L'Europe presse Londres d'"affronter la réalité brutale"

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La Commission Juncker et les députés européens appellent le Royaume-Uni à faire des propositions concrètes pour sortir de l’impasse dans laquelle se trouvent les négociations du Brexit. Le Parlement européen adopte ce mercredi une résolution proposant un accord d’association avec les Britanniques.

Les négociations du Brexit sont au point mort, et l’Europe commence à s’agacer. "Il ne reste qu’un an. Il est grand temps de transformer les discours en actes", a lancé mardi Jean-Claude Juncker à la Première ministre britannique Theresa May, retranchée à Londres derrière ses positions depuis début janvier.

Le président de la Commission européenne s’exprimait devant le Parlement européen à l’occasion d’un débat sur le Brexit. Il a aussi exigé plus "de clarté" de la part de Londres sur la manière dont le Royaume-Uni voit le futur avec l’Europe.

"Les députés ont discuté lors de cette session une résolution sur l’avenir de la relation entre l’UE et le Royaume-Uni, qu’ils adopteront ce mercredi."
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Les députés ont discuté lors de cette session une résolution sur l’avenir de la relation entre l’UE et le Royaume-Uni, qu’ils adopteront ce mercredi. Celle-ci propose de conclure un accord d’association avec le Royaume-Uni. Une coopération plus ambitieuse que l’accord de libre-échange proposé par Theresa May.

Cette solution comporterait quatre piliers. La future relation commerciale, plusieurs coopérations thématiques (aviation, recherche, Erasmus…), la sécurité intérieure et un partenariat stratégique de sécurité et de défense entre l’UE et le Royaume-Uni.

Tous les partis soutiennent l’idée. "L’unité de l’Europe sur cette question ne fait aucun doute", dit Elmar Brok (PPE). "Le Royaume-Uni doit faire des propositions, ce qui n’a pas encore été fait", surenchérit Roberto Gualtieri (S&D). Mais il n’est pas sûr que les négociateurs londoniens, rompus à la guerre des nerfs, plient en lisant la résolution.

L’accord du Vendredi Saint menacé

L’un des blocages majeurs reste le sort de la frontière entre l’Irlande et l’Irlande du Nord. L’UE propose de créer une union douanière sur l’île irlandaise afin d’éviter qu’elle ne devienne un lieu de contrebande. Une solution rejetée par Londres, qui ne veut pas voir apparaître de frontière avec sa province irlandaise.

"Les divergences réglementaires feront réapparaître une frontière (entre l’Irlande et l’Irlande du Nord) qui ne s’effacera pas avec le temps."
Philippe Lamberts

L’impasse est sérieuse. L’accord de paix pour l’Irlande du Nord est menacé. "Il est tout simplement impossible de quitter le marché unique et l’Union douanière tout en honorant l’accord du Vendredi Saint. Les divergences réglementaires feront réapparaître une frontière (entre l’Irlande et l’Irlande du Nord) qui ne s’effacera pas avec le temps", avertit le coprésident des Verts, Philippe Lamberts.

Guy Verhofstadt, le président des libéraux et négociateur du Brexit pour le Parlement, presse les Britanniques. "L’heure est venue d’aller au-delà des slogans, des petites phrases", a-t-il dit, Theresa May ayant tendance à décliner ses "lignes rouges" sans faire de proposition.

"Réalité brutale"

"Tous les modèles de coopération sont encore sur la table. Mais le Royaume-Uni ferme les portes."
Michel Barnier
négociateur en chef au nom de L’UE

"Il est temps d’affronter la réalité brutale, a résumé Michel Barnier, le négociateur en chef au nom de l’UE. Tous les modèles de coopération sont encore sur la table (…) mais le Royaume-Uni ferme les portes." Jusqu’à présent, Theresa May a exprimé son souhait de quitter l’Union douanière et le marché unique.

La Première ministre britannique a réagi durement au projet de texte juridique de 120 pages, déposé par Michel Barnier, traduisant le compromis auquel Londres et l’UE étaient arrivés fin décembre sur la facture du divorce, le sort des expatriés et l’avenir de la frontière irlandaise.

Selmayr présent au débat

Jean-Claude Juncker était flanqué lors de cette session de son nouveau secrétaire général, Martin Selmayr, dont la nomination éclair a provoqué lundi les foudres des députés européens. "Ton ancien chef de cabinet a réussi hier à unir tout le Parlement, la gauche comme la droite", a dit Guy Verhofstadt à Jean-Claude Juncker, juste avant de s’exprimer sur le Brexit, provoquant la moue de Martin Selmayr.

Le président de la Commission accuse le coup. En dépit de sa détermination à faire bouger le Royaume-Uni, le Luxembourgeois est apparu quelque peu fatigué, commettant un joli lapsus. "Le 29 mars 2029 à minuit… je rêve, le 29 mars 2019 à minuit, le Royaume-Uni quittera l’UE", a-t-il dit au début de son discours, interrompu par les traditionnels quolibets venant des bancs des élus du Royaume-Uni.

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