête
  • À table: Bordeaux, de préférence un Château Gruaud Larose
  • Où: chez moi dans ma Pool House, sinon à l’Archiduc
  • À qui offrir un verre: à l’un des Beatles ou à Keith Richards

Passe alors le président du Club que notre homme interpelle: "Hey Philippe, viens dire bonjour" avant de refaire le même coup à Patrick, le gérant, qui traînait par là. L’occasion d’apprendre qu’avec les tournois et les prochains matchs, tout le monde est tendu "comme un string" et que finalement "que ce soit dans le sport ou dans les affaires, que tu sois petit ou grand, c’est toujours la même chose, le décor change mais l’orgueil des gens reste effarant!"

Mais revenons-en à nos parkings et aux PME; le problème, ce n’est pas le piétonnier, mais la suppression des parkings, 360 à la Toison d’Or par exemple: "C’est ça qui tue le commerce, ce n’est pas pour rien que Lippens est toujours à Knokke après 40 ans: avec lui, parking partout, et les commerçants n’ont jamais gagné autant d’argent."

Arrive alors le photographe, un peu étonné de se voir accueilli par un: "Salut, moi c’est John, tu veux une chope?" qui tranche un peu avec le quartier et le standing des voitures garées sur le parking du Léo, justement. Mais enchaînons sur les PME à présent. Bilan des libéraux, nul. On résume, non seulement ils ne défendent plus les classes moyennes mais, en plus, John nous défie de trouver une seule mesure en leur faveur sur cette législature. "Alors? Pas facile hein, lâche-t-il en recommandant une bière. Bon, le niveau des mecs n’est pas terrible, mais c’est un métier de merde aussi, soyons clair. Je n’ai pas la solution, mais ce que je constate, c’est que c’est quand même l’un des seuls métiers où il n’y a pas d’accès à la profession!"

Les fils de…? Rien à faire là, les privilèges et les années 80, c’est fi-ni!

Pas qu’il faudrait un diplôme, mais si déjà ils étaient bilingues et qu’ils savaient lire un bilan, selon lui, cela éviterait bien des drames quand il faut "en envoyer un au Fédéral". D’ailleurs, si le test était bien fait, John l’admet le premier, lui serait recalé mais "comme les 3/4 des élus, ce qui serait une très excellente chose". Et puis? Et puis on vire les fils qui ne font que suivre leur père: "Rien à faire là, les privilèges et les années 80, c’est fi-ni!" Sur les candidats dits d’ouverture, pourquoi pas. Cependant, ajoute-t-il, on attend toujours le candidat, patron d’une petite entreprise de quatre employés et qui croule sous les amendes TVA parce que ses clients ne le paient pas.

"Les grands patrons, c’est autre chose. Côté flamand, pas de problème, côté francophone, on attend toujours. Et moi, j’en ai marre des profs de tennis qui viennent me donner des cours de pétanque." De là à dire que c’était mieux avec les caciques de jadis, ceux qu’on appelle "hommes d’État" aujourd’hui, Bogaerts n’en est pas sûr non plus. "C’est plus facile de se lâcher quand on est vieux. Faut voir ce qu’ils auraient dit à 40 ans, les mecs." En revanche, ce qui reste de tout temps vrai, c’est le manque d’initiative du politique. "L’école de codage par exemple, un ou deux ministres m’ont dit avoir trouvé l’initiative de Xavier Niel à Paris extraordinaire. Super! Et pourquoi, finalement, c’est Ian Gallienne et moi qui l’avons créée à Bruxelles? Si nous, on a trouvé les 2,4 millions d’euros sur fonds privés, ne va pas me dire que ces mecs qui sont tellement brillants n’auraient pas pu faire dix fois plus?"

Justement, comment financer un État qui – entre l’enseignement, les soins de santé et les pensions – est "quand même très chouette"? Là aussi, John a la solution. Dans la justice pardi, entonne-t-il de plus en plus en forme. "En investissant dans la lutte contre la fraude fiscale, au moins 35 milliards traînent dans la nature" parce que "ras-le-bol" que les impôts épongent "les carrousels TVA des cons" alors qu’on laisse des gens crever de faim dans la rue, clôture-t-il en achevant le San Daniele.

Je n’aime pas l’idée de travailler plus pour avoir plus, je crois plutôt qu’il faut consommer moins.

Les gilets jaunes par contre, on sent que cela lui dresse les poils tout raide sur l’épiderme. "Le problème, c’est que le référent de vie auquel ils s’accrochent n’est jamais qu’un accident de l’histoire, les golden sixties et seventies, c’est fini. D’ailleurs, je n’aime pas l’idée de travailler plus pour avoir plus, je crois plutôt qu’il faut consommer moins. Moins d’iPhones, de all-in en Thaïlande et d’écrans plasma. Mais quand on voit que le modèle que la société prône aujourd’hui, c’est les Kardashian, c’est compliqué de dire aux gens que les vacances, c’est camping à la mer."

20h30, l’apéro touche à sa fin. Son téléphone clignote, le bar s’est rempli de tas de tenues blanches, plus de shorts que de jupettes et, entre les deux, une kyrielle de membres qui s’arrêtent pour lui faire "un bisou" pendant l’interview. L’occasion de se quitter sur un peu plus de légèreté, comme les pronostics pour Roland-Garros, tournoi qui le passionne moins que Wimbledon ou Melbourne car "trop guindé Lacoste bleu marine" mais moins "plouc" que l’US Open "trop training et pop-corn". "J’aspire à la surprise et clairement, je veux Tsitsipás. On en a marre du trio Federer, Nadal et Djokovic, même si ce sont des bêtes, ce temps-là aussi c’est fi-ni", lâche-t-il avec passion avant de s’adresser en riant au photographe: "C’est bon, tu l’as fini ton album Panini?"

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