Le problème du cryptage des communications au coeur de la lutte antiterroriste

Moulay Hassan Daki (Maroc), Frédéric Van Leeuw (Belgique), François Molins (France) et Javier Zaragoza (Espagne). ©REUTERS

Les procureurs de la Belgique, de la France de l'Espagne et du Maroc ont interpellé ce vendredi les États et les entreprises sur la nécessité pour les enquêteurs d'avoir accès au contenu des téléphones ou des messageries protégées.

Les procureurs de quatre pays se réunissaient ce vendredi à Paris afin d'améliorer la lutte antiterroriste. À l'ordre du jour, le problème des messageries cryptées telles que Telegram, grâce auxquelles les terroristes ou potentiels djihadistes peuvent communiquer.

"On se trouve face à des téléphones à l'intérieur desquels on ne peut pas rentrer" et "il y a aujourd'hui des applications auxquelles on n'envoie même plus de réquisitions (judiciaires) parce qu'on sait par avance qu'on ne nous répondra pas. C'est un facteur de paralysie de certaines investigations", a expliqué François Molins, procureur de Paris au cours d'un point presse. Selon lui, l'accès à ces données "peut permettre d'éviter des passages à l'acte".

Au moins une quinzaine de personnes, souvent jeunes, voire mineures, ont été écrouées depuis cet été en France, soupçonnées de vouloir commettre une action violente inspirée par les appels au meurtre sur la messagerie privée Telegram d'un jihadiste français, Rachid Kassim, basé en zone irako-syrienne.

L'application de messagerie Telegram est au coeur des débats. ©ANP XTRA

Le procureur du Roi, Frédéric Van Leeuw a souligné le fait que "de plus en plus de personnes vulnérables sont touchées par une propagande de style totalitaire".

Dans une déclaration commune, les quatre procureurs alertent "les plus hautes autorités nationales et internationales" ainsi que "les sociétés concernées, notamment les opérateurs et les fournisseurs de logiciels informatiques" sur "le problème du chiffrement des communications et du verrouillage des dernières générations de téléphones, tablettes et ordinateurs".

La réponse "ne peut pas être nationale", mais "doit être globale" car "souvent les sociétés qui gèrent tout ça ne sont pas forcément sur le territoire du pays concerné", a rappelé François Molins.

"Aller plus loin"

Le procureur de Paris constate toutefois quelques avancées en la matière, "notamment la possibilité avec certains opérateurs américains, en cas de menace grave d'attentats, d'avoir des informations (...) Pour autant qu'on ait la volonté de le faire, on peut aller plus loin".

Face à ce problème, les opérateurs font valoir le souci de protéger la vie privée de leurs utilisateurs.

Fin août, les gouvernements français et allemand avaient demandé à la Commission européenne d'encadrer juridiquement les réseaux de télécommunication cryptés, y compris les messageries non européennes.

Lors du point presse, François Molins a aussi rappelé que "l'affaiblissement militaire" de l'Etat islamique en Syrie et en Irak "ne peut que réactiver le risque de voir suscitées des attaques terroristes en France", rappelant que de potentiels terroristes pourraient être "naturellement tentés d'activer un certain nombre de relais qu'ils ont en Europe pour commettre des actions terroristes chez nous", a-t-il affirmé.

©REUTERS

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