"Avec la blockchain, la moindre erreur peut coûter des millions d'euros"

©Roderik Van Der Veer

Si théoriquement, n’importe qui peut apprendre l’art de la programmation sur internet, la blockchain reste une technologie jeune et difficile à appréhender.

Si théoriquement, n’importe qui peut apprendre l’art de la programmation sur internet, la blockchain reste une technologie jeune et difficile à appréhender. Mais demander à un "blockchainer" en quoi consiste son boulot, c’est un peu comme demander à un développeur internet ce qu’il fait de ses journées. "La blockchain, ce n’est pas une seule chose. Cela regroupe une infinité de tâches", déclare d’emblée Roderik van der Veer, chief technology officer chez SettleMint. L’idée générale consiste à créer des "contrats intelligents", autrement dit des protocoles informatiques qui facilitent, authentifient et exécutent la négociation et l’exécution de contrats. Ces contrats peuvent être déployés dans une chaîne de blocs, soit une base de données sécurisée et décentralisée.

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Voilà pour la théorie. En français, il faut partir d’une transaction. "Si je paye 10 euros, c’est une transaction. Maintenant, imaginez qu’il y ait un millier de personnes qui font la même chose. Pour chaque transaction, une empreinte digitale, qu’on appelle "hash" est créée. Si tu modifies une transaction, l’empreinte change. On crée ensuite l’empreinte d’un millier d’empreintes. Cela constitue un bloc. Ensuite, on passe au bloc suivant que l’on crée de la même manière mais auquel on ajoute l’empreinte du bloc précédent. Cela signifie que si une seule valeur change, l’empreinte de la transaction change, celle de son bloc et de tous les suivants changent. Chaque partie qui est impliquée dans le système a la copie complète de toutes les transactions, empreintes et blocs sur son PC", détaille Roderik.

"Avant de déployer un smart contract, cela peut parfois prendre des mois s’ils sont très complexes."
RODERIK VAN DER VEER
COFONDATEUR ET CTO DE SETTLEMINT

De véritables mineurs

Mais concrètement sur un ordinateur, ça donne quoi? "Là, on s’enfonce plus profondément dans la technique. Êtes-vous certaine d’être prête pour cela?", rigole Roderik. Honnêtement, pas vraiment! Sur l’écran s’affiche alors ce qui ressemble à une base de données, c’est-à-dire un fichier sur un disque dur et une commande que l’on exécute. Une chaîne de blocs est une base de données. La taille de chaque bloc dépend de la chaîne. Pour donne un ordre d’idées, en matière de bitcoins par exemple, la taille d’un bloc est normalement figée à un mégaoctet.

CV express

Roderik van der Veer est né le 22 mars 1980 à Den Helder aux Pays-Bas. Il est marié et père d’un petit garçon.

Depuis 2016, il est le cofondateur et le chief technology officer de Settlemint, une start-up belge qui aide les organisations et les entreprises à tirer le meilleur profit de cette technologie grandissante.

Il est également le fondateur de Blockchain Vlaanderen depuis janvier 2016.

Avant cela, il a notamment été directeur technologique chez Kunstmaan et développeur/manager de projet IT chez Smartlounge.

Il est diplômé en informatique à la Katholieke Hogeschool de Louvain.

En principe, il faut compter un mineur par bloc. "Il faut le voir comme une course. La blockchain publique que nous observons utilise le concept de "proof-of-work" (preuve de travail) pour valider les blocs. Cela a un coût en temps, en puissance de calcul et en énergie. Lorsque le développeur a trouvé la solution du puzzle, il a "miné" le bloc. Chaque bloc validé te rapporte un certain nombre de bitcoins", résume Roderik van der Veer. En fonction de la puissance de calcul de l’ordinateur et du réseau, le logiciel fait en sorte que ce puzzle soit plus ou moins difficile pour qu’il soit solvable dans une durée de dix minutes. "Ces dix minutes de calcul font la preuve de travail", ajoute Roderik van der Veer.

Des millions en jeu

L’avantage de la blockchain, c’est que n’importe qui peut en faire. Théoriquement du moins puisqu’on peut apprendre à programmer en ligne. Le problème c’est que la technologie en tant que telle est nouvelle et que chaque code est immuable. "Vous ne pouvez pas apprendre en faisant des erreurs, ce qui augmente drastiquement les obstacles pour accéder au métier", juge Roderik van der Veer. "Si vous faites une erreur, cela risque de coûter des millions d’euros. Et comme il n’y a plus d’intermédiaires financiers ou de banques pour réclamer, vous n’avez plus que vos yeux pour pleurer."

 

Lorsqu’on développe des chaînes de blocs, on se creuse énormément le crâne, on développe une manière de penser "out of the box". "Tu passes beaucoup de temps à essayer de répondre à ces questions: comme ça fonctionne? pourquoi ça fonctionne ou pas? Si tu ne comprends pas pourquoi ça fonctionne, tu as un problème. Parce que si tu le mets en ligne et que ça a de la valeur, cela va attirer l’attention. C’est pourquoi on passe beaucoup de temps à faire des tests, à retourner le problème dans tous les sens. Avant de déployer un smart contract, cela peut parfois prendre des mois s’ils sont très complexes", conclut Roderik van der Veer.

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