Les banques priées de prolonger la suspension de leurs dividendes

La BCE a annoncé qu'elle réexaminera, au quatrième trimestre, sa position sur les versements de dividendes des banques. ©Photo News

La BCE a prolongé, jusqu'en janvier, l'interdiction faite aux banques de distribuer leurs dividendes. Le compartiment des banques n'a pas réagi en bourse.

La Banque centrale européenne (BCE) a demandé aux banques de ne pas verser de dividendes ni de racheter d'actions propres au moins jusqu'en janvier, soit trois mois de plus que initialement indiqué. Elle leur demande également d'être "extrêmement modérées à l'égard à la rémunération variable", selon un communiqué publié ce mardi.

Les valeurs bancaires ont peu réagi à cette annonce. Le Stoxx 600 Banks est resté stable après avoir baissé de 0,6% dans la matinée.

"Nous savons que les investisseurs n’ont pas été particulièrement satisfaits avec notre décision, mais nous pensons que c'est une action nécessaire à ce stade d'incertitude accrue."
Andrea Enria
Responsable de la surveillance bancaire à la BCE

BCE et BoE sur la même longueur d'onde

La BCE a annoncé qu'elle réexaminera sa position au quatrième trimestre. Par ailleurs, la Banque d'Angleterre (BoE) a déclaré qu'elle procéderait, également à la fin de l’année, à un examen de tout projet des banques à verser des dividendes ou à reprendre les rachats. À la demande pressante de la BoE, HSBC Holdings, Barclays et Lloyds Banking Group, entre-autres, ont déjà dû suspendre les paiements de dividendes plus tôt cette année.

Les deux banques centrales avaient demandé, en mars, aux banques de conserver du capital alors que les mesures de confinement pour lutter contre la pandémie provoquaient un arrêt de l'économie et touchaient de plein fouet certaines entreprises et leurs investisseurs. La BCE a indiqué qu'il s'agissait d'un allègement réglementaire sans précédent accordé face à la crise.

Depuis, plusieurs banques, dont BNP Paribas, ont fait pression pour reprendre les paiements de dividendes alors qu'elles cherchent à compenser la chute des cours des leurs actions, a rapporté Bloomberg.

30 milliards
d'euros
La suspension des dividendes a permis de conserver environ 30 milliards d'euros de capital dans le système bancaire de la zone euro, d'après la BCE.

Des bénéfices renforcés...

Le trading, l'allègement réglementaire et les prêts gouvernementaux importants ont renforcé les bénéfices de plusieurs banques. La société suisse UBS Group a indiqué, la semaine dernière, qu’elle redistribuera plus de capital aux actionnaires vers la fin de l'année.

"Nous savons que les investisseurs n’ont pas été particulièrement satisfaits avec notre décision, mais nous pensons que c'est une action nécessaire à ce stade d'incertitude accrue", a déclaré Andrea Enria, le responsable de la surveillance bancaire de la BCE. "Il est important de demander aux banques de concentrer leurs ressources en capital sur les prêts et l'absorption des pertes."

... et du capital conservé

La BCE a calculé que sa demande de suspendre les dividendes a permis de conserver environ 30 milliards d'euros de capital dans le système bancaire de la zone euro. Elle a exhorté les banques à se conformer sur base volontaire, bien que son superviseur bancaire ait déclaré que la BCE pouvait prendre des "mesures juridiquement contraignantes" si les banques ne se pliaient pas à la demande.

Moody's a estimé que les retombées de l'épidémie de coronavirus entraîneront une forte augmentation des pertes sur prêts dans les banques européennes.

La BCE a réitéré un appel aux banques de puiser dans leur coussins de fonds propres pour maintenir le flux de crédit. Elle a déclaré qu'elle n'obligerait pas les banques à commencer à reconstituer les tampons avant que l'épuisement du capital atteigne son apogée, en tout cas pas avant fin 2022.

Forte hausse des pertes sur prêts à venir

En attendant, l'agence de notation Moody's a estimé que les retombées de l'épidémie de coronavirus entraîneront une forte augmentation des pertes sur prêts dans les banques européennes. Les prêts aux PME et les prêts à la consommation non garantis sont les plus à risque.

"L'impact sur les banques individuelles dépendra de leurs normes de souscription de prêts, dans quelle mesure elles ont évalué leurs prêts en fonction du risque, leur rentabilité et le montant du capital qu'elles conservent pour compenser les pertes potentielles", note-elle.

Lire également

Publicité
Publicité