Levée de fonds record pour les biotechs wallonnes

Laboratoires univercells à Gosselies. ©Anthony Dehez

La Wallonie commence à exister sur la carte mondiale des biotechnologies. Les sociétés du secteur ont levé près d’un demi-milliard d’euros en 2018. Un nouveau record.

Cette année, les sociétés de biotechnologie en Wallonie ont battu leur record absolu en levée de fonds. Elles ont récolté à ce jour (il reste trois semaines à courir…) 486,6 millions d’euros auprès des investisseurs, selon nos calculs effectués en collectant les données auprès du pôle de compétitivité Biowin et des principaux invests actifs dans le secteur: SRIW, Meusinvest, Sambrinvest et Nivelinvest. C’est près d’un demi-milliard. Et c’est 48 millions de plus que le précédent plus haut, établi en 2015 (438 millions). Les champions 2018 se nomment Mithra, Iteos et Celyad, dans l’ordre (voir tableau). Cela confirme aussi, si besoin était, que les sciences de la vie ont résolument la cote en Wallonie et que la Région se met peu à peu au diapason de la Flandre.

Du coup, sur les quatorze dernières années, le total des levées de fonds réalisées par les PME des sciences de la vie au sud du pays se monte à 1,78 milliard d’euros, contre 1,3 milliard il y a un an. Le secteur commence à peser lourd et c’est tant mieux.

Beaucoup de bonnes raisons

©MEDIAFIN

Le bon score enregistré cette année est dû à une combinaison de facteurs. On citera, dans le désordre, le renforcement de l’expertise de nos universités et de nos chercheurs, l’augmentation des besoins à satisfaire avec le vieillissement de la population, mais aussi l’effet boule de neige qu’ont provoqué les succès passés en Flandre (Galapagos, Devgen, Ablynx…) et en Wallonie (Eurogentec, IBA dans la medtech, Ogeda…), sans oublier l’arrivée à maturité des investisseurs et fonds spécialisés.

L’intérêt des grands groupes pharma pour les développements menés dans les PME de la biotech s’est aussi accru, tandis que le déploiement de pôles de connaissance de plus en plus pointue à Liège, Charleroi, Bruxelles-Nivelles, Louvain-la-Neuve et Seneffe-Mons a commencé à attirer des biotechs étrangères qui ont jugé qu’elles avaient plus de chances d’aboutir, ou plus de facilités à réaliser des essais cliniques, sous nos latitudes que dans leur pays d’origine.

L’identité des souscripteurs est relativement variée. Les principaux acteurs sont les fonds d’investissement, les invests et holdings publics, ainsi que les groupes pharma. Moins nombreux, il existe aussi quelques investisseurs privés qui osent s’aventurer dans le secteur. Nombre d’entre eux ont précédemment accumulé eux-mêmes de l’expérience en travaillant dans la pharma ou les biotechs, à l’instar d’un Jean Stéphenne ou d’un Jean-Pierre Delwart, qui ont respectivement dirigé de longues années durant GSK Belgium et Eurgentec.

Parmi les fonds privés, Fund +, le véhicule lancé à l’échelle nationale par Désiré Collen, constitue la référence en Belgique. Les trois fonds Vesalius Biocapital ont levé trois fois 75 millions d’euros environ. À un plus modeste niveau, Newton BioCapital commence à se tailler un joli morceau dans le secteur, où s’active aussi de plus en plus Droia, de Luc Verhelst.

Du côté des holdings publics et parapublics, la PMV en Flandre et la SRIW en Wallonie sont très présentes dans les biotechs. À elle seule, la SRIW a investi 89 millions en capital et 66 millions en prêts dans le secteur entre 2012 et 2017, soit un total de 155 millions. Parmi les invests, c’est Meusinvest qui s’est montré le plus actif en Wallonie, devant Sambrinvest. Il y a lieu de mentionner aussi les fonds liés aux universités, tels Theodorus à Bruxelles (ULB) et Vives à Louvain-la-Neuve (UCL).

Fonds et géants étrangers

On assiste par ailleurs à l’arrivée de fonds d’investissement étrangers, liés ou non à des géants pharma et vraisemblablement appâtés par la montée en puissance de cette industrie chez nous. Les Japonais sont très présents depuis quelques années déjà. Dans le capital de la brabançonne Promethera, par exemple, figurent un fonds lié à Mitsui et un autre à Mitsubishi, sans oublier que le groupe allemand Boehringer Ingelheim y est aussi présent. Via sa filiale belge Janssen Pharma, le géant américain Johnson & Johnson vient de nous rappeler, en concluant un joli accord avec la jeune pousse gantoise ArgenX en début de semaine, que les States lorgnent eux aussi la Belgique des biotechs.

"Il y a vingt ans, les réviseurs se demandaient ce que c’était que ces entreprises qui allaient perdre de l’argent pendant des années!"
Alain Parthoens
Newton Biocapital

Maturité

"L’arrivée à maturité du secteur se mesure aussi au nombre croissant de biotechs qui prennent le chemin de la Bourse", souligne un expert. "Non seulement sur Euronext Bruxelles, mais aussi au Nasdaq, le marché américain des technologiques." Une autre voie pour récolter des fonds, qui permet généralement de relever le niveau des ambitions.

Nos entrepreneurs et leurs accompagnateurs ont parcouru un sacré bout de chemin par rapport aux débuts sur ce marché, il y a une vingtaine d’années. "A l’époque, rappelle Alain Parthoens (Newton Biocapital), quand j’ai commencé à investir dans les biotechs en venture capital, les réviseurs se demandaient ce que c’était que ces entreprises qui allaient perdre de l’argent pendant des années! Aujourd’hui, le paysage a changé du tout au tout.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content