UniCredit fait les yeux doux à Société Générale

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Jean-Pierre Mustier, CEO d'UniCredit, connaît bien Frédéric Oudéa, CEO de Société Générale. Des années durant, il a travaillé au sein de la banque française. Alors, pourquoi ne pas tourner cela en avantage pour les deux enseignes et former un géant européen d'une capitalisation de plus de 60 milliards? L'idée semble faire son chemin.

Sommes-nous à l'aube du retour des méga opérations de fusion dans le secteur bancaire européen? Sommes-nous face à un élan de résistance des banques européennes pour contrer la conquête asiatique et américaine dans le secteur? Selon le Financial Times, la direction du groupe italien UniCredit envisagerait une fusion avec le Français Société Générale , de quoi créer un géant bancaire européen avec une capitalisation boursière de plus de 60 milliards d'euros.

UniCredit, c'est en effet la première banque de la péninsule avec un total bilantaire approchant le billion d'euros, 8.500 agences et 147.000 salariés. Société Générale est la troisième enseigne bancaire française dernière BNP et Crédit Agricole. Elle emploie 145.000 personnes dans 66 pays. À son bilan, elle affiche 1,27 billions.

Jean-Pierre Mustier, CEO D'UniCredit. ©AFP

Il faut dire que Jean-Pierre Mustier, qui dirige UniCredit depuis 2016, est un Français qui a travaillé chez Société Générale.  Il occupait notamment le rôle de responsable de la banque d'affaires. Il en est parti en 2009 à la suite de l'affaire Jérôme Kerviel, alors qu'il était largement considéré comme un prétendant à la tête de la française.

Quant à l'idée d'un rapprochement, elle lui trotte dans la tête depuis plusieurs mois, même s'il affirme qu'à ce stade aucune approche formelle n'a encore été faite. De leur côté, les directeurs de Société Générale étudieraient aussi l'éventualité d'un rapprochement. Contacté, le porte-parole a toutefois démenti "toute discussion au conseil d'administration concernant une éventuelle fusion avec UniCredit".

Quoi qu'il en soit, les éventuelles discussions de fusion pourraient être rapidement mises au frigo dans une Italie en pleine tourmente politique. Le FT parle déjà d'un report de 18 mois par rapport au calendrier initial.

Quelles motivations se cachent derrière ce projet?

→ Société Générale a déjà, lors de ces 15 dernières années, évoqué l'éventualité d'une combinaison de certaines entités avec l'Italien.

→ Dans le chef d'UniCredit, Jean-Pierre Mustier a oeuvré depuis son arrivée à réorganiser le groupe: augmentation de capital (13 milliards d'euros), cession de créances douteuses (18 milliards d'euros), suppressions d'emplois (14.000). Il faut dire qu'UniCredit figurait en 2016 parmi les banques les moins performantes lors de tests de résistance menés par l'Autorité bancaire européenne (EBA). Aujourd'hui, les résultats financiers sont là et la banque a retrouvé une certaine solidité.

→ Au niveau opérationnel, fusionner avec la banque française, permettrait à UniCredit de s'ouvrir une porte vers l'Europe de l'Est. Ce serait aussi une opportunité de se renforcer dans la banque d'investissement.

Frédéric Oudea, CEO de Société Générale ©EPA

→ L'avantage d'un tel rapprochement pour Société Générale? Se renforcer considérablement en Italie, mais aussi en Allemagne dans le segment retail mais aussi banque d'affaires.  

Que pensent les observateurs d'un éventuel deal?

Ils sont nombreux à affirmer que l'Europe compte trop d'établissements bancaires. Une situation à laquelle un rapprochement entre UniCredit et Société Générale pourrait remédier.

"Ce type d'annonces n'est pas nouveau: les deux groupes discutent depuis le début 2010", insistent dans une note les analystes de Jefferies. Ils citent aussi les liens entre Mustier et SocGen 

"Avec un actif combiné qui serait de plus de 2.000 milliards d'euros et un revenu net de 50 milliards, un tel accord permettrait de créer une nouvelle HSBC Holdings", expliquent les analystes de Jefferies. Pour les actionnaires, ce deal pourrait se traduire en une économie annuelle de 1,6 milliard d'euros. L'opération a donc du sens.

Le hic?

→ Le calendrier qui intervient en pleine crise politique
→ L'ensemble des arguments favorables à ce rapprochement se heurte à l'idéologie poursuivie au lendemain de la crise financière de 2008 et le désormais célèbre: "Too big to fall".

De plus, la réglementation, développée depuis, exige que plus la banque devient grande, plus elle doit disposer de fonds propres supplémentaires mettant à l'abri le citoyen en cas de culbute de l'institution. Objectif: éviter les sauvetages via des deniers publics.

Tant SocGen qu'UniCredit sont déjà qualifiées de banques systémiques. À ce titre, elles sont déjà obligées de constituer un matelas de fonds propres supérieur (1% de fonds propres en plus). Compte tenu de sa taille (et vu que c'est l'exemple pris), HSBC doit toutefois constituer, lui, un matelas supplémentaire de 2%. De quoi envisager pour l'éventuel groupe fusionné italo-français des coûts supplémentaires.    

"Jusqu'à l'introduction d'un système de garantie unique au niveau européen sur les dépôts, les fusions au-delà des frontières restent des options très difficiles à réaliser", concluent les analystes Equita Sim, sceptiques sur sur une fusion entre Société Générale et UniCredit.

Alors rapprochement ou pas? En septembre dernier, Musteir avait balayé d'un revers de main toute idée de croissance externe. "Notre plan est un plan organique, nous allons pousser et développer l'activité sur la base purement organique jusqu'à la fin du plan." Il ajoutait tout de même qu'après 2019, toutes les options seraient "ouvertes" et les "meilleures alternatives analysées". La semaine dernière, lors d'une conférence internationale de la finance à Bruxelles, il se montrait totalement favorable à la création de grandes banques multinationales européennes. De quoi relancer aussi les rumeurs sur un éventuel rapprochement entre Deutsche Banque et BNP Paribas.   

Pour info, rappelons que la capitalisation boursière d'UniCredit s'affichait vendredi à 32,85 milliards d'euros et celle de SocGen à 30,1 milliards d'euros.

Société Générale règle ses litiges : 1,3 milliard de dollars

Société Générale annonce avoir trouvé des accords de principe avec les autorités judiciaires américaines et françaises afin de mettre fin à deux enquêtes:

  • l'une sur le dossier du taux interbancaire Libor 
  • l'autre concernant le fonds souverain libyen

Les accords avec le parquet national financier en France et le département de la justice américain désormais entérinés par des juridictions française et américaine lors d'audiences portent donc sur une amende de 1,3 milliard de dollars:

-> Pour le Libor: 275 millions de dollars au département américain de laJustice (DoJ) et 475 millions de dollars à la Commodity FuturesTrading Commission (CFTC), l'autorité de tutelle des marchés àterme américains.

-> Pour le fonds libyen: 292,8 millions de dollars seront versés au DoJ et 250,15 millions d'euros au Parquet national française.

La banque assure qu'elle avait effectué une provision d'environ un milliard d'euros. "Ces versements n'auront donc pas d'impact sur les résultats de Société Générale."

Parallèlement à ces deux dossiers, la banque mène toujours des discussions avec les autorités américaines pour solder un troisième litige touchant des soupçons de violation d'embargo.

Pour couvrir les amendes qu'elle encourt dans tous ces litiges, la SocGen a passé pour quelque 2,3 milliards d'euros de provisions.

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