Manger son chapeau, c'est ça aussi les biotechs!

©AP

Pour l'heure, Euronext Bruxelles remplit à la perfection son rôle de financement des entreprises. Surtout auprès des SIR et des biotechs, les plus gourmandes en capitaux. Mais comme vient encore de le rappeler le placement privé réussi de Mithra, le segment de biotechs peut réserver de mauvaises surprises aux néophytes.

On peut dire que ces derniers mois, la Bourse de Bruxelles remplit à merveille sa mission de financement des entreprises. Ce qui finira, on l’espère, par attirer de nouveaux candidats à la cotation. Car, avec les OPA en cours et l’absence d’IPO (la biotech Apitope prend son temps pour concrétiser ses intentions, quant à l’IPO Belfius, elle s’enlise dans l’antichambre politique), le début de calvitie qui frappe les rangs autrefois touffus d'Euronext Brussels n’est pas prêt de s’arrêter.

Mais celles qui sont actuellement dans la place tirent tout profit qu’elles peuvent de cette cotation. Et notamment lorsqu’il s’agit de remplir leurs caisses. On se rappellera les quelque 900 millions d’euros levés par Umicore en un clin d’œil en début d'année.

Immobilier et biotechs

Les gendarme de la Bourse se penche sur Mithra

Le bond de plus de 25% enregistré par l’action Mithra dans la foulée de l’interview de son patron François Fornieri dans notre journal du 19 mai n’est pas passé inaperçu du côté de l’autorité des marchés financiers, la FSMA. Le gendarme des marchés financiers a ouvert une analyse portant sur les propos prononcés par le CEO de la biotech et leur contexte.

La FSMA ouvre une analyse à chaque fois qu’elle constate de fortes fluctuations au niveau du cours d’une action et des volumes échangés. Si elle dispose de suffisamment d’éléments, le dossier est transmis à un auditeur pour l’ouverture d’une enquête. L’an dernier, la FSMA a ouvert 80 analyses et pré-analyses (simple collecte de données).

 

Comme l’actualité récente le démontre encore, deux types d’entreprises sollicitent davantage le marché: les sociétés immobilières réglementées (SIR) et les biotechs. Retail Estates a récolté 123 millions d’euros en avril dernier et Xior vient de lancer une augmentation de capital d’une taille plus ou moins similaire.

Du côté des biotechs, Celyad a à peine fini de recharger ses accus (46,1 millions d’euros) que Mithra a, à son tour, lancé et réussi haut la main un placement privé qui lui a permis de lever 77,5 millions d’euros.

L'art du timing

En bons gestionnaires, les responsables de cette société liégeoise spécialisée dans la santé féminine n’ont pas attendu d’apercevoir le fonds du coffre pour décider de passer par la case Bancontact. Tout l’art réside dans le timing. Il faut solliciter le marché lorsque l’action se porte au mieux afin de limiter la dilution au maximum. Battre le fer tant qu’il est chaud.

On profite de résultats cliniques positifs d’un des produits phares et d’une interview du CEO qui a mis le feu aux poudres en évoquant une éventuelle cession potentielle de l’entreprise ou en la comparant au GSK ou au Bayer du futur. Résultat, le titre a bondi de plus de 25% en une séance à la suite ces déclarations avec un plus haut historique de 39 euros.

©L'Echo

Gare à la décote

Les investisseurs institutionnels et/ou qualifiés sont mis en appétit. On peut donc leur proposer les nouvelles actions avec un rabais de 10% pour que celles-ci partent comme des petits pains un jour de disette.

Comme les mécanismes du marché sont bien huilés, lors de la reprise de cotation, le cours s’ajuste plus ou moins au prix proposé à l'occasion du placement privé auquel, rappelons-le, les petits porteurs n’ont pas accès.

Tout cela, il faut le savoir avant d’investir dans ce segment très particulier et très risqué (mais qui peut aussi se révéler très rémunérateur) des biotechs. Au risque de manger son chapeau

Méfiance donc, paradoxalement, quand le cours d'une valeur biotech vole de record en record et quand le coffre-fort ne regorge pas de cash.

Les néophytes qui ont investi le maximum qu’ils pouvaient dans la valeur au lendemain de l’interview du CEO de Mithra et qui n’ont pas l’occasion aujourd’hui de moyenner leur position à la baisse vont devoir attendre des jours meilleurs pour se refaire, comme on dit. C’est ça aussi les biotechs…

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