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Biotechs: faut-il bannir les placements privés?

©REUTERS

Lorsqu'une biotech lève des fonds via un placement privé, tout se passe derrière le dos des petits actionnaires qui sont souvent les dindons de la farce.

Le titre est un brin provocateur, je vous l’accorde. Mais demandez à un petit porteur qui détient une valeur biotechnologique en portefeuille ce qu’il pense des placements privés et vous verrez de la fumée sortir de ses narines et son visage prendre une physionomie guerrière. Dans le meilleur des cas.

Cas d'école: Biocartis

Le dernier exemple en date est éloquent. Biocartis dont le parcours boursier n’était jusqu’ici guère convaincant a annoncé lundi le lancement de deux tests visant le cancer colorectal. Une avancée pour cette biotech qui commercialise un mini-labo (Idylla) et des cartouches visant à poser des diagnostics rapidement et de façon de moins en moins invasive. Le marché l’a bien compris: le titre grimpait jusqu’à 6,3% en séance et dépassait brièvement les 14 euros. Rappelons que la société a été introduite en Bourse en avril 2015 au prix de 11,5 euros. 

Une excellente nouvelle donc pour les petits actionnaires qui font confiance dans l’entreprise depuis plus ou moins longtemps et qui voient celle-ci enfin récompensée.

Mais leur joie fût de bien courte durée. Le lendemain, l’action a commencé à baisser avant d’être suspendue dans l’après-midi. Profitant de cette aubaine boursière, Biocartis a décidé de lever, dare-dare, 60 millions d’euros auprès d’investisseurs institutionnels via un placement privé organisé avec une procédure accélérée du livre d’ordres. L’action qui était bradée à 12,5 euros, soit une décote de 9,7% par rapport au cours de clôture de la veille, a rencontré un tel succès que l’offre a été sursouscrite et le montant levé majoré de 20 millions.

Et, en toute logique, lors de la reprise de cotation ce mercredi matin, l’action a chuté d’un maximum de 6,9% à 12,60 euros pour ensuite se stabiliser autour de 12,7 euros.

"Black Friday" le mardi

Du point de vue de l’entreprise et des investisseurs institutionnels, c’est un "win-win deal". La biotech renfloue ses caisses au meilleur prix et en un claquement de doigts et les gros investisseurs profitent d’un "Black Friday" un mardi.

Pour le petit porteur, par contre, la pilule est amère. Le gain récent s’est envolé et la dilution du capital se révèle plus élevée encore. On ne lui a pas demandé son avis. S’il n’est pas rancunier, tout juste peut-il profiter de la chute pour moyenner son prix de revient. En s’acquittant des frais de courtage et de l’impôt de Bourse, lui.

Kiadis, Mithra et... Nyrstar

Malheureusement, le placement privé est une technique pratiquée couramment par les biotechs cotées ou non cotées. Et également par d'autres entreprises comme Nyrstar, dernièrement.

En octobre dernier, Kiadis Pharma a profité de l’envolée de son cours de Bourse (doublé en quatre jours après des nouvelles positives pour son produit-phare) pour organiser une levée de fonds privée de 18 millions d’euros avec une décote de 15%. Mithra a également renfloué sa trésorerie en juin dernier en récoltant 26,1 millions d’euros. La décote proposée était de 7,8%.

Alternatives

Sur le plan boursier (c’est-à-dire hors autres sources de financement), il existe deux autres moyens pour les biotechs de solliciter des investisseurs. Pour les plus ambitieuses d’entre elles, le Nasdaq constitue une poche sans fonds. Mais lors d’une IPO sur cette Bourse américaine, le petit porteur déjà actionnaire se voit aussi laissé sur le bord de la route.

La première cotation d'Argenx sur le Nasdaq. ©Christopher Galluzzo / Nasdaq

Reste la technique classique de l’augmentation de capital avec droit de préférence régulièrement utilisée par les sociétés immobilières réglementées (SIR) pour financer leur croissance. Ici les actionnaires existants, petits et grands, sont sur un pied d’égalité et ont le choix de participer, ou non, à l’opération.  Ils bénéficient de la même décote calculée en général à partir d’une moyenne tirée sur le dernier mois de cotation.

Oui, bien sûr, il s’agit d’un processus qui prend du temps et nécessite la publication d’un prospectus et parfois la convocation d’une assemblée extraordinaire; un manque de souplesse peu en phase avec les besoins d’une biotech. Exception qui confirme la règle: Asit Biotech va convoquer ses actionnaires pour organiser prochainement une augmentation de capital classique.

Solution?

L’idéal serait donc de créer une déclinaison plus souple de cette formule qui préserve les droits des actionnaires existants et les place sur un pied d’égalité. A défaut d’une telle solution, les petits investisseurs pourraient se montrer de plus en plus frileux à l’égard de ce segment déjà hautement risqué. Et bouder les IPO à venir.

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