Investir dans les biotechs sans se faire (trop) de mauvais sang

©Anthony Dehez

Les actions des sociétés de biotechnologie, qui peuvent afficher une volatilité extrême, répondent à une dynamique propre. Voici quelques clés pour éviter que votre investissement dans ce secteur ne se transforme en mal de crâne.

Les sociétés de biotechnologie sont devenues ces dernières années un investissement très prisé en Bourse et Euronext Bruxelles recèle d’ailleurs un choix assez vaste en la matière avec une douzaine de valeurs cotées. Mais attention où vous mettez les pieds! On est loin, très loin du placement du bon père de famille. Vous voilà prévenus.

Outre la complexité de leur domaine d’activité, les écarts de cours d’une action sur plusieurs séances, voire même lors de la même journée, peuvent donner le tournis. Pour le meilleur ou pour le pire. Et parfois sans raison apparente.

Rallye boursier

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Regardez Mithra, le spécialiste liégeois en matière de santé féminine. Le titre a plus que triplé au cours du premier semestre 2018 pour perdre ensuite un quart de sa valeur en quelques jours au mois d’octobre dernier sans d’autres véritables explications que de simples prises de bénéfice. Une volatilité extrême, donc, qui nécessite une surveillance particulière comme pour du lait sur le feu.

Si vous êtes malgré tout tenté d’investir dans ce compartiment à haut risque, voici quelques conseils qui pourront vous aider à tracer votre route dans cette jungle de blouses blanches, éviter les pièges et, pourquoi pas, réaliser quelques plus-values sans vous faire trop de mauvais sang.

Faire ses devoirs

C’est la base de la Bourse. Certains gourous n’investissent que dans des domaines qu’ils comprennent parfaitement. Ici, à moins d’être bardés de diplômes scientifiques, on peut abandonner cette ambition.

Le miracle biotech va-t-il continuer?

2018 a été une année record pour les investissements dans les biotechs belges. Mais resterons-nous longtemps des champions mondiaux? Quels sont les prochains Mithra, argenx, Galapagos? Notre enseignement est-il suffisant pour affronter les futurs défis? Quelles sont les astuces à connaître avant d’investir dans ce secteur? Le point dans notre dossier en ligne.

Mais cela ne veut pas dire qu’il faut investir à l’aveugle. Lisez un maximum les explications que vous pourrez trouver sur le site de la biotech qui vous tente. Quelle est sa spécialité, quelle maladie espère-t-elle soigner, qui sont ses actionnaires, ses partenaires, ses concurrents, ses moyens financiers… Et élargissez vos recherches sur le net pour avoir une vue d’hélicoptère de son champ d’activité.

Oubliez les bénéfices

On vous l’a dit, les biotechs c’est vraiment un domaine à part. Oubliez les chiffres clés du compte de résultats d’une entreprise classique. Chiffre d’affaires et résultat net, n’ont pas du tout la même résonance ici. Toute l’énergie et les moyens sont focalisés sur la recherche. Et donc, la plupart du temps, ces sociétés ne produisent rien et ne dégagent aucun bénéfice. Leur valorisation boursière repose essentiellement sur leur potentiel.

Par contre, votre attention doit se porter sur les coûts de la recherche et les frais, soit ce que l’entreprise dépense pour poursuivre ses objectifs. Le "cash burn", dans le jargon.

©Mediafin

Cash is king

Plus que dans d’autres secteurs, l’argent est le nerf de la guerre, le carburant vital. C’est pour cette raison que ces sociétés font régulièrement le point sur le niveau de leur cash. "Les biotechs doivent s’assurer de disposer de liquidités nécessaires pour poursuivre leurs recherches et faire face aux dépenses générales. Deux années de réserve sont minimum", estime un expert de KBC.

La révolution biotechnologique

Nous avons répertorié les 194 entreprises belges actives dans le secteur biotechnologique appliqué à la médecine. Radiographie d’une révolution.

Souvent lorsque l’une d’entre elles annonce des progrès prometteurs dans ses essais cliniques elle en profite pour solliciter immédiatement le marché afin de remplir ses caisses.

Cela s’effectue la plupart du temps via un placement privé qui comme son nom l’indique est réservé à certains types d’investisseurs professionnels. Cette méthode a l’avantage de la rapidité et de la souplesse mais ne permet pas aux actionnaires existants de participer.

Les deux biotechs qui font partie du Bel 20, Argenx et Galapagos, ont ainsi amassé une véritable montagne de cash qui leur permet d’être à l’abri du besoin pour quelque temps. La position de liquidités de la première s’élevait à 582,3 millions d’euros à la fin du troisième trimestre tandis que chez Galapagos on dépassait allègrement le milliard à 1,34 milliard d’euros.

Certes, les actions émises lors de ces placements privés sont assorties d’une décote et pèsent sur le cours de Bourse, parfois assez brièvement d’ailleurs. Mais le succès de ce type d’opération représente une marque de confiance du marché. Une confiance que Curetis, spécialisé dans le diagnostic, a eu du mal à inspirer dernièrement. Elle espérait récolter 18,4 millions d’euros, elle n’en a finalement obtenu qu’un peu moins de la moitié…

Alliances

Disposer de molécules prometteuses ne suffit pas. Il faut passer avec succès par les trois phases des essais cliniques (voir encadré ci-dessous) dont la dernière peut s’avérer très onéreuse. Il faut ensuite décrocher le feu vert des autorités sanitaires pour la mise sur le marché, déployer un réseau commercial et, enfin, s’assurer que son médicament sera remboursé en tout ou en partie aux patients. Un processus qui peut durer entre 15 et 20 ans et nécessite donc des moyens substantiels. D’où le besoin de conclure des alliances.

Disposer de molécules nécessaires ne suffit pas. Il faut encore passer les phases des essais cliniques.

Certaines se nouent déjà au niveau des essais cliniques des candidats médicaments avec des paiements alloués aux biotechs à mesure du franchissement de certaines étapes et peuvent même se traduire par une entrée dans le capital. Comme ce fut le cas, par exemple, il y a quelques jours lorsque la maison-mère de Janssen Pharmaceutical a pris une participation dans Argenx pour 200 millions de dollars dans un accord global portant sur 1,6 milliard de dollars.

D’autres interviennent plus en aval. En septembre dernier, Mithra a conclu un accord de licence et d’approvisionnement avec Gedeon Richter pour commercialiser Estelle, son contraceptif oral, en Europe et en Russie avec à la clé le paiement d’une avance de 35 millions d’euros.

Étapes à surveiller…
Les phases

Un candidat-médicament doit passer par plusieurs étapes d’un essai clinique avant que son dossier puisse être examiné en vue d’une éventuelle commercialisation. Elles sont au nombre de trois en plus du développement pré-clinique.

Lors de la phase I, on teste le traitement potentiel sur un nombre limité de volontaires sains afin de déterminer sa toxicité et d’examiner la façon dont il est géré par l’organisme.

L’objectif de la phase II est de déterminer la dose optimale du produit et ses éventuels effets indésirables auprès d’un échantillon plus large de patients, soit quelques centaines.

La phase III est primordiale. Elle compare sur une plus grande échelle, l’efficacité du médicament par rapport à un placebo ou au traitement standard du moment pour la maladie concernée. Elle peut impliquer des milliers d’individus.

Le flux des infos

En Bourse, les biotechs vivent au rythme des communiqués de presse qui annoncent les progrès des phases cliniques, des paiements d’étape, des levées de fonds, des collaborations, etc. De telles publications peuvent parfois mettre le feu aux poudres ou torpiller l’action. Il faut donc être très vigilant.

Si une société reste plusieurs semaines sans faire parler d’elle, son action risque d’ailleurs de dépérir à petit feu. Les congrès scientifiques constituent également une opportunité de présenter des données très récentes sur des essais cliniques.

Les flops

Au début du mois de novembre, Bone Therapeutics, une biotech carolo spécialisée dans la thérapie cellulaire osseuse a annoncé l’arrêt de l’étude de phase III de son produit autologue pour le traitement de l’ostéonécrose de la hanche. Son titre a dévissé de 28% en une séance. Les échecs ne sont pas rares et la sanction des investisseurs est immédiate et brutale. On se souvient de la claque mémorable assénée en Bourse à Celyad lorsqu’elle a annoncé, il y a plus de deux ans que ses résultats de phase III pour son traitement de l’insuffisance cardiaque n’étaient guère concluants. Heureusement, la biotech avait d’autres cordes à son arc et a pu se retourner. Dans un tel contexte, on ne soulignera jamais assez l’importance de la profondeur du pipe-line (le nombre de traitements en développement) dans le choix d’une biotech. Cela permet de mieux encaisser le choc si un essai clinique échoue.

 

L’OPA, le Graal

Lorsqu’un traitement franchit avec succès une phase III, la biotech à l’origine de cette prouesse est considérée comme "dé-risquée". Elle peut alors faire l’objet d’une offre publique d’acquisition (OPA) dans le chef d’un grand groupe pharmaceutique comme ce fut le cas avec Ablynx et TiGenix. Mais certaines refusent un tel destin comme le CEO de Galapagos qui entend développer sa société en un groupe indépendant.

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