Le système D de Minguet contre le black-out

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Le ‘serial entrepreneur’ Laurent Minguet a concocté sa recette pour éviter black-out et délestages. Son concept? Jouer sur les consommations superflues des ménages aux heures critiques.

"Ma recette est très simple, et elle ne nécessite que trois ingrédients, nous explique Laurent Minguet: un vieux compteur bi-horaire, un disjoncteur à 15 euros et une modification tarifaire de l’électricité." Son idée? Troquer les tarifs jour-nuit des compteurs bi-horaires pour un tarif normal et un tarif ‘heures critiques’. "Une impulsion sur le réseau peut faire basculer, à distance, les plages horaires de tous les compteurs bi-horaires, y compris les plus anciens", explique le cofondateur d’EVS, qui a créé plusieurs sociétés actives dans l’énergie. L’électricité serait très chère aux heures critiques, quand la consommation se rapproche dangereusement du maximum que le réseau peut fournir. "Il s’agit de quelques dizaines d’heures par an où le prix de l’électricité serait multiplié par 5 ou par 10 par exemple", chiffre Laurent Minguet. Des moments à risque qui se situent le plus souvent l’hiver, entre 17 et 22 heures.

Automatiser les changements

"Le compteur bi-horaire, quand il change de mode, fournit un signal qui peut commander un disjoncteur. Il suffit d’y brancher tout ce qui ne doit pas fonctionner impérativement
Laurent Minguet
Entrepreneur

Mais plutôt que de miser sur les changements de comportement des ménages lors de ces heures à problème, Laurent Minguet propose d’automatiser la réponse. "Le compteur bi-horaire, quand il change de mode, fournit un signal qui peut commander un disjoncteur. Il suffit d’y brancher tout ce qui ne doit pas fonctionner impérativement, comme son lave-vaisselle, sa machine à laver, son séchoir ou son four électrique, au choix. ça prend une heure à un électricien, et le particulier n’a plus à se soucier des changements de plages horaires." Une solution que l’on peut donc baptiser système D, avec D comme dans disjoncteur.

Laurent Minguet en convient: son idée ne sera sans doute pas accueillie avec enthousiasme par tout le monde. "Certains vont dire qu’il vaudrait mieux un système plus sophistiqué, avec des compteurs intelligents. Mais cela va prendre 5 à 10 ans, alors que nous connaissons des risques de délestage ou pire, de black-out, qui auraient des conséquences vraiment désastreuses. L’avantage de ma recette, c’est qu’elle est applicable rapidement, qu’elle est beaucoup plus équitable que les délestages, et qu’elle peut constituer une solution en attendant mieux."

"L’avantage de ma recette, c’est qu’elle est applicable rapidement, pas dans 5 ou 10 ans."
Laurent Minguet
Entrepreneur

Ores a mené son expérience pilote

Techniquement, il est en effet tout à fait possible de modifier à distance les plages horaires des compteurs bi-horaires. Ores, qui dessert la majorité de ménages wallons, a ainsi mené une expérience pilote de déplacement de la consommation auprès de 10.000 clients dans le Namurois. L’idée était, là, de faire coïncider la consommation avec la production photovoltaïque. Les heures de nuit ont été réduites, et une nouvelle plage d’heures creuses a été introduite de 11 heures à 14 heures. "Les résultats montrent que durant l’été, 1 à 2% de la consommation ont été déplacés vers cette nouvelle plage horaire, et 4 à 5% durant l’hiver", explique Jean-Michel Brebant, responsable de la communication chez Ores.

Le gestionnaire de réseau ne se prononce pas sur la proposition de Laurent Minguet. Mais l’expérience qu’il a menée plaide, implicitement, pour l’automation suggérée par l’entrepreneur liégeois. Elle conclut, en effet, que le déplacement de la demande vient presqu’exclusivement des modifications automatiques – notamment grâce aux compteurs exclusifs nuit, programmés pour couper les chauffages à accumulation aux heures de pointe.

Laurent Minguet n’a pas chiffré le potentiel d’économies lors des pics. "Mais je suis persuadé qu’il reste un important gisement inutilisé, parce que la plupart des ménages n’ont pas beaucoup d’appareils programmables", affirme-t-il. Et il propose non seulement de viser les quelque 60% des ménages qui disposent d’un compteur bi-horaire, mais aussi les autres: un tarif électrique un peu plus élevé les inciterait à remplacer leur compteur mono-horaire par un compteur bi-horaire, à un prix plus démocratique qu’aujourd’hui"Le coût global de l’opération sur toute la Belgique atteindrait 666 millions d’euros, dont la moitié en main-d’œuvre. Ce serait bien moins cher pour le consommateur que le coût de nouvelles centrales de back-up pour assurer l’équilibre du réseau", conclut Laurent Minguet.

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