Le renouveau des brasseries trappistes

Elles riment avec artisanat, qualité, histoire et l’engouement pour leurs produits ne se dément pas. Le tour des abbayes en 7 étapes.

(l'écho) - Les bières spéciales et, en particulier, les trappistes jouissent depuis une dizaine d’années d’un joli regain de popularité. Le titre de meilleure bière du monde emporté il y a deux ans par la 12° de l’abbaye Saint-Sixte de Westvleteren a encore accentué le phénomène. Aujourd’hui, conséquence, la plupart des communautés trappistes investissent dans la modernisation de leurs installations: c’est le cas à Rochefort (photo), Orval, Westvleteren, Westmalle… Paradoxalement, les moines ne veulent pas nécessairement augmenter leur production; pas question, en tout cas, de privilégier la croissance à tout crin. Pourquoi? Parce que leur activité brassicole s’insère dans leur règle de vie monastique et ne répond pas à des objectifs strictement commerciaux et financiers. «Ora et labora »: «prie et travaille», dit la règle de saint Benoît, le fondateur de l’ordre des Bénédictins qui, à la suite d’autant de réformes, débouchera sur l’ordre des Cisterciens (en 1098) puis sur celui des Cisterciens de la Stricte Observance alias l’Ordre des trappistes (1664). Aujourd’hui comme alors, «tous les frères participent à toutes les tâches ou sont susceptibles de passer par toutes les tâches de la communauté», résume Frère Xavier à l’abbaye d’Orval. Historiquement, la production de bière dans ces abbayes répondait d’abord à la satisfaction des besoins propres des moines et de leurs visiteurs. «La bière était d’ailleurs considérée alors comme un aliment liquide », une véritable nourriture, insiste l’historien spécialisé Philippe Voluer. L’objectif était aussi d’alimenter les travailleurs dans et autour de l’abbaye: les maçons lors des travaux de construction, par exemple.

Dans le courant du XIXe siècle, des abbayes françaises ont commencé à commercialiser également leur production. Le mouvement s’est étendu en Belgique, surtout à l’aube du XXe siècle suite aux lois contre les congrégations adoptées par le gouvernement radical (1905) à Paris, qui ont eu pour effet de provoquer un relatif exode de communautés monastiques – et de leur savoir-faire – vers les pays du Nord, la Belgique se trouvant aux premières loges.

Il ne reste plus aujourd’hui que sept brasseries trappistes, dont six en Belgique: Orval, Rochefort, Scourmont (Chimay), Westmalle, Westvleteren et Achel. La septième est l’abbaye de Koningshoeven basée dans les faubourgs de Tilburg, aux Pays-Bas. Le label «Trappist» est protégé depuis 1962 par une décision de justice: un arrêt du tribunal de commerce de Gand, confirmé par la Cour d’appel de Bruxelles en 1981. Ce label a permis de barrer la route aux faux trappistes qui s’appuyaient sur la renommée des produits des moines pour se faire une place sur le marché. Il garantit que les bières sont produites dans l’enceinte d’une abbaye trappiste et sous le contrôle des moines, il garantit aussi le respect de critères de qualité élevés et il corsète étroitement les possibilités d’exploitation publicitaire ou promotionnelle. Last but not least, les revenus tirés de cette activité ne peuvent répondre à des buts lucratifs mais doivent servir aux besoins de la communauté, à l’entretien des bâtiments et au financement de trois types d’aide: oeuvres caritatives, aide sociale ou soutien au développement d’autres abbayes de l’Ordre dans le monde. Toutes ces particularités expliquent que lorsque vous dégustez une trappiste, vous buvez à la fois une bière de qualité, une bière «aliment » et le fruit d’une recette artisanale ancienne (à l’exception de la Achel, de création récente) maintenue telle quelle à travers les âges. Pas étonnant, dès lors, que les Américains aient jugé la Westvleteren la meilleure au monde tout en adressant une mention à la Rochefort.

Photo: Philippe Voluer

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