"Un manager de crise après Vandenberghe compliquerait encore les négociations chez ING"

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Le CEO d'ING Belgique, Rik Vandenberghe, quitte la banque en pleine restructuration. Il va en effet prendre la direction générale de Besix Group. Son successeur à la tête de la banque belge sera annoncé prochainement. Les syndicats craignent l'arrivée d'un manager de crise, dans un climat tendu de négociations sociales.

L'homme est actuellement sous le feu de l'actualité après l'annonce à l'automne d'une vaste restructuration au sein de la banque qu'il dirige. Aujourd'hui, Rik Vandenberghe remet sa démission au conseil d'administration d'ING Belgique. Il était entré en 1984 à la Banque Bruxelles Lambert (BBL). "Je sais que je laisse ING dans les mains de personnes très compétentes", avance-t-il.

Son départ sera effectif le 28 février. Quant à son successeur, il sera annoncé prochainement, indique ING.

"Entre temps, Rik Vandenberghe continuera de mener tous les projets en cours", indique la porte-parole de l'enseigne. Quant aux négociations sociales, elles sont déjà principalement dirigées par le département des ressources humaines. Le changement de pouvoir ne devrait donc pas influencer ce processus. "ING Belgique, ce n'est pas qu'un CEO. Même s'il est vrai que les négociations sont un point important actuellement, Rik Vandenberghe ne quitte pas la banque pour cela. C'est un choix personnel, une belle opportunité. Ce départ n'est pas synonyme d'une divergence de vue stratégique." 

"Ce départ n'est pas synonyme d'une divergence de vue stratégique."
Porte-parole d'ING Belgique

Rik Vandenberghe, qui assure également pour l'heure la présidence de Febelfin, quitte le monde bancaire pour le monde industriel. Il devient en effet CEO de Besix Group.  Il succède ainsi à Johan Beerlandt qui annonçait en avril dernier se retirer après 42 années chez Besix, dont 12 comme CEO.

"Après 32 ans dans la même banque, je n’avais pas la volonté de la quitter à tout prix", explique Rik Vandenberghe, "mais j’ai été attiré par cette belle entreprise, dynamique et en croissance, qui a tant de nouveaux projets et de défis devant elle."

Johan Beerlandt, Besix ©Lieven Van Assche

Besix explique pour sa part son choix par les liens déjà noués avec Rik Vandenberghe. "Le groupe Besix ne lui est pas inconnu puisqu’en 2004, Rik Vandenberghe a été le conseiller financier du groupe lors de son opération de MBO", lit-on dans un communiqué. "Par ailleurs, à la tête du département Real Estate Finance d’ING Belgium, Rik Vandenberghe a suivi de près les développements du groupe, notamment à travers le financement de projets immobiliers".

La transition chez Besix est prévue fin du trimestre. Johan Beerlandt devient, lui, président du conseil d’administration.

"Cela ne rassure pas les salariés"

Rik Vandenberghe avait repris la direction d'ING Belgique des mains de Ralph Hamers en mai 2013. Ce dernier était alors appelé à diriger le groupe amstellodamois.

Auparavant au sein d'ING, Vandenberghe avait été en charge des activités luxembourgeoises. Sa carrière au sein de la banque l'avait également mené aux départements banque de détail, banque commerciale, mais aussi à l'immobilier.

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A l'automne 2016, le groupe ING annonçait la suppression de quelque 7.000 emplois principalement en Belgique et aux Pays-Bas. Pour la Belgique, les syndicats tentent actuellement -difficilement- de réduire la facture des 1.700 emplois supprimés. Des pertes d'emplois combinées à la fermeture du réseau d'agences Record Bank et la réduction du réseau ING.

Rik Vandenberghe a été mainte fois critiqué dans ce dossier pour son manque ou sa mauvaise communication. Sans nul doute que son départ, en ce moment de négociations tendues, fera encore l'objet de nouvelles critiques.

Dans le rang syndical, on parle d'une onde de choc. Les syndicats ont été avertis du départ de Rik Vandenberghe peu avant l'envoi du communiqué. "C'est une action très particulière", indique Maarten Dedeyne de la CGSLB.

Pour Jean-Michel Cappoen, SETCa, ce départ "surprise" n'est "pas de nature à rassurer les salariés d'ING". Reste à savoir, dit-il, qui sera le prochain CEO. "Nous risquons d'être confrontés à un manager de crise que nous ne connaissons pas, ce qui compliquerait encore plus les négociations". Le syndicaliste socialiste reconnaît toutefois que Vandenberghe ne dispose pas du mandat pour négocier. "Les décisions viennent directement de la direction générale du groupe".

Président de Febelfin

En octobre 2014, il prenait pour une période de 3 ans la présidence de la fédération bancaire belge, Febelfin, alors assurée par Filip Dierckx, n°2 de BNP Paribas Fortis.

Selon l'alternance traditionnelle entre les quatre grandes banques belges, le prochain président sera probablement Johan Thijs, CEO de KBC. "Rien n'est encore décidé et même s'il y a une tournante habituelle, les statuts prévoient qu'un candidat doit être proposé par les grandes banques. Tout est donc ouvert". Filip Dierckx avait déjà dû être désigné anticipativement après le départ de Stefaan Decraene de Dexia Banque vers BNP Paribas à Paris.

La valse des patrons

Sale temps pour le secteur financier. On a vu les institutions financières annoncer les unes après les autres des restructurions, mais on note aussi une défection dans le chef de leurs dirigeants.

Le départ de Luc Versele de la tête du Crelan a ainsi fait suite à l'annonce de la réduction de 160 équivalents temps plein d'ici 2020. "Le monde de la banque change à grande vitesse", avait déclaré l'homme âgé de 62 ans. "Il est temps de passer le témoin". Luc Versele reste toutefois président du conseil d'administration de Crelan.

Chez Axa Belgique, les choses se sont passées différemment. À l'été, Frank Koster annonce son départ du pôle belge de l'assureur français. À l'époque, ce départ s'inscrit dans la foulée d'autres désertions au sein du groupe. On pointe alors du doigt le changement de gouvernance marqué par le départ d'Henri de Castries et l'arrivée de Thomas Buberl.

Jef Van In, patron d'Axa banque, est alors promu à la tête d'Axa Belgique. Deux mois plus tard, il annonce la suppression de 650 postes.

Aujourd'hui, Rik Vandenberghe s'ajoute donc à la liste de ces banquiers faisant un pas de côté alors que leur entreprise s'apprête à annoncer une restructuration ou gère une restructuration.    

 

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