Belfius a les coudées franches pour son entrée en Bourse

©Hollandse Hoogte

Fumée blanche sur deux dossiers importants pour la banque à la veille de son IPO.

La hache de guerre est enterrée. Lundi midi, les syndicats et la direction de Belfius ont signé une convention collective intitulée "Drive 2020" qui rentre en vigueur ce 1er janvier 2018.

La direction de la banque s’engage dans un protocole d’accord à sauvegarder l’emploi et à renforcer la formation. Ces deux événements sont concomitants à la décision des syndicats libéraux et socialistes de ne pas interjeter appel de la décision tombée la semaine passée au tribunal de première instance. Ces deux syndicats étaient en conflit avec la banque depuis 2013 et la signature d’une convention collective avec le seul syndicat chrétien. "Après mûre réflexion, le SETCa-BBTK a décidé de ne pas se pourvoir en appel et de se concentrer sur la défense du personnel en interne en jouant un rôle actif et incontournable dans tous les domaines de la concertation sociale chez Belfius Banque, et ce tant sur le plan collectif que sur le plan de la défense individuelle", réagit Jean-Michel Cappoen, secrétaire général au SETCa.

Du côté du syndicat libéral, Thibaut Montjardin, le secrétaire permanent, nous confirme aussi la décision de ne pas poursuivre la procédure judiciaire. "Nous préférons nous projeter dans l’avenir. Avec la signature de cette convention, les relations sociales sont dorénavant apaisées. C’est une bonne nouvelle pour le personnel."

"Selon moi, la principale pierre d’achoppement pour l’entrée en Bourse, c’était la procédure judiciaire qui était pendante."
Jean-Michel Cappoen
Secrétaire général SETCA

Finalement, ce qu’il s’est tramé ce lundi est du win-win pour chacune des parties. Les syndicats libéraux et socialistes reviennent à la table en obtenant un engagement fort de la part de la direction pour le personnel concernant le maintien de l’emploi. Le syndicat chrétien rejoue la partition du front commun alors les défis ne manqueront pas dans les prochaines semaines pour la banque belge et son personnel. La direction sort de son mano-a-mano avec le seul syndicat chrétien qui pouvait la tenir en otage et se met en ordre de marche pour son éventuelle entrée en Bourse. Ce n’est en effet pas optimal pour une entreprise de faire son entrée sur le marché financier alors qu’une procédure judiciaire pèse comme une épée de Damoclès sur sa tête.

"Nous prenons acte de cette décision. Ceci nous permet de tourner la page et de relever avec tous les partenaires sociaux les défis que nous réserve l’avenir", se réjouit Belfius. Tous les feux sont donc dorénavant au vert pour l’IPO. La banque ne souhaite pas faire le moindre commentaire à ce sujet en indiquant que la décision finale appartient au gouvernement.

Reste l’épine Arco

Ce même gouvernement ne fait pas mystère de sa volonté puisqu’il a désigné en octobre dernier quatre banques pour accompagner l’entrée en Bourse de Belfius. En principe, Belfius apparaîtra sur les lignes de cotation d’Euronext Bruxelles.

On s’attend à ce qu’un tiers environ du capital de Belfius soit coté, ce qui pourrait rapporter jusqu’à 3 milliards à l’État étant donné que la banque est évaluée entre 7 et 9 milliards d’euros. Une partie de la somme issue de cette IPO (400 millions) servirait à dédommager les coopérateurs lésés d’Arco, le reste à réduire la dette publique. Pour un certain nombre d’observateurs, c’est le dossier Arco qui est la dernière (grosse) épine dans le pied du gouvernement et de Belfius avant de pouvoir réaliser son entrée en Bourse.

"Je ne sais pas si la résolution du cas Arco et l’entrée en Bourse sont liées. Selon moi, la principale pierre d’achoppement, c’était la procédure judiciaire qui était pendante, analyse Jean-Michel Cappoen. Mais concernant l’entrée en Bourse, pour la sauvegarde de la banque et de son personnel, nous n’accepterons pas que l’ancrage belge de la banque puisse être mis à mal ou remis en cause par des décisions du gouvernement et du management. Si nous pouvons admettre que dans le futur certaines pistes de partenariat et de recherche de renforcement de capitaux soient trouvées, les centres de décisions et de participations doivent être maintenus sous l’égide et le contrôle de l’Etat belge. Au SETCa, nous ne sommes pas demandeurs mais si une décision devait intervenir, 15 à 20% en Bourse et un apport du même pourcentage via un partenariat technique efficace peut être crédible. Quand on voit le débat de la digitalisation et la transformation que vit le secteur, ce n’est pas idiot de faire venir un partenaire qui a un know how spécifique." Certains, dont Marc Raisière, le CEO de Belfius, ont les yeux tournés vers Proximus.

Sauvegarde de l’emploi

Aux cours des prochaines semaines, l’ensemble du personnel de Belfius tout comme le personnel des autres acteurs belge de la bancassurance vont devoir s’adapter aux évolutions technologiques et à la transformation progressive des fonctions.

"Dans ce contexte de digitalisation et de déclarations de plus en plus précises concernant une mise en Bourse prochaine de la banque, nous voulons que chaque membre du personnel bénéficie de la garantie de pouvoir s’adapter et se former aux évolutions à venir, et ce sans être dans l’inquiétude permanente de la perte de son emploi. Notre objectif est de réaliser un cadre conventionnel pour une sauvegarde de l’emploi de chaque travailleur de la banque. A ce stade la direction de la banque a accepté un protocole qui vise à la réalisation de cet objectif", conclut le secrétaire général du SETCa. En attendant, le personnel de Belfius pourrait recevoir son bonus collectif 2017. Le versement de ce bonus (entre 750 et 1.250 euros brut par collaborateur) était en effet conditionnée à l’abandon judiciaire des syndicats. Ce qui est chose faite aujourd’hui.

La convention collective "drive 2020" met fin aux pointages physiques

La direction et les syndicats de Belfius ont signé ce lundi une nouvelle convention collective intitulée "Drive 2020" qui rentrera en vigueur ce 1er janvier.

Elle est assortie d’une nouvelle organisation de travail. Un des points de l’accord réside ainsi dans la suppression du système de pointage au siège de la banque. Le but est de donner aux employés davantage de liberté pour remplir leur journée de travail. "Au siège de la banque à Bruxelles, nous utilisons une sorte de pointeuse qui nous enregistre via notre badge. Il est prévu que ce système disparaisse." La banque a ainsi mené un test auprès de volontaires. Au final, une évaluation basée sur le travail fourni et non plus sur le nombre d’heures prestées montre qu’il est possible de mieux adapter la journée de travail à la situation familiale et aux déplacements domicile-travail.

Le système de pointage sera remplacé au choix par un enregistrement des heures effectives de travail via l’ordinateur des salariés, ou via un système de fléxibilité étendue des heures prestées.

Dans le premier cas, le salarié devra veiller aux connexions et aux déconnexions à chaque pause, comme c’est déjà le cas dans les agences et dans les sièges régionaux. La récupération d’heures, jusqu’ici possible, sera petit à petit supprimée jusqu’à l’évaluation du système prévue en 2022.

Dans le seconde cas, les heures supplémentaires ne sont plus reprises. Les salariés doivent donc veiller à s’assurer qu’ils prestent leurs heures et surtout qu’ils atteignent leurs objectifs.

Belfius souhaite aussi promouvoir le télétravail. La convention prévoit ainsi une extension de la réglementation actuelle à du télétravail sur base volontaire deux jours par semaine.

La banque prévoit également de changer la valeur des chèques-repas, qui passe de 5,55 à 8 euros pour une contribution des employés inchangée.

 

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