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Denis Gorteman (D'Ieteren): "Mes BD risquaient de s'effondrer sur ma Porsche"

Denis Gorteman, CEO de D’Ieteren Auto, est un grand amateur de BD. Collectionneur et chineur, il s’est fait aménager une bibliothèque sur mesure pour une passion qui ne le quitte plus depuis sa tendre enfance.

"Jai dû faire contrôler que le plancher était assez solide. En dessous, c’est mon garage avec ma Porsche de collection, il ne faudrait pas que l’on casse tous mes jouets en même temps", sourit Denis Gorteman, le CEO de D’Ieteren Auto, alors que nous visitons sa bibliothèque atypique. Le décor est planté. Le patron des activités de distribution et d’importation pour les marques Volkswagen en Belgique est resté un enfant et il l’assume. Comme chez neuf passionnés sur dix dans le monde automobile belge, Michel Vaillant, de Jean Graton, a joué un rôle important dans l’amour qu’il porte aux quatre roues. Pour les belles mécaniques, Michel Vaillant est en quelque sorte un "bel apporteur d’affaires" pour le secteur.

Le char de Goudurix

Mais chez Denis Gorteman, la bande dessinée ne s’arrête pas à l’automobile. "J’ai appris à lire avec la bande dessinée, dans les premiers Astérix, les Tintin et Michel Vaillant." Une passion qui ne l’a depuis jamais quitté. "Avec le temps, on découvre d’autres choses en termes de scénarios, d’histoire et même d’art", dit-il.

6.800 BD
La collection de Denis Gorteman s'élève à environ 6.800 bandes dessinées. Un nombre impressionnant, à tel point qu'il a dû contrôler la solidité de la pièce dans laquelle ces œuvres sont stockées.

Au fil des ans, l’homme est devenu un vrai collectionneur de BD franco-belge. Une passion qu’il ne cache d’ailleurs pas. Dans sa maison brabançonne acquise récemment, trois chambres à l’étage ont été transformées pour créer une pièce entièrement pensée pour ses BD (avec tout de même un coin bureau). Les murs ont été abattus pour faire place aux 6.800 titres de sa collection et aux nombreux objets dérivés de l’univers BD. Au centre de la pièce trône fièrement une maquette de l’irréductible village gaulois. C’est le village de l’album "Astérix chez les Vikings" avec Goudurix et son char dernier cri. L’automobile n’est jamais loin chez Denis Gorteman.

"Le village gaulois, c’est d’ailleurs un peu comme ça que l’on appelle D’Ieteren par rapport au groupe Volkswagen. Il y a un parallèle. Heureusement que Volkswagen ne se comporte pas comme Jules César", plaisante le patron. Plus sérieusement, il explique qu’il n’y a pas de raison de voir Volkswagen filialiser sa distribution en Belgique. D’Ieteren a la "potion magique" pour garder la confiance de Volkswagen. "C’est notre savoir-faire, le service à la clientèle, nos parts de marché… Il y a plusieurs éléments à doser comme dans la potion de Panoramix", estime-t-il.

Mais retournons à la BD. Derrière Denis Gorteman se tient un grand Spirou en bronze qui doit faire dans les 80 cm. "Il représente bien l’attitude du personnage et ce n’est pas quelque chose que l’on trouve facilement [...] Spirou a toujours évolué avec son temps. Franquin et Fournier restent la plus belle période pour moi. Un jeune d’aujourd’hui va certainement se retrouver dans les Spirou actuels, j’avoue que moi, beaucoup moins."

Pour Denis Gorteman, un "personnage doit rester avec son créateur car c’est son enfant". Il a certes acheté les derniers Astérix, mais ce ne sont pas ses préférés et quand on évoque celui avec les Martiens, la désapprobation est immédiate. Tintin ne sera jamais repris, un Gaston Lagaffe non plus. Et c’est de nature à plaire à l’homme.

"D’Ieteren est un peu le village gaulois du groupe Volkswagen. Heureusement que VW ne se comporte pas comme Jules César."
Denis Gorteman
CEO de D’Ieteren Auto

Mais quels sont ses titres préférés? " Reprendre des vieux Astérix, l’humour y est absolument extraordinaire. Dans un de mes cours de marketing à l’Ephec, le professeur a présenté une page du Domaine des Dieux. Il expliquait très efficacement le marketing avec humour. Quand on reprend les Gaston ou les Spirou de Franquin, on redécouvre certains traits et certaines images."

Sinon, la sélection est très éclectique. Il y a ainsi, chez Denis Gorteman, des séries très contemporaines comme Hedge Fund ou IR$. "L’idéal c’est évidemment le meilleur scénario et le meilleur dessin. Un qui me marque beaucoup c’est Cosey, scénariste et dessinateur suisse. Sa BD ‘à la recherche de Peter Pan’ est l’un des plus beaux mariages entre le dessin et le scénario", explique le patron.

Bolides dessinés

On ne se refait pas, les voitures issues des planches de BD en modèles réduits sont omniprésentes sur les étagères de sa bibliothèque. On retrouve par exemple la Turbotraction de Spirou, "une belle voiture et dans les années 60, très avancée pour l’époque". Une pièce que Denis Gorteman possède en miniature et dans une version plus grande. "La grande, je ne l’ai que depuis deux ou trois semaines."

©Emy Elleboog

La passion du patron de D’Ieteren Auto s’en accompagne en effet d’une autre: la recherche des pièces manquantes. Avec sa femme, également amatrice de BD, ils passent souvent leurs week-ends à chiner dans les brocantes de Wallonie. "J’adore ça", sourit Denis Gorteman. L’occasion pour lui d’allier ses deux plaisirs, de sortir sa voiture de collection qu’il s’est offerte pour ses 50 ans pour se rendre aux quatre coins "du côté francophone notre beau pays".

Denis la brocante

"J’achète très peu de livres neufs. Ce que j’aime, c’est la recherche dans les brocantes, les magasins de seconde main et autres, trouver des vieux Tintin dans les ventes aux enchères… Trouver la bonne pièce au bon prix fait aussi partie du plaisir", détaille Denis Gorteman. Il laisse ainsi des histoires en suspens, dont il ne connaîtra la suite qu’une fois la bonne édition trouvée. Pas question d’acheter neuf.

les aventures de Tintin: L’île Noire

L’exercice n’est pas simple quand on demande à Denis Gorteman de choisir une bande dessinée parmi les 6.800 qu’il possède. Après réflexion, sa main s’arrête sur cette première édition de l’Ile noire. Un ouvrage coté à 1.800 euros et qui s’inscrit dans les premières amours de Denis Gorteman à côté d’Astérix ou de Michel Vaillant.

De là à le glisser dans sa valise, il n’y a qu’un pas que Denis Gorteman ne fera pas. Sa passion pour la BD ne l’accompagne pas souvent en vacances. Souvent en déplacement à l’étranger, il ne prend pas ses ouvrages avec lui pour d’évidentes raisons de poids dans les valises.

Deux mille pièces manquent dans la liste de Denis Gorteman, qu’il nous montre sur un fichier excel accessible via son téléphone. Outil indispensable pour répertorier les livres qu’il possède déjà, ceux qu’il souhaite, pour retrouver des estimations ou les caractéristiques, parfois infimes, permettant de distinguer une première édition d’une autre. Sa référence est le BDM une sorte d’argus de la Bande dessinée. "Il y a encore de quoi occuper quelques longs week-ends", sourit Denis Gorteman. Mais y a-t-il encore de la place chez lui ? "C’est plus une question de poids." Sur l’étagère du milieu de l’allée centrale, il ne peut plus en aligner, sinon tout risque de s’écrouler.

Digne du marché de l’art

Dans la bande dessinée, un peu comme dans la voiture de collection, les prix de certaines pièces ont grimpé en flèche. Denis Gorteman ne fait pas pour autant dans les enchères sur des planches originales qui peuvent atteindre des prix vertigineux. "On n’est pas dans des montants fous. Je n’ai pas la première édition de ‘Tintin au pays des Soviets’ et cela m’étonnerait que l’on trouve encore ça en brocante chez quelqu’un qui ne sait pas ce que ça vaut." Notre hôte a néanmoins des exemplaires qui peuvent se négocier jusqu’à 3.000 euros, même s’il ne les a pas payés à ce prix-là. "Les prix fous sont à mettre en relation avec ce que certaines personnes sont prêtes à mettre dans l’art. Certaines planches valent à mes yeux certaines peintures de grands peintres, même pour des planches qui atteignent le million d’euros."

Tout ceci ne l’éloigne pas de son amour premier pour la BD. Chez les Gorteman, une bonne journée se clôture toujours en lecture. "Ça me permet de littéralement tourner la page, de faire la coupure avec la journée", dit-il. Une habitude et une passion qui ne sont pas près de le quitter. Tout comme dans l’automobile, cet univers originellement enfantin permet de rêver.

La différence, c’est qu’en tant que patron, "il s’agit de réaliser les rêves. Dans la bande dessinée c’est du pur plaisir".

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