carte blanche

Faut-il se défaire des bijoux de famille comme Belfius?

La privatisation de Belfius permettra certes de réduire le niveau de la dette mais elle va surtout priver l’Etat de dividendes récurrents.

Par Dimitri FOURNY et Benoît DISPA
Respectivement président du groupe cdH au Parlement de Wallonie et député fédéral

Le gouvernement fédéral s’apprête à procéder à de grandes manœuvres sur les participations de l’État. Tout est sur la table: Belfius, BPost, Proximus, Ethias, la SNCB, etc. S’agissant d’un total de 67 milliards d’euros, l’enjeu est énorme et mérite toute notre attention.

Depuis 2014, le gouvernement fédéral a successivement reporté l’équilibre budgétaire et donc la réduction de la dette publique. Les économies injustement imposées dans la santé, les pensions et autres piliers sociaux n’ont que partiellement financé les réformes structurelles et n’ont pas contribué à réduire substantiellement le déficit budgétaire.. Dans l’espoir de pouvoir malgré tout enrayer l’évolution de la dette en fin de législature, le gouvernement mise sur "une gestion plus dynamique" des participations publiques, traduisez: revendre les bijoux de famille pour que la dette diminue.

Nous estimons que le gouvernement fédéral formule les mauvaises réponses à la problématique de la dette. Sa volonté de privatiser certains actifs de l’État est un non-sens financier et budgétaire.

D’un point de vue budgétaire, le taux de rendement du dividende de Belfius est nettement supérieur au taux d’intérêt auquel l’État emprunte. Rester dans Belfius induit donc un gain budgétaire structurel.

Gain structurel

La banque Belfius sera prochainement introduite en Bourse, l’accord ayant été scellé durant l’été. Ce poids lourd du secteur bancaire belge a intégré le portefeuille de l’État en 2011. L’État avait alors racheté Dexia Banque Belgique pour 4 milliards d’euros, ce qui avait suscité de nombreuses critiques. Aujourd’hui, Belfius est valorisée entre 7 et 8 milliards d’euros (+ 100%), ce qui démontre que l’intervention de l’État dans l’économie peut éviter la destruction de beaucoup de valeur.

La privatisation de Belfius permettra certes de réduire le niveau de la dette, qui passerait ainsi de 106% à 105,5% du PIB, mais elle va surtout priver l’État de dividendes récurrents. Vendre 30% des parts permettra de rapporter un one-shot de 2 milliards d’euros, mais privera dans le même temps l’État de dividendes de 215 millions d’euros (chiffre 2016).

Or, d’un point de vue budgétaire, le taux de rendement de ce dividende (environ 3%) est nettement supérieur au taux d’intérêt auquel l’État emprunte, lequel est proche de zéro voire négatif pour les emprunts à court terme. Rester dans Belfius induit donc un gain budgétaire structurel.

Par ailleurs, le gouvernement persiste à inscrire 200 millions d’euros de dividendes dans son budget jusqu’en 2020, alors que 30% des parts seront vendues. Par cette opération, il semble vouloir faire croire que l’État pourrait réaliser un "coup double" en vendant une partie de Belfius tout en gardant les dividendes au même niveau. Si le gouvernement compte sur 33% de dividendes supplémentaires de la part de Belfius, cela rend d’autant plus intéressant de maintenir ces actifs rentables dans le giron de l’État.

Don coût: 82 millions par an

Avec un taux d’emprunt actuel sur cinq ans de 0,2% (adjudication de juillet 2017) et des dividendes 33% plus élevés, le rendement net de Belfius serait de 3,9%. Par conséquent, vendre 30% de Belfius maintenant coûtera 82 millions d’euros par an à l’État. Tant que rien ne laisse présager une diminution de la valorisation de l’entreprise, la plus-value one-shot est nettement moins intéressante que des revenus récurrents.

Nous plaidons pour une gestion active des participations publiques, avec une intervention dans les marchés en cas de crise et une gestion pragmatique des participations historiquement acquises en vue d’en tirer des rendements structurels à long terme. Cette démarche gagnante et responsable s’oppose à la vision selon laquelle les pertes sont mutualisées et les gains privatisés.

Parallèlement aux considérations financières et budgétaires, d’autres arguments doivent être pris en considération.

D’une part, Belfius est une banque dont l’objet social est, entre autres, de participer au financement des communes. En cas de privatisation, les actionnaires privés pourraient faire pression pour délaisser ces investissements souhaitables du point de vue de l’intérêt général mais parfois moins rentables d’un point de vue financier. L’intérêt pour l’État de disposer d’une banque publique ne peut être sous-estimé.

D’autre part, une introduction en bourse n’est pas de nature à amener une quelconque nouvelle expertise sectorielle, technique ou stratégique. Une IPO risque de morceler considérablement l’actionnariat de l’entreprise, ce qui ne permettra pas l’entrée au sein du Conseil d’administration d’actionnaires privés susceptibles d’apporter cette expertise.

Les participations de l’État sont un levier majeur et un enjeu stratégique. Ce ne sont pas des variables d’ajustement à utiliser en cas de dette galopante comme le gouvernement fédéral les considère. On ne peut laisser le libéralisme dogmatique et une vision budgétaire court-termiste dicter la gestion de participations publiques au détriment du pragmatisme économique.

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