Impasse à la grecque pour Theresa May

La première ministre britannique Theresa May, ici lors de son discours du 4 octobre à la conférence annuelle du Parti Conservateur. ©AFP

La négociation sur le Brexit est à l’arrêt, alors que Londres continue de refuser de suivre les rails posés par les Vingt-Sept. Theresa May espère changer la donne en portant la discussion au niveau des chefs d’État. Comme un certain Alexis Tsipras en son temps...

En pleine crise grecque, face à l’impasse des discussions à l'échelon des ministres des Finances, Alexis Tsipras avait joué des pieds et des mains pour hisser la table des négociations au niveau des chefs d’État et de gouvernement. Dans l’espoir leur faire entendre (sa) raison. Résultat, après moult péripéties : un accord ressemblant comme deux gouttes d’eau à ce que le Premier ministre grec voulait éviter. Une crise n’est pas l’autre, mais le 5e round de négociation sur le Brexit s’est terminé jeudi sur une note qui rappelle cet épisode : ce que Londres n’arrive pas à obtenir à la table des négociateurs, Theresa May va tenter d’aller le chercher à la table du Conseil européen. 

Tour d'impasse-passe

Alors que les équipes de la Commission répètent à l’envi qu’elles sont disponibles 24h sur 24 et 7 jours sur 7 pour négocier, la partie britannique affiche un dilettantisme déconcertant. Le négociateur en chef David Davis n’était pas à Bruxelles pour le premier jour de négociation, lundi, et son équipe n’était tout simplement pas en mesure de négocier un volet essentiel, cette semaine: la facture du divorce (seules des “discussions techniques” ont eu lieu à un échelon subalterne).

Les négociations sont dans une “impasse”, pour reprendre le terme que Michel Barnier a utilisé lors d’une conférence de presse conjointe avec son homologue britannique, jeudi midi. L’impasse, on la connaît: Londres veut négocier sur l’avenir de la relation, et en particulier de la “période de transition” que Theresa May a appelé de ses voeux lors de son discours de Florence en septembre. Mais le disque de Michel Barnier n’a pas changé: le mandat que lui ont confié les Vingt-Sept prévoit qu’on ne parlera de l’après divorce qu’une fois avoir enregistré des progrès substantiels sur le divorce lui-même.

L’espoir a longtemps été que Barnier puisse enregistrer ces “progrès suffisants” au terme du 5e round de négociations, pour que les Vingt-Sept puissent valider un passage à la seconde phase des négociations lors de leur Conseil de la semaine prochaine. Un espoir officiellement douché jeudi par le Français: "Je ne suis pas en mesure de proposer au Conseil européen d'ouvrir les discussions sur la future relation", a-t-il déclaré.

"Des avancées positives sont à notre portée dans les deux mois qui viennent."
Michel Barnier

Pour cette source européenne, qui ne peut pas être identifiée, cela reporte le passage à la phase II au Conseil européen suivant, en décembre. Pendant sa conférence de presse, Michel Barnier a estimé que "des avancées positives sont à notre portée dans les deux mois qui viennent" si la volonté politique est là. Et la volonté en question nécessite bien sûr à ses yeux que Londres reconnaisse la “nécessité de mettre les choses dans l’ordre” - c’est-à-dire l’ordre sur lequel les Vingt-Sept se sont accordés... et pour lequel ils ne laissent aucune marge de négociation au gouvernement May.

Mais ce n’est toujours pas comme cela qu’on voit les choses côté Britannique. Le négociateur en chef David Davis l’a encore dit jeudi: pour lui, le blocage est précisément le résultat du cadre étriqué défini par les chefs d'État et de gouvernement de l'Union-à-Vingt-Sept. À leur réunion de la semaine prochaine, "nous voudrions qu'ils donnent à Michel les moyens d'élargir la base de négociation". Par un tour de passe-passe, on résoudrait la crise en une phrase...

Après tout, Theresa May a donné des gages de bonne volonté lors de son discours de Florence, en septembre, assurant que Londres honorerait ses engagements passés. Elle attend la carotte qui lui permettra de garder la face sur la scène domestique. En son temps, Tsipras n'y avait pas eu droit. Et même si une crise n'est pas l'autre, aucun signal ne laisse entrevoir à ce stade qu'elle bénéficiera d'un meilleur traitement.

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