La haute voltige financière des biotechs belges

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Pour séduire des investisseurs potentiels, certaines sociétés de biotechnologies font preuve d'une imagination débridée comme le démontre les cas récents de Bone Therapeutics et d'Asit Biotech.

Pour assurer leur succès, les sociétés de biotechnologies doivent bien entendu développer des produits ou des molécules prometteurs et disposer d’une équipe scientifique à la hauteur et d’une direction expérimentée. Cela va sans dire.

Mais elles requièrent également un tout autre type de talent. Un homme (ou une femme) de chiffres, le directeur financier, qui allie à la fois rigueur, précision et créativité. Cette dernière qualité est cruciale auprès de biotechs cotées en Bourse comme vient encore de le démontrer le placement privé organisé par Bone Therapeutics .

Et plus l’urgence se fait sentir, plus l’imagination pour attirer les investisseurs potentiels doit être fertile.

Soutien financier de Jean Stéphenne

Après une première tentative de placement privé d’actions avortée en décembre dernier en raison de la défection d’un partenaire, Bone n’avait plus le droit à l’erreur. On commençait à apercevoir le fonds du coffre.

La biotech spécialisée dans la thérapie cellulaire osseuse a dès lors mis au point, sous la houlette de Jean-Luc Vandebroek (ex-Delhaize et ex-CFO de Fluxys), son directeur financier, un produit relativement complexe. Complexe mais attractif puisqu’elle a obtenu des engagements à hauteur de 19,5 millions d’euros. "La plupart des actionnaires historiques ont participé à l’opération ainsi que les trois entités publiques, la SRIW, la SFPI et Sambrinvest", souligne Jean-Luc Vandebroek. Jean Stéphenne, le nouveau président du conseil d’administration, a également apporté son soutien financier à cette levée de fonds.

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Cocktail avec effet retard

Jean-Luc Vandebroek, CFO de Bone Therapeutics. ©a

Le produit concocté par Bone et ses conseillers et réservé aux investisseurs institutionnels est un cocktail avec effet retard possible comprenant trois ingrédients : des obligations convertibles, des warrants et des actions nouvelles.

Le point de départ, c’est l’obligation convertible. Elle a une durée de vie de 12 mois et ne porte aucun intérêt. Un investisseur qui achète une obligation au prix unitaire de 2.500 euros reçoit également 19 warrants. Ces derniers représentent des bons de souscription. Leurs détenteurs sont tenus d’exercer au moins l’un de ces 19 warrants tous les mois. "Celui qui souscrit à une obligation à 2.500 euros s’engage donc pour un montant total de 50.000 euros" explique le CFO.

Décote constante de 8%

Ces obligations sont dites "convertibles" car leur contrevaleur peut être échangée, à tout moment, en actions nouvelles de Bone Therapeutics. Le prix de conversion correspondra à 92% du cours moyen pondéré de l’action la veille de la demande de conversion. En d’autres termes, les souscripteurs bénéficieront tout au long de la durée de l’opération, soit au total 32 mois, d’une décote de 8% pour acheter de nouvelles actions. "Nous irons chez le notaire une fois par mois pour acter les augmentations de capital" précise le CFO.

Les investisseurs ne sont pas obligés d’entrer à 100% dans l’entreprise mais peuvent le faire au fil de l’eau en exerçant les warrants tout en lissant le prix d’achat des actions nouvelles.
Jean-Luc Vandebroek
Directeur financier de Bone Therapeutics

Certains investisseurs ont directement exercé les warrants et transformé les obligations en titres pour un montant total de 6,6 millions d’euros. Les warrants restants seront donc exercés au cours d’une période maximale de 19 mois pour un produit supplémentaire de 12,9 millions a précisé la biotech dans un communiqué. Avec cette obligation de convertir un warrant chaque mois, Bone Therapeutics est certaine de recevoir un minimum d’environ 0,68 million d’euros par mois, ont calculé les analystes de KBC Securities. Très malin, non?

"L’avantage d’un tel système est de pouvoir attirer plus d’investisseurs, souligne Jean-Luc Vandebroek. Ils ne sont pas obligés d’investir à 100% dans l’entreprise mais peuvent entrer au fil de l’eau en exerçant les warrants tout en lissant le prix d’achat des actions."

Au fil de l'eau

Permettre d’investir au "fil de l’eau" a également été un argument retenu par une autre biotech en quête urgent de cash. Fin de l’année dernière, Asit Biotech a décidé d’émettre, en deux phases, des actions nouvelles au prix unitaire de 3,83 euros, chaque titre étant assorti de deux warrants. Chacun d’eux permettra de souscrire à une nouvelle action, toujours au même prix, l’un arrivant à échéance le 30 juin 2018 et l’autre le 31 décembre 2019. Mais le second warrant ne pourra être exercé que si le premier l’a été auparavant. Ils compensent en quelque sorte la décote que la société n’a pas souhaité offrir au moment de la souscription initiale. Asit Biotech espère lever un maximum de 35 millions d'euros via cette opération réservée, encore une fois, aux institutionnels.

Un autre exercice de haute voltige financière qui permet à certaines biotechs acculées de poursuivre plus sereinement leurs recherches.

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