"20.000 emplois seront encore supprimés en 10 ans dans les banques"

©Tim Dirven

Le patron de Deutsche Bank Belgique, Alain Moreau, s’attend à de nouvelles pertes d’emplois dans son secteur. Il tente par ailleurs une nouvelle fois de rassurer aussi sur l’état de santé de sa maison mère. Quant au DRH du groupe ING, il entend bousculer les habitudes "pépères" de ses salariés.

La vie n’est pas un long fleuve tranquille pour la branche belge de la Deutsche Bank . Depuis que la Justice américaine a proposé un arrangement à l’amiable de 14 milliards d’euros pour la vente de crédits pourris, la santé financière du géant bancaire inquiète. Pas un jour ne passe sans nouvel article évoquant une augmentation de capital, des assainissements supplémentaires ou la vente d’activités rentables.

Ces craintes ont naturellement gagné les plus de 300.000 clients de Deutsche Bank Belgique. Au point d’amener Alain Moreau à prendre la plume au début du mois pour rassurer ses clients.

Dans une lettre personnelle, il a souligné que Deutsche Bank était suffisamment capitalisée et que leur épargne bénéficiait du double système de garantie de l’État allemand. "Le fait d’avoir envoyé cette lettre ne signifie pas que nos clients étaient en proie à la panique", sourit Alain Moreau. "Mais il est vrai que nous avons reçu davantage de coups de téléphone durant la dernière semaine de septembre et début octobre. Certains clients se sont également rendus en agence pour demander des explications sur la situation de la Deutsche Bank."

"Il faut s’attendre à de nouvelles restructurations."
alain moreau
patron de deutsche bank belgique

Très peu de retraits ont été effectués, souligne-t-il. "Quelques dizaines de clients ont clôturé leur compte", précise-t-il. Les scénarios catastrophes continuent pourtant de pleuvoir sur la Deutsche Bank, mais pour Moreau, "la Deutsche Bank est une institution financièrement saine et suffisamment capitalisée."

Cela n’empêche pas que la rentabilité de la banque sous pression. "C’est vrai qu’une amende de plusieurs milliards plane au-dessus de nos têtes. Mais c’est l’ensemble du secteur qui est confronté à un problème de rentabilité. Non seulement les taux bas érodent nos rendements, mais le durcissement de la réglementation affecte également nos marges, et la situation est appelée à s’aggraver avec les nouvelles directives qui seront mises en œuvre au fil des années à venir."

Trop d'agences

Quant au fil rouge de la vague d'assainissement qui submerge actuellement le secteur, la numérisation, le patron de Deutsche Bank Belgium estime que "cette tendance est appelée à s’amplifier. Hélas, je crains que les banques belges aient réagi trop tard. Pendant des années, nos banques ont réalisé de belles marges sur les comptes d’épargne. Elles n’ont pas senti la nécessité d’entrer dans la modernité et d’investir dans d’autres canaux de vente".

Un mouvement de rattrapage s’est aujourd’hui engagé, estime-t-il, et il va encore durer quelque temps. "Par exemple, la Belgique compte encore 600 agences bancaires par million d’habitants, alors que la moyenne européenne fluctue autour de 400 et continue à baisser. Il faut donc s’attendre à de nouvelles restructurations. Au cours des dix dernières années, 20.000 emplois ont été détruits dans le secteur bancaire belge. Il ne m’étonnerait pas que 20.000 autres postes de travail passent à la trappe au cours des dix prochaines années."

Selon lui, seuls deux types de banques vont survivre à terme :

-> les grands acteurs qui disposent d’une échelle suffisante et peuvent investir dans l’efficacité pour proposer les produits les moins chers possible,
-> les banques qui veulent offrir une valeur ajoutée à leurs clients en fournissant de meilleurs conseils et en proposant une gamme de produits plus large.

"Nous nous rangeons dans cette dernière catégorie. Toutes les petites institutions qui ne peuvent pas s’adapter à cette réalité risquent d’être absorbées par d’autres."

 

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