chronique

Le Théâtre des Doms fait tomber les murs et bouger les lignes

Véritable pôle Sud de la Belgique francophone, les Doms présentent 14 spectacles dans le cadre du 51e Festival Off d’Avignon.

Dans le sillage de Philippe Grombeer et d’Isabelle Jans, le nouveau directeur du Théâtre des Doms, Alain Cofino Gomez, impose une autorité naturelle et un souci de la précision cherchant toujours le mot juste – ne l’oublions pas, c’est un homme de lettres, il est auteur – mais avec un supplément de calme et de rêverie. Sa propension à l’imagination, nous avons voulu la partager de manière ludique au travers d’un anti-portrait chinois littéraire (voir encadré).

Sa dernière réponse, plutôt malicieuse et confiante, partage avec la programmation multi-cartes du Théâtre Les Doms édition juillet 2016 "14 spectacles sans frontières", la vocation programmatique du contenu: l’affirmation, d’entrée de jeu, de la réinvention permanente et que les séparations n’existent pas. D’inlassables traversées au long cours de la création belge francophone tissent, en effet, la programmation du Théâtre des Doms, non sur le mode patrimonial mais au nom de l’urgence intacte de nouvelles inventions et remises en question.

C’est sa vitalité joueuse. Faire vivre le lien entre ce qui se crée de plus neuf, de plus lucide et interrogatif sur nos sociétés contemporaines et la profondeur du territoire artistique que les spectacles présentés ne cessent de (re)formuler. Ici, les artistes sont les grands aventuriers des images et des mots, des rêves et des idées.

©Jerome Van Belle

Le plateau est pris dans une noria de visions documentées et imaginaires où la migration ("Going Home" de Vincent Hennebicq), la question de la Palestine ("Décris-Ravage" d’Adeline Rosenstein); les lisibilités biographiques ("Happy Hour" de Mauro Paccagnella et Alessandro Bernardeschi; "J’habitais une petite maison sans grâce, j’aimais le boudin" du Collectif Travaux Publics; "So20" de As Palavas – Cie Claudio Bernardo); la société de consommation ("Ils tentèrent de fuir" de Soufian El Boubsi et Joachim Olender); la vie ("Hom (m)" de Loïc Faure; "Les Vies en soi" du Corridor – Patrick Corillon; "Nasha Moskava" de Marie Bos, Estelle Franco et Francesco Italiano) et l’enfance ("Mange tes ronces!" de Manah Depauw/Cie Brigand Rouge/Boite à Clous Production); "Jazz for kids" de Manuel Hermia) produisent du paysage et du réel. Notre sourire naît de cet état de flirt, délicat et intelligent.

Ici, les artistes sont les grands aventuriers des images et des mots, des rêves et des idées.

Immédiatement, on songe aux carnets de la création de l’auteur de BD et cinéaste belge William Henne en résidence au Théâtre des Doms. Il s’inscrit dans un travail plus vaste qu’on ne le pense, en interrogeant les possibilités de voir et de donner à voir. Ses dessins rendent perceptibles non seulement la véritable puissance du faire artistique, mais aussi l’organisation sensible d’une assemblée de regardeurs qui rendent possibles d’autres accès à la mappemonde.

Le Théâtre des Doms tire aussi sa force tranquille de la mise en espace de la question artistique et culturelle, faisant cohabiter une multitude d’échelles et de réflexions dialoguées au travers de "Les invités du jardin" et "Aux quatre coins du jardin". Il est évident que nous en avons besoin pour construire d’autres contrastes, d’autres relations au réel et aux autres.

Alain Cofino Gomez, anti-portrait chinois

Alain Cofino Gomez, si vous étiez:

- un défaut littéraire? La concision.

- un accident littéraire? Les points de suspension.

- une perversion littéraire? L’anti-ponctuation.

- un supplice littéraire? Une phrase en deux tomes.

- un cauchemar littéraire? La perte du goût.

- une injure littéraire? Le pléonasme.

- un vice littéraire? La répétition.

- une trahison littéraire? Écrire un contenu publicitaire.

- un projet littéraire? Le mot qui changerait le monde.

De ce point de vue-là, le Théâtre des Doms accomplit parfaitement ce que nous appelons tous de nos vœux: que les murs tombent et que bougent les lignes!

Le Théâtre des Doms du 7 au 27 juillet 2016 en Avignon, www.lesdoms.eu. William Henne Art visuel en résidence au Théâtre des Doms du 1er au 10 juillet. Vernissage de la fresque le 9 juillet.

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