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Les biotechs belges restent au centre de la planète boursière

©Felix Kalkman

Alors que les rachats de biotechs par les grandes firmes pharmaceutiques se poursuivent, les belges restent dans le viseur. Plusieurs sociétés attendent des résultats importants de leurs essais cliniques cette année.

Après une année 2018 en grande pompe, les biotechs belges sont bien parties pour connaître un bon cru 2019. Les premières séances de l’année ont commencé fort pour des titres comme argenx, Mithra, Acacia Pharma, Kiadis et Galapagos. Au sein du Bel 20, Galapagos et argenx signent les plus fortes progressions depuis le début de l’année, avec un gain de plus ou moins 13%, contre une performance de 5% pour l’indice. Sur le marché élargi, les biotechs tiennent également le haut du pavé. Mithra, meilleure performance de la Bourse de Bruxelles en 2018, gagne 29% depuis le début du mois. Elle est suivie par Acacia Pharma (+ 28%), Celyad (+ 22%), Kiadis Pharma (+ 21,46%) et Genkyotex (+ 19,49%).

Leur performance s’explique par des bonnes annonces. Rien qu’au début de la semaine, Celyad, Biocartis, Galapagos et Mithra ont publié des données encourageantes. Galapagos a annoncé la phase 2a de son essai clinique Novesa visant des patients atteints de sclérose systémique et un partenariat avec la société canadienne Fibrocor pour développer et assurer la commercialisation d’une molécule contre la fibrose pulmonaire idiopatique. Biocartis a assuré dans un communiqué avoir rempli tous ses objectifs pour 2018 et a indiqué la signature d’un partenariat avec la firme japonaise Nichirei Biosciences pour la commercialisation de ses produits. Celyad a fixé plusieurs objectifs pour l’année en cours, comme accélérer la stratégie de développement et l’approche réglementaire du CYAD-01 pour le traitement des patients atteints de LMA (leucémie myéloïde aiguë) ou de MDS (syndrome myélodysplasique), et ce en incluant le début d’un essai clinique de phase II. Mithra a indiqué vouloir mettre au point un traitement visant à soulager les effets indésirables qui peuvent apparaître lors de la périménopause. Le lancement du PeriNesta est prévu dès 2023 avec un marché potentiel estimé au minimum à 18 millions de patients annuellement pour les Etats-Unis et quelques marchés européens (France, Royaume-Uni et Allemagne).

"La plupart des biotechs belges doivent annoncer des milestones importants cette année."
Stéphanie Put
analyste chez Degroof Petrecam

Ces annonces n’ont pas été faites par hasard. Les quatre sociétés ont présenté durant cette semaine leurs avancées lors la J.PMorgan Healthcare Conference à San Francisco, dont c’était la 37e édition cette année. Cette conférence, qui ne connaît pas d’équivalent dans le monde des biotechs selon les analystes de KBC Group, offre l’occasion aux entreprises du secteur de faire des annonces.

D’autres biotechs belges bénéficient toujours des informations publiées à la fin de l’année passée. Acacia Pharma, en grande forme depuis le début de 2019, avait détaillé les données et les analyses de l’essai clinique phase 2 de l’APD403, un médicament pour empêcher la nausée et les vomissements après une chimiothérapie, dans l’édition online du journal Supportive Care in Cancer.

Kiadis Pharma bénéficie toujours de l’enthousiasme des investisseurs depuis le mois d’octobre de l’année passée, où il avait annoncé avoir récolté 31,2 millions d’euros au moyen d’un placement privé de 3,9 millions d’actions nouvelles auprès d’investisseurs institutionnels.

Une année importante

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En outre, les valeurs biotechs cotées à Bruxelles profitent des anticipations des investisseurs sur des résultats d’essais cliniques qui doivent tomber en nombre cette année. "2019 sera une bonne année comme en 2018 pour les biotechs belges car la plupart d’entre elles doivent annoncer des milestones (étapes) très importants, relève Stéphanie Put, analyste chez Degroof Petercam. Galapagos devrait offrir la meilleure performance car cette année elle va appliquer le marketing pour son programme le plus important. Dans les prochains mois, la firme doit indiquer des larges phases 3 pour son traitement filgotinib. Argenx ne devrait pas connaître la même performance qu’en 2018, mais la société reste bien positionnée avec des résultats attendus pour ses traitements développés en collaboration avec JNJ, et les avancées de sa molécule qu’elle développe seule, en phase 3. Biocartis doit aussi annoncer des résultats importants. Celyad doit révéler à la mi-2019 ses résultats, et ça sera ça passe ou ça casse. Quant à Mithra, elle doit finaliser la phase 3 et trouver un partenaire aux Etats-Unis pour sa pilule Estelle cette année." Stéphanie Put rappelle que MDxHealth et Oxurion doivent également annoncer des résultats ou des avancées cette année.

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Le site Labiotech.eu a demandé à plusieurs experts quelles biotechs allaient le plus faire parler d’elles cette année. Et selon eux, ce sera le cas de Celyad et argenx à la Bourse de Bruxelles. Ces experts apprécient Celyad pour ses progrès dans l’immunothérapie avec sa technologie de cellules CAR-T. "Après les données cliniques préliminaires publiées en novembre, nous nous attendons à ce que la société publie davantage de résultats en 2019", indiquent-ils. Ils louent argenx pour "sa technologie unique en matière d’anticorps, inspirée des lamas, dont les anticorps peuvent reconnaître des cibles très différentes de celles des anticorps humains. La société dispose d’un portefeuille de médicaments ciblant les maladies inflammatoires et auto-immunes, ainsi que le cancer, dont nous attendons plus de nouvelles en 2019".

Un potentiel de rachat

Les valeurs biotechs belges grimpent également alors que le secteur mondial est marqué par une nouvelle vague d’acquisitions. Dès le début de l’année, le groupe pharmaceutique Bristol Myers-Squibb a proposé 74 milliards de dollars pour racheter la biotech Celgene. Le groupe Eli Lilly a proposé le rachat de la biotech Loxo, qui produit des traitements contre le cancer, pour 8 milliards de dollars. RBC Capital Markets estime que d’autres biotechs pourraient se faire racheter. Les analystes ont notamment placé Galapagos et argenx parmi la liste des cibles. Les analystes de Goldman Sachs ont eux identifié Gilead Sciences, fabricant du traitement préventif contre le sida, truvada, Biogen, Abbvie ou encore AstraZeneca, comme acquéreurs potentiels. "Les acheteurs ne manquent pas, d’autant que les multinationales disposent d’importantes liquidités suite à la récente réforme fiscale américaine ayant abaissé massivement l’ardoise fiscale des sociétés" estime Asad Haider, analyste chez Goldman Sachs.

"On a vu deux grandes firmes pharmaceutiques racheter le pipeline des sociétés biotechs, car depuis trois -quatre ans, les firmes pharmaceutiques n’investissent plus dans la recherche, constate Tom Simonts, senior economist chez KBC. Nous anticipons pour cette raison d’autres transactions comme Ablynx (rachetée en 2017 par Sanofi)."

"Le fait que le secteur biotech soit mature, avec un nombre important de milestones en phase 2 et 3, augmente les possibilités d’un rachat. Kiadis, Galapagos, argenx et Mithra disposent d’un pipeline de recherche bien avancé. On avait vu que c’était aussi le cas pour Ablynx, et pour Movetis, avant leur rachat", relève Tom Simonts.

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"À l’exception de Galapagos, qui a toujours exprimé sa volonté de rester indépendant, il faut donc s’attendre à d’autres acquisitions de sociétés belges. De plus, depuis l’année passée, plusieurs milestones sont davantage attendus, dans des phases avancées. Au moment où des données de résultats seront dévoilées, des sociétés comme argenx et Celyad pourraient faire l’objet d’une acquisition, estime l’économiste. De plus, pour une biotech, la commercialisation de ses traitements est difficile. L’exemple de ThromboGenics (Oxurion) l’a montré. Il vaut mieux un partenariat. Vu les phases avancées, ce partenariat avec des firmes phamaceutiques va se multiplier cette année et en 2020. Avec probablement des acquisitions à la clé", ajoute-t-il.

"Gilead, qui collabore avec Galapagos pour le développement de ses traitements, pourrait financièrement acquérir la biotech, et ne plus payer les milestones, cela aurait du sens, souligne Stéphanie Put. Mais Galapagos, comme argenx, fait tout pour rester indépendant. Car en restant indépendantes, ces sociétés peuvent développer rapidement leur traitement, et la procédure est très risquée. Les firmes pharmaceutiques sont plus conservatrices et prennent leur temps avant de développer un médicament. Si Galapagos est acquis par une firme pharmaceutique, elle ne pourra plus travailler comme actuellement."

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Mais Stéphanie Put ne voit pas Mithra comme une cible potentielle pour une acquisition cette année. "La société doit encore trouver des partenariats pour l’Estelle, et poursuivre les essais pour le Donesta", indique-t-elle. Par contre, elle estime que Biocartis, actif dans les diagnostics, représente une cible intéressante pour un rachat.

Tom Simonts souligne qu’une firme pharmaceutique peut facilement financer le rachat d’argenx, qui affiche une capitalisation boursière de 3,5 milliards d’euros. "Pour une société pharmaceutique, cela ne représente pas un gros montant, relève-t-il. Le secteur biotech belge est grand, mais par rapport à la montagne d’argent qu’il y a dans le monde, il reste très petit. Kiadis affiche une capitalisation de 220 millions d’euros, et c’est parfait pour être intégré dans un réseau commercial."

L’année promet donc de nombreux rebondissements pour les biotechs cotées à Bruxelles.

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