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Ce qu'il se passera en cas de "no deal" en 10 exemples

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Le 29 mars, le Royaume-Uni quittera l’Union européenne. Que se passera-t-il si Bruxelles et Londres ne trouvent pas un accord pour une sortie "ordonnée"? Tour d’horizon - non exhaustif - en dix exemples.

Pourrez-vous encore vous offrir un petit week-end de shopping à Londres?

En cas de Brexit "dur", vous ne pourrez plus sauter dans l’Eurostar pour un petit week-end de shopping improvisé à Londres. Après le 29 mars, en cas de "no deal", les citoyens européens devront demander un visa électronique, à l’image du visa américain, ce qui pourrait provoquer des files d’attente à la gare St-Pancras à Londres pour les passagers de l’Eurostar. Car en cas de "no deal", le Royaume Uni fera partie des "pays tiers", ce qui signifie que vous ne pourrez plus faire librement des achats et les ramener en Europe sans payer de taxes d’importation.

"En plus de certains produits limités en quantité, comme le tabac et les boissons alcoolisées, un plafond de 430 euros par personne s’appliquera à ceux qui voyagent par air et par mer, et de 300 euros à tous les autres", explique Francis Adyns, porte-parole du SPF Finances. Ceux qui importeront davantage devront le déclarer à la douane et payer des taxes d’importation.

Concrètement, cela signifie qu’à l’aéroport de Zaventem, vous ne pourrez plus emprunter la sortie bleue (EU), mais la verte (rien à déclarer) ou la rouge (quelque chose à déclarer) réservées aux passagers en provenance d’un pays non membre de l’UE. La chute de la livre sterling suite au Brexit pourrait rendre le shopping londonien à nouveau intéressant à cause de l’effet de change. Mais en cas de litige, il sera plus difficile de faire valoir vos droits, car les jugements européens ne seront plus automatiquement reconnus de l’autre côté du Channel.

Mon vol entre Madrid et Malaga sera-t-il annulé?

Un plan d’urgence a été préparé pour que le trafic aérien entre l’Europe et le Royaume-Uni ne soit pas complètement à l’arrêt le 30 mars. Cela permettra aux compagnies aériennes britanniques de voler, décoller et atterrir pendant encore un an maximum dans les aéroports européens. Les avions au départ de l’Europe en direction de – ou survolant Londres – ne devraient pas avoir de problème.

Dossier Brexit

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Les compagnies aériennes qui sont détenues à moins de 50% par des actionnaires européens ne pourront plus voler à l’intérieur de l’Union européenne. Ce problème d’actionnariat non européen est le plus cuisant pour l’ancienne compagnie aérienne espagnole Iberia, aujourd’hui détenue par le holding britannique IAG. Cela signifie qu’Iberia ne pourra en principe plus organiser des vols par exemple entre Madrid et Malaga ou Tenerife à partir du 30 mars.

Mais pour éviter ce chaos, Iberia a obtenu un délai de six mois pour mettre son actionnariat et son contrôle en conformité avec les règles européennes. Le Parlement européen et les États membres de l’UE sont arrivés cette semaine à un accord provisoire à ce sujet. Pour l’instant, il est donc encore possible de prendre un vol à partir de Bruxelles ou Madrid vers une autre destination espagnole.

Easyjet a déjà adapté son actionnariat. La société à bas coûts Wizzair ne dispose pas encore de toutes les "flying colours".

Les pêcheurs flamands seront-ils cantonnés à Ostende?

Les pêcheurs belges ont beaucoup à perdre en cas de Brexit "dur". La moitié de leurs prises proviennent en effet des eaux britanniques. "Les soles et les plies sont les principales espèces de poisson, explique Emiel Brouckaert, directeur de la Rederscentrale (centrale des armateurs) à Ostende. Elles représentent près d’un tiers de notre chiffre d’affaires annuel. Si nous ne pouvons plus pêcher dans les eaux britanniques, nous serons face à un gros problème. Nous serons les plus touchés de tous les pays européens."

La question qui se pose est de savoir quel statut auront les poissons pêchés dans les eaux britanniques. S’ils ne sont plus considérés comme des poissons "européens", ils seront soumis à des droits d’importation pouvant aller jusqu’à 12% de leur valeur, ce qui signifie qu’en cas de Brexit "dur", les soles seront beaucoup plus chères, même si elles sont achetées à la criée d’Ostende ou de Zeebruges.

Si les pêcheurs belges ne peuvent plus pêcher dans les eaux britanniques, l’ensemble du secteur se retrouvera sous pression. La pêche n’est pas un secteur très important, avec à peine 84 millions de chiffre d’affaires l’an dernier, mais elle représente 70 bateaux et 2.500 emplois.

Malgré tout, Emiel Brouckaert continue à croire qu’un accord pourra être trouvé. "Un Brexit dur serait dommageable pour toutes les parties, car les trois quarts des prises anglaises sont destinées au continent européen." L’association Fishing For Leave a beau adopter des points de vue radicaux – comme l’indique son slogan "Save Britain’s Fish" – la majorité silencieuse britannique est en faveur de la poursuite de la collaboration, confirme-t-il.

Vous êtes sur le point d’acheter un vélo pliable Brompton

Si vous souhaitez commander un vélo pliable de la firme britannique Brompton après lundi, il est plus que probable qu’il ne pourra pas vous être livré avant le 29 mars"Nous ne pouvons garantir ni le prix ni le délai de livraison", prévient Jan Botterman, cogérant du magasin Biker Fietsen gantois, un des dix distributeurs "premium" de notre pays.

On lui a conseillé de faire des stocks de vélos dans les couleurs qui se vendent bien pour satisfaire la demande pendant la période transitoire. "Ces dernières semaines, nous avons commandé 15 vélos supplémentaires."

Lors d’une visite chez Brompton au début de l’année, le vendeur de vélos gantois s’est entendu dire que le producteur avait fait une réserve de pièces de rechange pour 1 million de livres sterling (1,1 million d’euros) pour garantir l’approvisionnement de son entreprise, située à l’ouest de Londres, en cas de "no deal".

Brompton a loué un entrepôt à proximité de l’aéroport londonien de Heathrow pour stocker l’équivalent d’un mois supplémentaire de rayons, de cadres et autres pièces. Botterman ne pense pas qu’une éventuelle (forte) hausse des prix de ces populaires vélos pliants fasse fuir ses clients. "Parce qu’il n’y a pas en Europe de solution alternative de la même qualité. Les clients continueront à acheter des vélos Brompton, même s’ils coûtent 100 ou 150 euros de plus."


Le fromage de Chimay hors de prix pour les Britanniques?

Une chose est sûre: en cas de "no deal", les produits alimentaires belges seront beaucoup plus chers pour les consommateurs britanniques, car des taxes douanières s’appliqueront de part et d’autre de la Manche.

D’après la fédération sectorielle Fevia, les spécialités à base de pommes de terre seront soumises à une taxe d’entrée de 17,6%. Les produits laitiers pourraient même être taxés à hauteur de 35%. Et ce n’est pas tout. "Les contrôles supplémentaires et les files d’attente à la frontière devraient augmenter les frais de transport", explique Jeroen Gobbin, spécialiste du Brexit chez KPMG. Quelqu’un devra payer.

En cas de "no deal" – et de problèmes éventuels à la frontière – certains produits périssables pourraient arriver dégradés de l’autre côté de la Manche, ce qui provoquera des pénuries et fera augmenter les prix au Royaume-Uni.

"Certains produits ne passeront même pas la douane", pense Daan De Vlieger, expert en commerce international chez Deloitte Belgique, "parce qu’il n’y a pas encore d’accord entre les vendeurs belges et les acheteurs britanniques pour définir qui s’occupera des formalités d’importation ou d’exportation et qui prendra les frais à sa charge." Ce retard est désastreux pour les exportateurs belges de produits frais, parce que leur durée de conservation est limitée.

"Certains produits ne passeront même pas la douane."
Daan De Vlieger
Deloitte

Vous appelez la maison de Manchester. À quel prix?

Depuis 2017, les tarifs de roaming – c’est-à-dire les prix facturés par les sociétés de télécoms pour les appels, connexions internet et SMS à l’étranger – ont été supprimés dans tous les pays de l’Union européenne, en Islande, en Norvège et au Lichtenstein. Par conséquent, les tarifs téléphoniques sont les mêmes à l’intérieur comme à l’extérieur du pays d’origine.

En cas de Brexit "dur" ou après une période de transition éventuelle, les opérateurs pourront fixer librement leurs tarifs. Le risque est donc réel que l’utilisation de votre téléphone de l’autre côté de la Manche coûte plus cher. Même si le gouvernement britannique a récemment déclaré qu’il réfléchissait à un plafond de 45 livres sterling (52 euros) par mois pour l’utilisation de data à l’étranger.

Les opérateurs pourraient également être obligés d’informer les clients lorsqu’ils atteignent un certain plafond, par exemple 80 ou 100% de leur capacité maximale, et de prévenir les utilisateurs intensifs des risques liés aux différences de tarifs, par exemple entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande.

Les plus gros opérateurs de télécoms sur le marché britannique, comme EE, O2, Vodaphone et Three, ont déclaré l’an dernier qu’ils n’envisageaient pas de réintroduire des tarifs de roaming. "Et si notre politique change en la matière, nous en informerons nos clients au préalable", a indiqué Virgin Media.

Un orchestre belge invité à Londres pourra-t-il ramener ses instruments en Belgique?

Que se passera-t-il si un orchestre belge donne un concert à Bristol le 28 mars et souhaite rentrer en Belgique quelques jours plus tard avec ses instruments de musique? Ceux qui se rendront au Royaume-Uni avant le 29 mars pour une durée limitée, accompagnés de matériel de prix, pourraient, selon Jeroen Gobbin, spécialiste du Brexit auprès du consultant KMPG, avoir des surprises désagréables, qu’il s’agisse d’un orchestre ou d’un vendeur qui transporte des appareils de diagnostic (très chers) dans sa voiture.

"Aujourd’hui, lorsqu’ils partent en tournée en Europe, les orchestres belges ne doivent présenter aucun document pour leurs instruments – souvent très chers, comme un violon Stradivarius qui coûte des dizaines de milliers d’euros."

Mais si l’orchestre rentre en Belgique après le 29 mars et qu’il n’y a pas de "deal", il pourrait se voir exiger tout d’un coup des documents lors du passage à la douane"Pour prouver que les instruments n’ont pas été achetés au Royaume-Uni, mais qu’ils ont été importés pour une période limitée. Il est possible que l’orchestre doive payer une amende, ou pire encore, que les instruments soient confisqués jusqu’à ce que la situation soit régularisée. C’est particulièrement absurde, car lorsque l’orchestre a quitté notre pays, aucun papier n’était nécessaire."


La Mini commandée vous coûtera-t-elle plus cher?

Mini et Rolls-Royce sont des marques du groupe BMW, mais leur image et la production sont toujours britanniques. Chez Rolls-Royce, les modèles sont produits à Goodwood, sur la côte sud de l’Angleterre. Et même si Mini dispose aujourd’hui d’une usine de montage aux Pays-Bas, 60% sont toujours made in Britain.

Chez les deux constructeurs, la majeure partie des pièces proviennent de l’étranger. Le groupe BMW est dès lors terrifié à l’idée que les retards à la frontière puissent ralentir le processus de fabrication. Ou pire encore, que les tarifs douaniers érodent sa marge bénéficiaire. Car en cas de "no deal", le Royaume Uni fera partie de la catégorie de tarifs OMC, ce qui signifie que les voitures seront frappées d’une taxe de 10% dès qu’elles franchiront la frontière avec l’Union Européenne.

Pour les clients des voitures de luxe Rolls-Royce, le prix est probablement secondaire. Mais dans le cas d’une Mini, la hausse de prix pourrait facilement atteindre 2.500 euros. Nul ne peut dire aujourd’hui si le groupe BMW prendra à son compte ce supplément de prix. "C’est une question hypothétique à laquelle nous n’avons pas de réponse, explique Jeroen Lissens, porte-parole de BMW Group Belux. Mais nous étudions tous les scénarios en bons pères de famille et nous essaierons de faire le maximum pour nous couvrir contre ces risques."


Vous voulez renvoyer un maillot d’Eden Hazard après le 29 mars

Vous l’avez peut-être déjà vécu: vous commandez des livres, des CD ou des vêtements via un magasin en ligne britannique, mais à la livraison, vous constatez qu’il y a une erreur. Si cela se produit avec une commande passée peu avant le 29 mars et que les produits sont livrés chez vous après cette date, il est possible que vous ne revoyiez jamais la couleur de votre argent, explique Jeroen Gobbin, spécialiste du Brexit auprès du consultant KPMG. "En cas d’erreur dans les commandes en ligne sur un webshop britannique, cela pourrait être problématique après le 29 mars en cas de ‘no deal’, prévient Gobbin. Imaginez que vous ayez payé 120 euros – sans frais de livraison – pour acheter un maillot d’Eden Hazard pour votre fils, via le webshop de Chelsea."

" Qu’arrivera-t-il si, après le 29 mars, on vous livre un mauvais maillot? Un remboursement sera-t-il encore possible? Vous aurez peut-être raison auprès d’un tribunal belge, mais pourra-t-il imposer sa décision à un fournisseur britannique? Je m’attends à de nombreux problèmes de ce type avec les commandes en ligne, parce qu’il n’est pas encore clair quelle juridiction sera compétente dans ces circonstances précises." Peut-être devrez-vous payer un supplément pour le maillot de remplacement, car tout d’un coup, les livraisons seront soumises à des droits de douane.

Quid si je suis hospitalisé au Royaume-Uni?

La grande inquiétude des hôpitaux et pharmacies britanniques, c’est de savoir si, en cas de "no deal", ils disposeront de suffisamment de médicaments.

Près de 45 millions d’envois de médicaments ont lieu chaque jour du Royaume-Uni vers l’Europe, et près de 37 millions dans l’autre sens. Cet immense flux de médicaments s’arrêtera net en cas de "no deal".

Chaque colis qui quittera le Royaume-Uni en direction de l’Europe devra disposer d’une licence et être certifié par l’Autorité européenne du médicament. Aujourd’hui, si un test ou un médicament est approuvé par le Royaume-Uni, il est également accepté dans les autres pays de l’UE, et vice-versa.

Mais ce sera terminé si les Britanniques quittent l’Europe sans accord. La perte de licence signifie que les médicaments dont les licences sont détenues par des entreprises britanniques ne pourront plus être vendus en Europe, et inversement.

Concrètement, 361 produits britanniques pourraient ne plus être disponibles en Europe du jour au lendemain. Idem pour 978 médicaments fabriqués en Europe et pas au Royaume-Uni.

Les grandes firmes pharmaceutiques comme AstraZeneca ont dès lors commencé, par précaution, à constituer des stocks supplémentaires de part et d’autre de la Manche.

©REUTERS

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