D'une Chute d'Ange dans une torpeur d'été

©Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

À la lisière du fantastique, l’installation, presque cabinet de curiosités, "D’une Chute d’Ange" de l’artiste-plasticien Johnny Lebigot, est faite de plumes, d’os, d’herbes, de coque de maripa, etc. Fascinante rêverie, il faut la vivre.

"D’une Chute d’Ange", cet Eden exposé dans sa version terrestre est celui de Johnny Lebigot; des trésors "pauvres", presque nus, caressés fébrilement par la lumière chimérique de Matthieu Ferry. À la Mirande, de la cave voutée au jardin, la beauté nous arrive, elle est ce qui naît de la puissance des origines. Elle est ce qui naît des fils qui se tissent entre le règne animal et le règne végétal: herbes folles, nids, champignons, orchidée, arête de sole, baie, plumes, coquillage, bois flotté…

C’est la grâce inaugurale du monde, à portée de main, sur table, suspendue ou murale, sur le point de "renaître" sous la forme de vies réunies souvent masquées à notre regard. C’est le royaume de la "Nef d’Ulysse", de la "Nef des fous", des "Empierrements", des "Échevellements" du "Bestiaire d’Aladin"… Avec parmi les pièces centrales, la plus frappante et la plus démesurée, la "Chute d’Ange", véritable explosion libératrice de la force vitale de la matière "mêlée": ailes de canards, noix, oignon, Plexiglas, fils de nylon, etc.

Aux limites d’un fantastique parfois inquiétant, Johnny Lebigot est porté par un amour inconsidéré des matières, de leurs "transmutations" et métamorphoses. Il convoque radicalement la vie tout entière, par prélèvements, dans une béatitude mélancolique. Porteuse d’une charge émotionnelle rare, "D’une Chute d’Ange" est délivrée du devoir de signifier. Car le bonheur inhérent au sensible ne s’énonce pas. Il suppose seulement le tête-à-tête.

Dans "D’une Chute d’Ange", le visiteur est pris dans une expérience de visions et de mémoire, raffinée, proche d’un état flottant et d’une presque rêverie d’un promeneur solitaire. Dans le patio, son regard s’attarde sur "Saint-Michel-Jonas", "La Baleine" et "Le Dragon". Les images, à la fois mystiques et païennes, lui parviennent dans l’entrebâillement. Elles ne cessent de se reformuler, rendant ainsi possible à l’être humain un autre accès au monde, non séparé et créateur. Assurément "D’une Chute d’Ange" est proche de la lumière et est plus légère qu’une plume, dans la torpeur de l’été. Rares sont les artistes qui parviennent à un tel équilibre de beauté et d’apaisement. Johnny Lebigot est de ceux-là.

"D’une Chute d’Ange" de Johnny Lebigot jusqu’au 24/07 à la Mirande à Avignon.

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