La blockchain transforme en profondeur la publication académique

Björn Joos, cofondateur de Prophets, annonce que "Nabu", actuellement en test, devrait sortir d’ici 2019. ©Wim Kempenaers

Le studio Prophets a utilisé la blockchain pour la première fois il y a un an. Fort de cette expérience, il travaille désormais sur "Nabu", une plateforme de publication académique d’un genre nouveau.

Dans ces bureaux du centre d’Anvers, cela fait plus d’un an déjà que les équipes de Prophets travaillent effectivement avec la blockchain. Après une première expérience fructueuse d’embauche via cette technologie en mars de l’année passée, ce studio anversois de marketing et de communication aux 55 collaborateurs surfe chaque jour un peu plus sur cette nouvelle vague du monde technologique. Et se permet même de donner un coup d’accélérateur en préparant un projet d’ampleur: "Nabu".

Prophets
  • Spécialisé dans le marketing et la communication, le studio anversois Prophets a été fondé en 2004 par le créatif Tom Willemkens (Luca School of Arts) et l’ingénieur commercial Björn Joos (KU Leuven).
  • En mars 2016, il réalise la première embauche via la blockchain.
  • Un an plus tard, il travaille sur une plateforme de publication académique tirant parti de cette technologie et entendant offrir plus de transparence dans le contrôle entre pairs.
  • En marge de cela, Prophets compte 55 collaborateurs et des clients comme Audi, Orange, Crelan, la Stib, Brussels Airport, Generali, Carrefour, Barco, Mastercard, et De Persgroep.

Derrière ce mot se cache une plateforme de publication académique inédite où règnent transparence et ouverture, maîtres mots du projet. L’idée est de trancher avec ce qui existe, entend-on. Car force est de constater que jusqu’à présent, le processus d’évaluation par les pairs ("peer review", selon l’expression anglophone) dans le cadre de publications dans des revues scientifiques s’apparente à une sorte de "boîte noire", pour l’associé de Prophets. Avec Nabu, le studio entend changer tout cela en permettant d’aller chercher automatiquement les experts les plus pertinents, une évaluation initiale (et son processus) transparente, et l’accès aux révisions à venir d’un article. Merci la blockchain, désormais, "c’en sera fini des discussions sur qui a fait quoi et qui a écrit avant qui", se réjouit Björn Joos. En parallèle, le modèle financier desdites revues est aussi visé. Selon le studio, elles ont tendance à souvent s’accaparer les revenus générés par la recherche en appliquant des paywalls sur les articles, les rendant de facto inéligibles au partage. Sur Nabu, l’accès libre fera loi et les meilleurs contributeurs seront rémunérés.

"Plus value à long terme"

Pourquoi un tel projet, alors qu’il ne rapportera a priori pas grand-chose à l’entreprise? "Nous parions sur une plus-value à long terme", explique le cofondateur de Prophets, en termes d’image notamment, mais aussi de compétences acquises. Un plus non-négligeable quand on sait qu’"une partie du service que nous fournissons à nos clients est de déterminer quelles technologies sont pertinentes et applicables", ajoute-t-il. "Nous nous devons dès lors de les comprendre."

Comparable au "cloud"

"Moins on verra la blockchain, mieux ce sera pour son développement."
Björn Joos
Cofondateur de prophets

Sur l’idée que cette technologie serait la plus importante évolution technologique depuis internet, Björn Joos se veut nuancé. Pour lui, il convient de comparer la blockchain au cloud plutôt qu’au web, à savoir simplement "une technologie facilitante qui opère en arrière-plan". Ce qui ne veut pas dire qu’il remet en cause son importance, loin de là, mais bien qu’il préfère relativiser l’effet de mode englobant ladite technologie. Pour lui, "moins on la verra dans les années à venir, mieux ce sera pour son développement". On ne se posera ainsi plus la question de son bien fondé, les gens l’utilisant sans plus le remarquer.

La blockchain, pour débutants

Pour certains, il s'agit de la plus grande innovation depuis internet. Pour d'autres, ce n'est qu'une tendance pour laquelle les attentes sont excessives. Une chose est certaine: la blockchain est au coeur du débat digital. → Notre dossier

Interrogé sur ce qui a suscité l’intérêt du studio pour la blockchain, l’homme raconte qu’elle est apparue sur les radars il y a deux ans environ. Après un test dans le cadre d’une embauche, le studio a décidé de monter dans le train vu les perspectives offertes. Un an d’usage plus tard, une conclusion apparaît déjà clairement: "L’on surestime souvent la performance de cette technologie". Or, il faut bien comprendre qu’"en l’état, si vous avez un nombre conséquent de participants à un réseau blockchain, une transaction peut nécessiter jusqu’à une minute contre quelques millisecondes dans un système centralisé". Ce qui n’est évidemment pas optimal pour des projets de taille.

C’est donc sur la philosophie que cette technologie est amenée à bousculer les codes. Et le monde des médias et du marketing n’est pas en reste, analyse Björn Joos. Pour ne citer qu’un exemple, "les agences médias pourraient être amenées à disparaître". La raison? Avec la blockchain, il n’y aura plus besoin d’un intermédiaire entre annonceur et régie publicitaire, le processus étant automatisé. En fait, de manière générale, avec cette technologie "tout business régit par une autorité centrale peut théoriquement voir la blockchain remplacer cette autorité", explique l’homme. Un facteur que l’on devrait observer d’autant plus à l’avenir que l’économie collaborative continue à se développer… Vous voilà prévenus.

Première embauche via la blockchain

Alors que la blockchain n’en était qu’à ses balbutiements, Prophets a décidé en mars de l’année passée déjà de se lancer dans l’aventure. Le studio anversois a alors imaginé le premier contrat de travail tirant parti de cette technologie et réalisé dans la foulée la première embauche de cette nouvelle ère dans laquelle le monde des ressources humaines ne sera pas épargné. "L’idée était de donner un signal au monde politique", se souvient Björn Joos, associé chez Prophets. En effet, rien n’était clair quant à savoir si ce genre d’initiative était légal ou non. À la question de savoir s’il a été entendu, l’homme avoue aujourd’hui que "le gouvernement est resté très silencieux" aux sollicitations qui lui ont été adressées.

Mais qu’à cela ne tienne. "La direction était donnée" et cette première expérience a par la suite permis à l’entreprise de se lancer dans de nouveaux projets tirant parti de la blockchain.

De plus, cette embauche 2.0 a permis de mettre en avant deux éléments importants que sont une authentification "extrêmement sécurisée" du processus, de même qu’une économie de paperasse non-négligeable. "Cela nous rapproche également encore un peu plus de la disparition complète des documents papier", se réjouit le studio.

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