analyse

La biotech Argenx a désormais un pied dans la cour des grands

La capitalisation boursière d'Argenx a franchi le cap des 7 milliards d'euros. ©AFP

Forte des données positives d'un essai clinique de phase III visant le traitement de la myasthénie grave, la biotech Argenx va déposer une demande de commercialisation aux États-Unis.

C’est un jour faste pour Argenx . Pas seulement parce que la société pèse désormais plus de 7 milliards d’euros en bourse grâce au bond de 20% enregistré par son action ce mardi matin. Mais parce que ce niveau symbolique a été franchi suite au premier succès d’un essai clinique de phase III qui va permettre à cette biotech belgo-néerlandaise d’entamer sa transition vers une organisation commerciale intégrée, comme le signalait son CEO il y a peu.

"Ce succès pourrait en appeler d’autres."
Thomas Guillot
Analyste chez Degroof Petercam

Selon des résultats publiés ce mardi, l’anti-corps efgartigimod, le produit phare d’Argenx, s’est révélé efficace et bien toléré par des patients atteints de la myasthénie grave, une maladie neuromusculaire auto-immune. Quelque 67,7% des malades traités avec cette molécule ont montré des signes d’amélioration, contre 29,7% pour ceux ayant reçu un placebo. Chez 40% des patients, les symptômes de la maladie étaient même réduits au minimum, voire inexistants.  

Forte de ces données, Argenx a l’intention de déposer une demande de mise sur le marché d’ici la fin de l’année auprès des autorités sanitaires américaines.

Meilleur de sa catégorie

1,6 milliard
d'euros
KBC Securities évalue à 1,6 milliard d'euros le pic potentiel des ventes de l'efgartigimod dans le traitement de la myasthénie grave.

Thomas Guillot, de Degroof Petercam ("acheter"), qui a majoré son objectif de cours de 30 euros pour le porter à 190 euros, pense qu’avec son profil de premier ordre, voire même de meilleur de sa catégorie, l’efgartigimod devance ses concurrents. Si son estimation de pic des ventes reste inchangé, à 1,3 milliard d’euros, il a toutefois augmenté la probabilité de réussite de ce traitement à 90%, contre 70% avant. "Ce succès pourrait en appeler d’autres", souligne-t-il.

Rappelons, à ce propos, que cet anticorps est actuellement testé par Argenx dans trois autres affections: la thrombocytopénie immunitaire primaire (ITP), le pemphigus vulgaire et la polyneuropathie inflammatoire démyélinisante chronique (CIDP). Une cinquième indication devrait être annoncée cette année.

Perturbation

Chez KBC Securities, Sandra Cauwenberghs et Lenny Van Steenhuyse ("acheter") ont également revu à la hausse les probabilités de succès de ce traitement passant de 75% à 95%. Pour eux, les données dévoilées aujourd’hui "pointent vers une perturbation potentielle des traitements actuels" tels que l’échange de plasma et le Rituximab.

Dans la foulée, ils ont aussi élargi le vivier des patients et tablent désormais sur un pic des ventes potentiel de 1,6 milliard d’euros. Pour le traitement de l’ITP, ils visent un chiffre de 1,3 milliard d’euros, pour le pemphigus vulgaire de 714 millions d'euros et pour le CIPD de 1,02 milliard d'euros. Leur target passe de 159 euros à 170 euros.

La myasthénie grave, une maladie auto-immune rare

La myasthénie grave est une maladie auto-immune qui perturbe la communication entre les nerfs et les muscles, et qui a pour conséquence une faiblesse musculaire. Les muscles des personnes atteintes deviennent anormalement fatigués et faibles après un exercice physique. Elle est plus fréquente chez les jeunes femmes et chez les hommes âgés. Quelque 65.000 personnes aux États-Unis et 20.000 au Japon vivent avec la maladie, sur un total de 200.000 malades dans le monde. Elle est donc relativement peu répandue.

S'agissant d'une pathologie chronique, le suivi et le traitement de la maladie sont actuellement rendus difficiles par les fluctuations inhérentes - et imprévisibles - de la maladie, mais également par la lourdeur et les complications des médicaments existants.

L'efgartigimod développé par Argenx est un fragment d'anticorps développé pour traiter les maladies auto-immunes sévères. Il dégrade les auto-anticorps responsables de ces maladies. D’autres sociétés pharmaceutiques ont ciblé la myasthénie grave, dont le belge UCB.

Fondée en 2008 par des anciens membres d'Ablynx, Argenx est focalisée sur des thérapies à base d'anticorps pour le traitement des maladies auto-immunes graves et des cancers. La biotech se concentre sur des pathologies ciblées, en défaut de traitements existants efficaces. Tout comme Ablynx, l'activité clinique d'Argenx repose sur le système immunitaire des lamas, qui constitue la base de sa plateforme "Simple Antibody".

Huit anticorps sont actuellement en cours de développement chez Argenx, le plus avancé étant l'efgartigimod. Pour plusieurs produits candidats, argenx a conclu des partenariats avec des groupes comme AbbVie, LEO et Janssen.

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