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La révolution blockchain

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Certains n’hésitent pas à parler de la plus importante révolution depuis internet. Aucun secteur n’y échappera. Êtes-vous prêt à vous simplifier la vie?

Tout le monde a vécu cette situation: vous êtes en vacances avec un groupe d’amis, et la question se pose de savoir comment partager équitablement les frais entre vous. Une personne est désignée pour collecter tous les reçus et calculer la part de chacun. Le système fonctionne, mais génère parfois un certain malaise: les comptes sont-ils réellement corrects? Maintenant, imaginez que vous deviez réaliser cet exercice pour un groupe de cent – voire mille – personnes que vous connaissez à peine ou pas du tout…

Une solution consiste à ne pas confier cette responsabilité à une seule personne, mais à l’ensemble du groupe. Si quelqu’un accepte de payer les courses pour tout le groupe à la caisse du supermarché, cet achat devra préalablement être validé par chaque participant. Tant que cette étape n’est pas franchie, les achats resteront bloqués et aucune transaction ne pourra être effectuée. Chaque participant recevra également une copie de toutes les transactions approuvées, de manière à éviter toute tentation de "manipuler" les chiffres.

La blockchain expliquée avec une lasagne

Cette technique est en réalité celle du "blockchain" (ou chaînage par blocs). Un "block" représente une ou plusieurs transactions (comme le paiement à la caisse de notre supermarché) et la "chain" représente la chaîne de "blocks" que le groupe a approuvés.

Cette façon de travailler n’est possible que si tous les membres du groupe peuvent communiquer entre eux en temps réel via un réseau numérique. En d’autres termes, pour travailler avec des blockchains, il faut avoir accès à internet.

Méthode de travail

Chaque bloc de la chaîne est une boîte de transactions qui reçoit un identifiant numérique – dans le jargon des programmateurs, cela s’appelle un "hash". Au même moment, dans chaque boîte se trouve un document qui se réfère au "hash" des transactions par blocs qui viennent d’avoir lieu. Vu que tous les blocs sont reliés entre eux dans un ordre bien précis, il devient quasiment impossible de frauder. Les candidats hackers doivent se frayer un chemin à travers tous les blocs précédents de la chaîne avant de pouvoir modifier les données de leurs victimes potentielles.

La blockchain est une méthode de travail, une technologie basée sur un logiciel afin de mener à bien des transactions entre de nombreuses parties qui ne se font pas nécessairement confiance.

La blockchain n’est donc pas une marque commerciale, ni un produit ou un service, pas plus qu’un code informatique comme les apps de votre smartphone. C’est plutôt une méthode de travail, une technologie basée sur un logiciel afin de mener à bien des transactions entre de nombreuses parties qui ne se font pas nécessairement confiance, et sans l’intervention d’un intermédiaire jouant le rôle de centralisateur. C’est pourquoi la technologie est parfois appelée "réseau décentralisé". Pour simplifier: tous ceux qui sont connectés à un réseau de blockchain sont reliés entre eux et informés de tout mouvement intervenant sur le réseau.

LA BLOCKCHAIN | FAST & SERIOUS

Pas d’instance centrale

Cette technologie diffère totalement des méthodes actuelles. Dans le système traditionnel, il existe toujours une instance centrale dont on s’attend – ou du moins espère – qu’elle réalisera correctement les transactions. Si vous transférez de l’argent à votre fournisseur d’énergie, c’est en réalité votre banque qui retire l’argent de votre compte et le verse sur celui de votre fournisseur. Si vous achetez une maison, c’est le notaire qui veille à ce qu’elle soit effectivement enregistrée à votre nom et que personne ne puisse en revendiquer la propriété.

Le concept du blockchain partage de nombreuses caractéristiques avec internet: c’est également une technologie basée sur un logiciel qui permet aux ordinateurs de communiquer entre eux, quel que soit le lieu, et sans l’intervention d’un opérateur central pour interconnecter correctement les câbles. Et tout comme internet, la blockchain a le potentiel de modifier fondamentalement notre organisation sociale et notre économie.

La fin des intermédiaires?

Cette technologie pourrait sonner le glas des "middle men", ces nombreux intermédiaires qui furent pendant des siècles les chaînons indispensables de notre système capitaliste. Aujourd’hui, qu’il s’agisse des banques (centrales), des chambres de compensation des Bourses, des notaires et des fonctionnaires de l’État civil, tous jouent un rôle d’intermédiaires et pourraient être remplacés par une blockchain. Nous ne prétendons pas ici que toutes ces personnes et institutions sont devenues superflues, car elles remplissent souvent d’autres fonctions que celle de "teneur de livres" central, mais le risque existe.

Parmi les applications les plus connues du blockchain, on trouve les devises virtuelles – ou "crypto-monnaies" – dont le bitcoin est la plus ancienne.

Il serait fastidieux de décrire ici les nombreuses règles et conventions qui sont à la base du bitcoin, mais il s’agit essentiellement d’un système permettant de régler des transactions entre membres d’un groupe fermé ou "community", sans l’intervention d’une banque et sans manipulation de cash. En plus du bitcoin, on trouve des dizaines d’autres monnaies numériques ou "tokens".

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28% des offres d’emplois publiées en Europe sur Indeed (leader mondial du job en ligne) contenaient en mai 2017 le mot blockchain ou bitcoin ou ‘crypto-monnaie’.

Système lasagne

De plus en plus d’entreprises et organisations qui souhaitent créer une application avec blockchain, collectent de l’argent grâce à l’émission de leur propre monnaie numérique, qui devient dès lors le moyen de paiement officiel de cette application. Mais ce serait une erreur de réduire le concept de la blockchain aux monnaies numériques, qui ne sont en réalité que le moyen de paiement de l’"économie blockchain" naissante.

Le développeur flamand Dimitri De Jonghe, qui, au sein de l’entreprise berlinoise Bigchain DB, étudie toutes sortes de nouvelles applications, le décrit comme un écosystème formé de plusieurs couches. "Aujourd’hui, vous voyez émerger plus de devises et de porte-monnaie virtuels. Dans une prochaine phase, nous verrons des apps qui tournent autour du contrôle de l’identité et de l’authentification. Et plus tard, la connexion sera établie avec le monde physique et les machines connectées."

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L’actualité récente nous donne déjà une idée du potentiel. Le port d’Anvers souhaite utiliser le blockchain pour améliorer la fluidité du transport par conteneurs. Les grands géants alimentaires y voient une manière de contrôler la sécurité de la chaîne alimentaire. Les pouvoirs publics y travaillent pour identifier rapidement et facilement les citoyens et éliminer la paperasse.

Mais les grandes entreprises ne sont pas les seules à pouvoir en profiter. La blockchain offre également aux indépendants et aux PMEs davantage de possibilités de traiter directement avec leurs clients finaux. Exemple: la musicienne britannique Imogen Heap a imaginé un système pour vendre la musique et percevoir les droits d’auteur sans l’intervention d’une maison de disques ou d’une organisation spécialisée en droits d’auteurs.

Simplifions-nous la vie

La vie des citoyens lambda pourrait aussi être grandement simplifiée. Avec la blockchain, il est possible de se créer une identité en ligne et d’y relier toutes sortes de documents, comme un diplôme, un permis de conduire, un contrat de mariage, etc. Un employeur potentiel pourra d’un simple clic vérifier si vous disposez des documents nécessaires. Ce que l’on appelle les "contrats intelligents" sont en train de voir le jour. Ces contrats par lequel l’argent ne sera versé sur votre compte (ou retiré) que moyennant le respect de certaines conditions.

En résumé, la blockchain est une technologie qui dispose d’un potentiel énorme. Mais tout comme les technologies "disruptives", elle a besoin de temps pour se développer. Comme il a fallu de nombreuses années pour voir arriver sur internet les premières applications ayant une réelle valeur ajoutée.

Pour la rendre réellement opérationnel et rentable, il faudra encore de nombreuses discussions et une intense collaboration entre de nombreuses parties prenantes. Par exemple, pour être en mesure de retracer avec précision l’origine du morceau de viande sur votre assiette, tous les acteurs de la chaîne de production – du fermier au supermarché – devront participer. Les applications qui ne disposent pas encore d’un cadre juridique fixant les règles du jeu et les responsabilités sont légion. Il faudra également compter avec de nombreuses résistances de ceux qui verront leur position dominante menacée. Les autorités souhaiteront peut-être, elles, limiter certaines applications, notamment si elles visent à éluder l’impôt.

Gare à la surcharge

Sur un plan purement technique également, se présentent de nombreux défis, comme la "blockchain bloat": plus la communauté est importante, plus le nombre de transactions augmente, plus la quantité de données échangées et stockées augmente, et plus le système ralentit. Un système de paiement par blockchain a beaucoup d’avantages sur papier, mais perd tout son intérêt si vous devez passer 20 minutes à la caisse à attendre que votre paiement soit approuvé.

Quant à la sécurité de la blockchain, tout n’a pas été dit, loin de là. La technique est parfois qualifiée d’inviolable, mais ce n’est que partiellement vrai. Le spécialiste Tuur Demeester basé à Dallas l’a récemment qualifié comme étant l’un des plus grands défis pour Ethereum, une devise virtuelle spécialement conçue comme moyen de paiement pour les contrats intelligents.

Plus le rendement potentiel d’un système est important, plus les hackers investissent d’énergie et de moyens pour le pirater. Et vu que la blockchain dépend d’internet, notre société sera davantage susceptible d’être à l’avenir la cible de cyber-attaques violentes visant l’infrastructure internet sous-jacente.

Conclusion? La blockchain est là pour durer. C’est une technologie fondamentalement disruptive. Mais ce n’est pas un moyen miraculeux qui changera la société du jour au lendemain. Ceux qui espèrent pouvoir gagner de l’argent, comme les milliers de spéculateurs qui ont investi leurs économies dans les nouvelles monnaies virtuelles, doivent être conscients des risques.

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