La menace d'un Brexit dur inquiète les patrons belges

Le patronat belge s’inquiète et veut à tout prix éviter le "no deal". Une étude de la KUL, relayée par la FEB et la Fevia, estime à 40.000 le nombre d’emplois menacés, dont 3.000 rien que pour l’industrie alimentaire.

Le rejet du plan de retrait du Brexit, proposé par la Première ministre britannique Theresa May, a ravivé les craintes d’un "no deal" et de ses conséquences pour les entreprises belges. L’administrateur délégué de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB), Pieter Timmermans, estime à 40.000 le nombre d’emplois qui pourraient être menacés en cas de "hard Brexit". "Mais je suis convaincu que les intérêts de la Grande-Bretagne prévaudront sur les intérêts individuels", a-t-il ajouté.

L’industrie alimentaire belge serait particulièrement touchée avec 3.000 emplois en jeu. "Les producteurs de pommes de terre surgelées et de légumes surgelés représentent respectivement 580 et 188 millions d’euros d’exportation vers le Royaume-Uni. Pour les produits avec une durée de conservation courte, les longues files d’attente aux frontières peuvent causer un problème majeur. Un autre problème est que tous les ports de notre région ne sont pas capables d’effectuer les contrôles phytosanitaires requis", précise la Fédération de l’industrie alimentaire belge (Fevia).

Pour l’administrateur délégué du Voka, Hans Maertens, les formalités douanières seront plus largement une épine dans le pied de toutes les PME. "On remarque que les grandes entreprises et les sociétés qui exportent beaucoup vers le Royaume-Uni sont bien préparées au Brexit, contrairement aux PME qui n’ont des relations commerciales avec le Royaume-Uni que de temps à autre et ne sont donc pas familières aux obligations douanières."

"Dans la construction, un Brexit dur engendrerait un accroissement du dumping social."
La confédération construction

Pour la Confédération Construction, un Brexit dur aurait un impact négatif pour les entreprises de construction belges actives au Royaume-Uni et engendrerait un accroissement du dumping social. Elle plaide pour une prolongation de l’article 50 du traité de l’UE de sorte que les négociations ne prennent pas fin le 29 mars ou, en cas de blocage total, pour un nouveau référendum. "Si la libre circulation des personnes entre l’Union européenne et le Royaume-Uni prend fin, 500.000 ouvriers peu qualifiés, issus entre autres de la construction, quitteront alors le Royaume-Uni pour aller travailler ailleurs dans l’UE, notamment en Belgique", écrit-elle.

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"Dans le cas où la Grande-Bretagne se retire du jour au lendemain de l’UE, sans accord sur une période de transition, la situation risque d’être chaotique", estime pour sa part Danny Van Assche, l’administrateur délégué de la fédération flamande des indépendants, Unizo. S’il salue le fait que les autorités fédérales préparent les entreprises en cas de "no deal", il demande à ce que tout soit fait pour négocier un accord incluant une période de transition.

Une entreprise sur trois choisit… d’attendre

Quel est le degré de préparation des sociétés belges à un Brexit dur? BNP Paribas Fortis a sondé les entreprises clientes, l’échantillon comptant une bonne centaine de PME et de grandes firmes. "Un tiers des entreprises adopte une attitude attentiste, c’est inquiétant", relève Koen De Leus, le chief economist de la banque. J’attends et je verrai bien ce qui se passe, ont ainsi répondu 32% des entreprises. À l’inverse, 44% ont indiqué avoir déjà pris des mesures, quand 24% y travaillent.

"Or, il faut se préparer", insiste le chief economist. C’est d’autant plus important que 35% des entreprises sondées s’attendent à ce qu’une sortie du Royaume-Uni sans accord affecte pour plus de 20% leur rentabilité. Pour la moitié, l’impact sur le profit est attendu sous les 10%.

"La première chose à faire, selon Koen De Leus, est de passer en revue les processus de fabrication et la chaîne logistique, ce qui permet d’identifier les points critiques sur lesquels il faut agir. Cela ne coûte pas forcément beaucoup d’argent et cet exercice servira toujours à quelque chose, même si un hard Brexit ne se produit pas."

Ce n’est pas tout. Un tiers (31%) des entreprises déclare en outre que l’incertitude persistante liée au Brexit influence leurs décisions d’investissement aujourd’hui. "La croissance décevante enregistrée l’année passée en Europe et en Belgique est due en partie à cette situation, estime l’économiste. Nous espérons que cette incertitude se dissipera bientôt. Je crains toutefois que la clarté absolue ne se fasse encore attendre pas mal de temps."

 


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