TiGenix: "Le stand-alone était notre plan initial"

"Dans les prochains mois, le temps de finaliser la transaction, rien ne change." ©Saskia Vanderstichele

Le Japonais Takeda va lancer une offre sur 100% des actions de la biotech hispano-belge Tigenix. Une offre qui valorise l’entreprise à 520 millions d’euros, 82% de plus que sa valeur à la clôture jeudi. L’ensemble du conseil d’administration, CEO compris, soutient l’opération. On ignore si une fois propriétaire, Takeda maintiendra la localisation de l’entreprise en Espagne. "Nous n’en avons pas encore discuté" répond Eduardo Bravo, le CEO de Tigenix.

L’histoire est classique: lorsqu’une biotech est sur le point de voir son chiffre d’affaires s’envoler, elle attise la convoitise des grandes sociétés pharmaceutiques. Tigenix n’aura pas échappé à la règle. Trois semaines après l’avis positif reçu par la société cotée pour la mise sur le marché européen de son produit-phare, un traitement des fissures anales liées à la maladie de Crohn au moyen de cellules-souches allogéniques, le Japonais Takeda annonce son intention de racheter 100% du capital de l’entreprise à un prix de 1,78 euro par action — une prime de 82% par rapport au cours de clôture jeudi. L’action a bondi de 75%, à la reprise de la cotation, vendredi.

Le Japonais, déjà partenaire commercial et actionnaire de l’entreprise à hauteur de 4%, valorise la biotech hispano-belge à 520 millions d’euros. Une biotech qui n’a plus qu’une boîte aux lettres à Leuven et une cotation à Bruxelles, la recherche étant assurée depuis Madrid, où travaillent la majorité des 90 employés de l’entreprise.

Cette offre publique d’acquisition est une bonne chose pour les actionnaires, affirme Eduardo Bravo, le CEO de Tigenix. Elle devrait être formellement lancée d’ici quelques semaines, une fois le prospectus approuvé par la FSMA. Une offre conditionnée à l’obtention par Takeda d’au moins 85% des titres, et qui devrait être suivie d’un squeeze-out.

Le stand-alone n’était-il pas possible, pour Tigenix?

Eduardo Bravo. Si, c’était le plan. Mais à partir du moment où quelqu’un vient avec un prix équitable pour les actionnaires, notre responsabilité est de défendre leurs intérêts. L’ensemble du conseil d’administration de Tigenix soutient donc cette offre et recommande aux actionnaires de l’accepter.

Votre principal actionnaire, Grifols et sa maison-mère Gri-Cel, a déjà confirmé qu’il apporterait ses actions à l’offre. N’avez-vous pas essayé de convaincre vos autres actionnaires importants?

C’est Takeda qui a approché Grifols: c’est quelque chose qu’en tant qu’entreprise, nous ne pouvions pas faire. Et nous allons maintenant entamer les discussions avec les autres actionnaires.

Depuis quand discutez-vous de cette opération avec Takeda?

C’est quelque chose qui ne se conclut pas en quelques jours. Entre les premières discussions, vraiment informelles, et la décision de Takeda de finalement lancer l’offre, il s’est passé un certain temps.

L’avis positif de l’Agence européenne du médicament pour la mise sur le marché de votre produit-phare, le Cx601, a-t-elle joué un rôle clé dans cette décision?

Il faut le demander à Takeda. Mais il est sûr qu’il s’agit d’un élément important, sans lequel Takeda n’aurait sans doute pas fait cette offre.

L’entreprise va-t-elle rester localisée en Espagne?

Tout ce que je peux vous dire, ce que dans les prochains mois, le temps de finaliser la transaction, rien ne change. Une fois Takeda propriétaire de l’entreprise, je ne sais pas ce qu’ils vont faire. Nous n’en avons pas encore discuté.

Le rachat par Takeda va-t-il permettre à Tigenix d’accélérer ses plans?

Nos plans restent absolument identiques: entamer la commercialisation du Cx601 en Europe, assurer sa fabrication pour Takeda, préparer les procédures pour sa commercialisation aux Etats-Unis, et poursuivre les essais cliniques sur le Cx611.

Quel a été le moment le plus difficile, pour vous, en tant que CEO de Tigenix?

Quand vous êtes une petite entreprise, il y a toujours une série de moments difficiles, en particulier pour sécuriser les fonds nécessaires. Mais le plus difficile a sans doute été l’été 2013, quand l’action ne valait plus que 10 cents, et que plus personne ne croyait à l’entreprise. Heureusement, Grifols est monté à bord et a injecté 12 millions d’euros dans l’entreprise, qui a pu se remettre, et accumule depuis 2015 les bonnes nouvelles.

Créer un géant japonais... et mondial  

Le géant japonais de la pharmacie Takeda franchit une nouvelle étape de son développement international avec l’acquisition du groupe belge TiGenix. Annoncée le 5 janvier, "l’acquisition s’inscrit dans la continuité naturelle du partenariat existant", a précisé le groupe nippon.

Vieillesse de l’Empire

Les deux entreprises coopèrent depuis juillet 2016 sur la certification, le développement et la commercialisation du Cx601 plus connu sous le nom de Darvadstrocel, une thérapie à base de cellules souches allogéniques dérivées des tissus adipeux à utiliser pour le traitement de fistules perianales chez les patients atteints de la maladie de Crohn.

Pour Takeda, l’acquisition de l’entreprise de Louvain traduit sa volonté de moins dépendre du Japon, marché en recul en raison du déclin démographique. Nommé en 2015 à la tête du groupe, le Français Christophe Weber a pour mission d’en faire un véritable géant international. Il a recentré l’activité de Takeda sur trois domaines, les thérapies contre le cancer, les affections gastrointestinales et celles du système nerveux central, tout en maintenant la production de vaccins. Il s’est lancé en 2016 en quête d’acquisitions hors de l’archipel.

Takeda emploie 30.000 personnes dans 70 pays. Au terme de l’exercice clos fin mars 2017, ses ventes, majoritairement réalisées au Japon et en Amérique du Nord, ont atteint 1.732 milliards de yens (12,7 milliards d’euros) et son revenu net 115 milliards de yens (847 millions d’euros).

Numéro 2 nippon

Numéro 2 nippon de la pharmacie derrière Daiichi Sankyo, Takeda a vu le jour le 12 juin 1781 quand Chobei Takeda a démarré un commerce de produits des médecines traditionnelles chinoises et japonaises dans le quartier de Doshomachi, à Osaka, qui était à l’époque le coeur des activités commerciales liées à la santé au Japon. Le siège de l’entreprise s’y trouve toujours.

En 1871, Chobei Takeda, 4e du nom, s’est lancé dans l’importation de médicaments occidentaux. Il a obtenu en 1907 la licence exclusive d’importation des produits de l’allemand Bayer. Dans les années 2000, le groupe a initié des activités dans l’alimentaire et l’agriculture.

 

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