L'IPO de Belfius, c'est maintenant ou... dans très longtemps

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Si le gouvernement n'approuve pas, avant la trêve estivale, l'introduction en Bourse de sa banque Belfius, l'opération risque d'être reportée aux calendes grecques.

Le gouvernement Michel a encore du pain sur la planche avant de profiter de ses congés: le budget 2019, l'accord sur l'emploi, mais aussi l'introduction en Bourse de Belfius.

"Soit ils approuvent. Soit ils refusent. Dans ce dernier cas, l'introduction en Bourse risque d'être reportée pour un long moment," affirme-t-on au sein de la banque. "Si le gouvernement reporte encore l'opération, cela créera des perspectives négatives pour Belfius auprès des investisseurs."

Le ministre des Finances, Johan Van Overtveldt (N-VA), avait dans un premier temps misé sur une IPO en mai ou juin de cette année. Le CD&V, partenaire de la majorité, conditionne l'entrée en bourse de la banque au dégagement d'une solution dans le dossier Arco.

La position des sociaux-démocrates flamands a donc fait rater la fenêtre d'opportunité pour procéder à une telle opération à un moment idéal. Valorisée entre 7 et 9 milliards d'euros, la vente de 25 à 33% de la banque sur les marchés aurait permis à l'État de toucher entre 1,75 et 3 milliards d'euros. Aujourd'hui, les actions bancaires européennes accusent un recul de 10% par rapport au niveau de mai.

Une promesse politique

Lors de la chute de Dexia en 2011, l'État avait volé au secours des activités bancaires belges en sortant Dexia Banque Belgique du groupe. Une nationalisation qui a permis d'éviter une catastrophe pour les épargnants.

Les actionnaires derrière Dexia, en ce compris Arco, ont eux perdu leur investissement. Certes le gouvernement avait alors étendu la garantie des 100.000 euros aux parts coopératives, de quoi soulager les coopérateurs d'Arco. Mais la mesure a été balayée par la Commission européenne qui y voyait une aide d'État. Depuis la Belgique planche sur une alternative. Elle était même au programme de l'accord du gouvernement en 2014: il y a un accord de principe pour indemniser les coopérateurs lésés.

Fin 2016, Charles Michel avait formé une taskforce spéciale chargée de se pencher sur le dossier. Histoire de maintenir la pression, le CD&V avait alors couplé l'IPO de Belfius à une solution pour les coopérateurs Arco: une partie des recettes de l'IPO sera destinée à l'enveloppe des indemnisations. Reste à résoudre l'imbroglio juridique de cette solution.

Récemment, Bart de Wever (N-VA) affirmait qu'en tant que coopérateurs Arco, il avait fait une croix sur son argent. Gwendoline Rutten (Open-Vld) ne disait rien d'autre. Mais le vice Premier CD&V, Kris Peeters, ne veut pas partager ce défaitisme. "Nous devons atterrir en juillet sur le dossier Arco et Belfius. Il n'y a aucune raison de ne pas réussir."

Le plus dur sera de convaincre la Commission européenne. Deminor, le cabinet de défense des actionnaires minoritaires, dont ceux d'Arco, considère que la tâche ne sera pas aisée. Il plaide donc pour une autre piste, celle d'un accord à l'amiable dans lequel Belfius proposerait un dédommagement aux coopérateurs Arco qui avaient à l'époque acheté leurs parts via la banque. Pour Deminor, la banque a failli à présenter les risques de ce produit d'investissement. Deux avantages à ce système:

  • L'argent versé ne proviendrait pas des caisses étatiques
  • Il ne sera nullement question d'une aide publique

Mais la piste n'a pas que des avantages. Elle se veut aussi fragile sur le plan juridique: certes Belfius fait déjà l'objet de poursuites de coopérateurs Arco réclamant leur dû, mais pour l'heure aucune condamnation n'a été prononcée. Une réponse favorable de la banque à la proposition d'Arco pourrait changer cette situation. De plus, la banque ne conçoit pas devoir prendre une initiative dans un dossier lié à un accord politique. 

"Le gouvernement a promis une compensation à des coopérateurs qui ne sont pas les nôtres. Belfius n'est pas partie prenante de cette promesse. C'est aussi une question de bonne gouvernance: bien que les autorités soient actionnaires de Belfius, elles ne peuvent pas utiliser l'argent de la banque pour satisfaire une promesse politique et conforter un groupe d'électeurs. La Banque centrale européenne, régulateur bancaire, n'acceptera jamais. Tous ceux impliqués dans le dossier Arco sont conscients qu'il est impossible d'arriver à un règlement sur la compensation des coopérateurs Arco via Belfius."  

Il semble donc difficile de clôturer le dossier Arco de quoi éloigner les rêves boursiers pour Belfius; et ce tant que le CD&V ne décide pas de dénouer les deux dossiers. Un signal peu probable à la veille d'échéances électorales.

"Si on échoue à trouver un règlement pour Arco, c'est la faute de Bart De Wever. C'est une question de courage politique plus qu'une question juridique ou financière." Kris Peeters voit donc dans le président de la N-VA le mouton noir.


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